En Haute-Garonne, un surendettement qui commence à inquiéter

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Réunis au sein de la commission plénière de surendettement, la préfecture de la Haute-Garonne et la direction régionale Occitanie de la Banque de France alertent sur la hausse du surendettement en Haute-Garonne. Paiements fractionnés et mini-crédits pourraient fragiliser encore davantage les foyers les plus modestes. La Banque de France mise sur la prévention, en particulier auprès des plus jeunes.

La Banque de France Occitanie et la préfecture de Haute-Garonne sont « en alerte ». Le surendettement progresse en terres haut-garonnaises. « Nous ne sommes pas au niveau d’il y a dix-quinze ans, mais le nombre de dossiers de surendettement augmente. Nous sommes très vigilants et faisons remonter ce que nous voyons. Dans un contexte d’incertitudes économiques et sociales fortes, de chômage qui augmente, de personnes en attente de logements sociaux, on voit des foyers fragilisés dans des situations difficiles », indique Baptiste Mandard, secrétaire général de la préfecture de la Haute-Garonne.

En 2025, le nombre de dossiers déposés auprès des commissions de surendettement du département de la Haute-Garonne s’est élevé à 3100, en progression de 8,1 % par rapport à 2024 (2869 dossiers déposés). Cette hausse est un peu plus mesurée que celle observée au niveau régional (+10 %) et au niveau national (+9,8 %). Dans le département, la prévalence est de 246 dossiers de surendettement pour 100.000 habitants. Ce chiffre monte à 262 en Occitanie et 267 au niveau national.

L’endettement contracté par l’ensemble des ménages endettés de Haute-Garonne s’élève à 84 millions d’euros. 51 % sont des dettes à la consommation, 22 % des dettes immobilières et 27 % des dettes de charges courantes et autres dettes. Dans des situations particulièrement complexes, les commissions de surendettement décident d’effacer partiellement ou totalement les dettes contractées. En 2025, l’encours des dettes effacées dans le département s’est élevée à 23 millions d’euros, soit 24,1 % du montant total des dettes.

Paiements fractionnés et mini-crédits pointés du doigt

« Il y a une accélération du surendettement depuis octobre. Cela concerne des foyers monoparentaux, des personnes isolées, mais aussi pas mal de jeunes. Nous observons un recours accru aux paiements fractionnés et aux mini-crédits. Ils sont très faciles d’accès et peuvent participer à fragiliser grandement des personnes déjà en difficultés. Les mini-crédits ont parfois des taux d’intérêt très importants. Il faut vraiment avoir plus à l’œil ces dispositifs », considère Catherine Bardinet, directrice régionale en Occitanie de la Banque de France.

La Banque de France mise notamment sur l’éducation financière auprès d’un public jeune. Depuis dix ans monte progressivement sa stratégie d’éducation économique, budgétaire et financière (Educfi). Plus de 45 % des enseignants de l’académie de Toulouse ont pu bénéficier de formations sur la thématique financière en 2024-2025. Plus de 810 classes auraient ensuite eu des cours et des projets pédagogiques sur ces questions. « Une partie de la jeunesse, en particulier masculine, est confrontée sur les réseaux sociaux, notamment TikTok, à des publicités et des discours complètement faux sur les cryptomonnaies, les paris en ligne... Il faut leur montrer qu’il n’y a jamais d’argent facile, que cette mise en danger est particulièrement néfaste », note la directrice régionale de la Banque de France. Les travailleurs sociaux sont aussi formés pour avoir « une action la plus préventive possible ». En 2025, 3000 travailleurs du social ont ainsi été formés en Occitanie par la Banque de France, dont 800 en Haute-Garonne.

« Nous essayons d’être le plus accompagnant possible, en amont et en aval de la situation de surendettement. 57 % des déposants d’un dossier de surendettement sont appelés par téléphone par la Banque de France pour des conseils. Nous pouvons être aussi joints au 3414, par notre site internet et, bien entendu, sur place dans nos succursales », rappelle Catherine Bardinet, de la Banque de France. « Notre rôle, au sein de la commission de surendettement [1] est, en plus de faire le point au niveau local, de remonter à l’État nos observations pour faire évoluer les politiques publiques afin de diminuer le surendettement », résume Baptiste Mandard, secrétaire général de la préfecture de la Haute-Garonne.
Matthias Hardoy

Photo d’illustration. Crédit : Freepik-pressfoto.

Notes

[1Une commission de surendettement se compose de sept membres : présidée par le préfet ou son représentant, elle comprend un représentant des finances publiques, et deux personnes représentant respectivement les établissements de crédit et les consommateurs, un spécialiste en économie sociale et familiale, et un juriste. Le directeur de la Banque de France locale, ou son représentant, en est le secrétaire.

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Source : https://www.touleco.fr/En-Haute-Garonne-un-surendettement-qui-commence-a-inquieter,50652