Au terme d’un long bras de fer, le seul fabricant français de pâte à papier marchande, Fibre Excellence, a déposé le bilan mercredi 15 avril à la fin de la procédure de conciliation ouverte devant le Comité interministériel de restructuration industrielle (CIRI). « La situation actuelle de la trésorerie est faible, très faible », explique un porte-parole du papetier. « Le groupe est dans l’obligation légale de déclarer l’état de cessation de paiements auprès du Tribunal de commerce de Toulouse. »
Cette décision intervient alors que le gouvernement avait lâché du lest. Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, avait donné son feu vert vendredi 10 avril pour revoir à la hausse (+20 %) le prix de rachat de l’électricité produite sur les deux sites situés à Saint-Gaudens (Haute-Garonne) et Tarascon (Bouches-du-Rhône). Car, outre la production de pâte à papier blanchie et écrue, le groupe revend de l’électricité à EDF dans le cadre de contrats émis par l’État, qui fixent les tarifs. Or, ces derniers, reproche la direction, n’ont pas été réévalués alors que le prix du bois de trituration (feuillus et résineux utilisés pour faire la pâte à papier) avait bondi de plus de 50 % depuis le début de la guerre en Ukraine. Conséquence, en 2025, cette activité complémentaire avait accusé un déficit de 30 millions d’euros que le groupe attribue entièrement à cette situation.
Décision le 27 avril
La proposition du gouvernement avait été soufflée jeudi 9 avril par Carole Delga. La présidente socialiste de la Région Occitanie s’était rendue à Matignon en urgence pour plaider l’instauration de trois mesures, dont le réajustement du prix et l’entrée de la Région au capital de Fibre Excellence.
« Ces propositions constituent un signal encourageant pour l’avenir du groupe », admet la direction du groupe. « Elles sont actuellement en cours d’analyse et de modélisation afin d’évaluer leurs impacts réels sur le modèle économique de Fibre Excellence », assure l’entreprise, dont le siège est à Labège.
L’audience est prévue le 21 avril. Le tribunal de commerce de Toulouse rendra sa décision une semaine plus tard. « On ne sait pas où on va. L’incertitude pèse et les salariés trinquent », déplore Sébastien Oustric, le délégué syndical CGT de Fibre Excellence à Saint-Gaudens. D’autant que la piste d’un repreneur s’amenuise, pour l’heure. Quatre industriels, un français et quatre européens, ont manifesté un intérêt pour Fibre Excellence, sans émettre une offre de reprise.
Audrey Sommazi
Sur la photo : Le site de Fibre Excellence, à Saint-Gaudens, dans le sud de la Haute-Garonne. Crédit : Rémy Gabalda-ToulÉco.
