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Publié le dimanche 25 juin 2017 à 18h11min par Johanna Decorse

Salau : mine d’or ou écran de fumée ? - 1/6

L’enquête sur la mine de Salau ayant été récompensée par le prix Grand Angle des trophées du Club de la presse d’Occitanie 2017, nous vous proposons de redécouvrir ce reportage en accès libre tout au long de cette semaine. En voici le premier volet.

Depuis plusieurs mois, le projet de réouverture de la mine de tungstène de Salau, en Ariège, divise la population locale et embarrasse le gouvernement qui envisageait une reprise industrielle plus aisée. ToulÉco remonte le filon, des origines jusqu’au projet de réouverture.

La mine de Salau, en Ariège, rouvrira-t-elle ? Identifié en 1964 par le Bureau de recherches géologiques et minières, exploité entre 1971 et 1986 par la société minière d’Anglade, ce gisement de tungstène, est connu jusqu’en Australie. Selon la société Variscan Mines, basée à Orléans et qui a obtenu en octobre 2016 auprès du ministère de l’Industrie, un permis exclusif de recherche (PER) d’une durée de cinq ans en vue d’une future exploitation, le potentiel de minerai toujours disponible à Salau serait d’environ 50.000 tonnes. On aurait affaire à « l’un des plus gros gisements de tungstène au monde ».

De quoi séduire l’État français qui a décidé au début des années 2010 de relancer sa politique minière et a notamment octroyé une dizaine de permis d’exploration à Variscan Mines. Pour Salau, la société orléanaise laisse entrevoir la possibilité d’une « indépendance nationale voire européenne » en tungstène. Matière première critique et stratégique pour l’industrie de pointe, ce métal dur et résistant à la chaleur, utilisé pour les outils de découpe et d’usinage, entre en effet dans la composition de superalliages pour l’aéronautique, l’armement ou encore les turbines à gaz. Sa production est assurée aujourd’hui à 80% par la Chine.

Perspective de 150 emplois directs

L’ancienne mine ariégeoise et ses vingt-six kilomètres de galeries creusées à partir de 1230 mètres d’altitude dans le massif granitique de la Fourque, au pied duquel la route s’arrête, serait donc pleine de ressources ? Et Salau, à deux kilomètres de là, dernier village français avant l’Espagne, niché au fond de la vallée du haut Salat, sur la commune de Couflens, à trente kilomètres au sud de Saint-Girons, pourrait retrouver sa prospérité passée, du temps de l’exploitation du tungstène ? Certains veulent le croire.

Ranimé en 2014 par la demande de permis de recherche de Variscan Mines, le souvenir de la mine est vivace chez ceux qui y ont autrefois travaillé et qui ont rejoint l’association PPERMS « Pour promouvoir l’exploitation responsable de la mine de Salau », promise par l’entreprise orléanaise. Tous sont sensibles aux perspectives économiques et sociales censées accompagner le projet avec la création de 150 emplois dans la mine, 600 emplois indirects et d’une usine de valorisation du tungstène à Saint-Girons.
Johanna Decorse

Sur les photos. En haut : Exploitée à partir de 1971, la mine de tungstène de Salau a fermé ses portes en 1986.

En bas : D’anciens mineurs de Salau favorables à la reprise industrielle du site. Crédit : Rémy Gabalda – ToulÉco.

P.S.

Retrouvez cette enquête dans son intégralité dans ToulEco le mag n°30, à commander en kiosque ou bien à retrouver chez votre marchand de journaux en région Occitanie

1 Commentaire

  • Le 26 juin à 21:01 , par Le Bail

    Bonjour
    En écrivant que la Chine fournit 80% de la production mondiale de tungstène, je vois que les arguments alarmistes mais fallacieux de l’Etat français ; rejoignant point par point ceux avancés par Variscan Mines France, ont fini par convaincre nombre de journalistes. Je ne suis pas journaliste ni spécialistes des mines, mais je suis concerné par les projets miniers de Variscan en Centre Bretagne et, concernant ce métal, il ne m’a pas été bien difficile de trouver un site donnant le classement des pays exportateurs de tungstène : https://fr.actualitix.com/pays/wld/tungstene-pays-exportateurs.php.
    On découvre ainsi que la Chine n’arrive qu’en 12e position avec un chiffre d’affaire près de 300 fois inférieur à celui du Canada ; 170 fois inférieur à celui de la Russie ; 115 fois à celui des Etats Unis, etc. etc.
    Cette désinformation a été minutieusement organisée depuis quelques années par les nostalgiques du BRGM que sont Messieurs Testard et Bonnemaison ayant créé Variscan Mines France. Ils ont ainsi réussi a convaincre l’Etat que la France allait être dépendante de la Chine pour ce métal stratégique.
    Un dernier mot concernant ce métal : s’il est aussi stratégique que l’on veut bien nous le faire croire, pourquoi l’Etat français a-t-il laisser vendre Eurotungstène au Belge Umicore le 3 avril dernier ?
    Je vous laisse le soins de piocher le sujet si vous le souhaiter, afin d’apporter une véritable information dont le public a besoin ; en ces temps où Variscan s’est borné à faire du lobbying auprès des décideurs successifs ; et pratiquant par contre la politique de la bouche cousue en ce qui concerne l’information à la population.
    Merci de m’avoir lu.
    Hubert Le Bail

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