ToulÉco

Publié le mardi 22 janvier 2019 à 20h41min par Johanna Decorse

Transports. Année « historique » et nouvelle rumeur autour de l’aéroport Toulouse-Blagnac

Alors que l’aéroport de Toulouse présente 2018 comme une « année historique » avec un trafic record de 9,6 millions de passagers, son actionnaire privé, Casil Europe, chercherait à revendre ses parts. Un accord sur les dividendes a pourtant été signé en décembre.

« 2018 a été une année exceptionnelle et historique en matière de performance, de nouveautés, de changements. Jamais nous n’avons transporté autant de passagers ». Lors de sa conférence de presse tenue mardi 22 janvier, Philippe Crébassa, président du directoire de la société Aéroport de Toulouse-Blagnac arrivé aux commandes l’été dernier en remplacement de Jean-Michel Vernhes pouvait avoir le sourire. Avec 9,6 millions de passagers l’année dernière, la fréquentation a enregistré une hausse de 3,9% .

Pour la première fois dans l’histoire de l’aéroport, le trafic international (+ 7,1%) a dépassé les échanges nationaux (+0,7%), dopé par le low cost qui représente 42% de parts de marché. Signe de cette tendance nouvelle, Easyjet s’est imposé l’année dernière comme la première compagnie de la plate-forme devant Air France avec 2,5 millions de passagers contre 2,4 pour l’opérateur français.

L’aéroport, engagé depuis deux ans dans un programme de grands travaux pour coller « aux standards européens », aura aussi vu en 2018 se concrétiser sa zone de contrôle sûreté unique, dimensionnée pour 12 millions de passagers, son duty-free, l’un des plus vastes en France et l’ouverture de l’hôtel 4 étoiles exploité par le groupe NH Hotels, directement connecté à l’aérogare.

Casil vendrait…

Malgré ces chiffres records, Toulouse-Blagnac n’en subit pas moins des perturbations. Le jour-même de l’annonce de ces résultats, l’information selon laquelle Casil Europe chercherait à revendre ses parts a refait surface. La société de droit français, issu du consortium chinois Symbiose, aurait décidé de céder sa participation suite à la décision de l’État français de conserver ses 10,01 % au capital d’ATB, ce qui l’empêche de fait de devenir majoritaire.

Selon La Dépêche du Midi, Casil Europe, qui a mis sur la table 308 millions d’euros pour l’achat de ses 49,99%, en demanderait 500 millions d’euros. Une source proche du dossier confirme l’intention des investisseurs chinois. La banque Lazard qui aurait été mandatée pour trouver un acquéreur, ne fait aucun commentaire.

« Il s’agit d’une rumeur que nous ne commenterons pas plus que les précédentes », a expliqué à ToulÉco un porte-parole de Casil Europe. « La question des dividendes a été source d’incompréhension dans le passé entre les actionnaires. Un accord voté par 100% des actionnaires va apporter l’harmonie au bénéfice de l’aéroport et de sa région », a ajouté ce porte-parole.

Malgré un accord à l’unanimité

Cet accord a été adopté en décembre, lors du dernier conseil des surveillance. « Il consiste à définir une politique sur la base du plan d’affaires sur les cinq prochaines années. On considère qu’on peut distribuer le résultat net sous réserve d’approbation chaque année, au vu des comptes », a déclaré Charles Champion, président du conseil de surveillance d’ATB.

La question des dividendes qui se sont élevées à 20 millions d’euros en 2016 (dont 15 puisées dans les réserves) et à 7,85 millions d’euros en 2017, est source de tensions depuis plusieurs mois entre l’actionnaire privé et les collectivités locales, toujours à la tête de 40% du capital. « En fonction des résultats, on pourra prélever jusqu’à 100 % mais l’accord prévoit en revanche que l’on ne puise plus dans les réserves et que l’on préserve la capacité d’autofinancement de la société  », a confirmé Bernard Keller, représentant de Toulouse Métropole au conseil de surveillance.

Cet accord reste-t-il valable en cas de vente des parts de Casil Europe ? Une chose est sûre, ce nouveau rebondissement semble donner raison à la Cour des comptes qui, dans son récent rapport, pointait le fait que la privatisation « inaboutie » de la société ATB la laissait dans une « situation ambiguë et instable ». Et ce malgré un chiffre d’affaires qui devrait dépasser les 150 millions d’euros, en hausse de 5% avec une augmentation du même ordre pour le résultat d’exploitation.
Johanna Decorse

Sur la photo : Charles Champion, président du conseil de surveillance d’ATB et Philippe Crébassa, président du directoire - Crédits : Guillaume Serpault - Aéroport Toulouse-Blagnac