ToulÉco

Publié le jeudi 9 novembre 2017 à 18h50min par Martin Venzal

« L’enjeu de la e-réputation : faire cohabiter la pluralité de nos idendités »

Maître de conférences en science de l’information et de la communication à l’Université Toulouse 1 Capitole, Christophe Alcantara, co-édite avec des universitaires québécois un nouvel ouvrage sur la e-réputation et les influenceurs. Il explique comment celle-ci a évolué.

Christophe Alcantara, vous publiez avec des chercheurs de l’université Laval au Québec un nouvel ouvrage sur la notion d’identité numérique et de e-réputation. Pourquoi ce choix ?
La e-réputation et plus globalement l’influence sur le Net méritent une interrogation à la croisée des savoirs. Et justement, dans cet ouvrage, il y a plusieurs spécialistes : des juristes, des spécialistes de la communication, des informaticiens ou encore des gestionnaires marketing. L’objectif est de proposer une lecture pluridisciplinaire de ce que représente aujourd’hui l’identité numérique.

Comment définir la e-réputation ?

La e-réputation, ce sont les traces visibles mais aussi aussi les traces induites – comme les adresses IP - relatives à un individu. Ces traces là peuvent être analysées à travers les Big Data. Et à partir de ces grandes quantités de données trouvées sur le Net, on peut remonter jusqu’à la source, jusqu’à la personne. Or, ce champs des Big Datas a beaucoup progressé ces dernières années. On est passé de l’agglomération de données brutes à des calculs probabilistes et même prédictifs. Aujourd’hui, on peut savoir qui est l’internaute, ce qu’il fait, et dans une certaine mesure, ce qu’il s’apprête à faire.

La réalité dépasse désormais la fiction. Que dit la loi ?
En France, on veut protéger la vie privée. La loi française limite donc toujours les possibilités grâce à la Cnil et à la loi Informatique et Libertés. Mais le web dépasse les frontières et désormais, c’est le droit anglo-saxons qui prime. Or, celui-ci est basé sur le contrat. Pour simplifier, si je contracte avec un organisme (par exemple un éditeur de logiciel ou de moteur de recherche, NDLR) je dois prouver que cela a un impact sur ma vie privée. C’est l’inverse de ce qui se fait en France.

Et la vie privée dans tout cela ?
C’est ce que nous avons cherché à éclaircir avec notre ouvrage. Le droit à l’oubli par exemple, est une considération forte émanant du grand public. D’où notre volonté de définir ce qu’est au fond l’identité numérique. Or, nous n’avons pas une seule identité numérique, nous en avons plusieurs : vie privée, vie professionnelle, vie associative ou sportive, etc. Et au fond, tout l’enjeu de la e-réputation est de faire cohabiter la pluralité de nos identités au sein d’un même espace qui lui, ne fait pas de différences.

Le web agrège tout…
Exactement. Et le problème, c’est qu’avant Internet, ces différentes identités cohabitaient mais elles pouvaient être très distinctes entre elles. Aujourd’hui, le web mêle tout. Et pas seulement pour l’individu. C’est la même chose pour les sociétés. Et cela doit interroger sur l’animation des relations publiques pour les entreprises.

Par exemple ?
Si une entreprise n’incarne pas en interne les valeurs qu’elle revendique à l’extérieur, elle peut avoir de graves problèmes de relations publiques car les salariés peuvent dénoncer facilement cet état de fait. Les chercheurs canadiens cherchent à anticiper ces problèmes. Ils travaillent beaucoup sur ce qu’on appelle les signes faibles de ce genre de situation. Car, quand arrivent les marqueurs forts, il est déjà trop tard.

Et le Big Data peut aussi servir à cela…
Oui, bien sûr, mais attention : le Big Data est considéré comme Prométhée. Mais ce n’est qu’un outil. On a tendance à lui donner un caractère absolu, alors qu’il ne dessine jamais qu’une tendance.
Propos recueillis par M.V.

Sur la photo : Christophe Alcantara - Crédits : DR

A lire :

E-réputation et influenceurs dans les médias sociaux, nouveaux enjeux pour les organisations, Presses de l’Université du Québec, 2017