Du bois, Sabolovic Guitars fait naître le son

article diffusé le 24 février 2026

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Installé depuis trois ans à Aussonne, au nord-ouest de Toulouse, Vatroslav Sabolovic fabrique des guitares jazz. De véritables œuvres d’art entièrement réalisées à la main, résultat d’une passion de toujours et d’un savoir-faire façonné au fil des ans. Ces pièces uniques sont vendues dans le monde entier et séduisent aussi bien musiciens professionnels qu’une clientèle d’amateurs éclairés et de collectionneurs esthètes

De la baie vitrée de son atelier, on peut observer quelques couples de cygnes se laissant porter sur l’eau claire d’un lac. Mais ce n’est pas la musique de Tchaïkovski que Vatroslav Sabolovic a en tête lorsque ses mains s’activent. C’est plutôt au son du jazz, blues, funk rock des années 1965-75 ou des grands jazzmen que sont Grant Green, Wes Montgomery ou Joe Pass, que cet amoureux de musique travaille les pièces de bois qui, une fois assemblées, offriront ce son chaud et rond si caractéristique des guitares jazz.

« Pour moi, c’est le graal de la guitare, de par sa forme, son esthétique, son acoustique », nous confie le luthier de 52 ans spécialisé dans les guitares de type archtop. « Et professionnellement, c’est d’une grande complexité. Chaque pièce de bois est calibrée, parfois au 100e de millimètre près, sculptées. On appelle cela la lutherie du quatuor, c’est-à-dire que la méthode est la même que pour un violon, un alto ou un violoncelle. »

Franco-croate, Vatroslav Sabolovic, installé en Haute-Garonne depuis quelques années seulement, a développé très tôt une affinité particulière avec la guitare, après avoir eu sa « première gratte classique à l’âge de 6 ans ». Il suit des cours académiques, apprend le solfège et la suite vient naturellement. « J’ai commencé à retaper des guitares puis j’ai créé mon premier prototype de guitare acoustique à 16 ans. »
Le parcours d’un parfait autodidacte qui, depuis vingt-cinq ans, s’affirme comme un luthier reconnu dans l’univers de la guitare archtop. Le fait d’avoir passé une partie de sa jeunesse dans l’est de la France, près de Mirecourt (Vosges), berceau de la lutherie française, a-t-il influé sur sa destinée ?

« Cette passion m’a toujours suivi, en quelque sorte. J’ai redécouvert plus tard, chez ma mère, que depuis tout petit je conservais des fascicules sur cet artisanat, c’est marrant. C’est un peu dans mon ADN », analyse-t-il, alors que Figo, son jeune chien de la Serra da Estrela voudrait bien jouer…

Dans son atelier, plus de fascicules, mais divers outils et machines et des planches de bois que l’artisan manipule avec amour. « Là, c’est de l’érable ondé, on voit les dessins dans le bois. J’ai aussi de l’érable torréfié, qui a été passé au four pour accélérer le séchage. Je travaille aussi le noyer, l’ébène et je prépare un nouveau modèle plus grand, dans de la loupe d’orme de 300 ans. » Le luthier est, en quelque sorte, un charpentier du son. « La table d’harmonie, pièce essentielle, est entièrement sculptée dans du bois massif, essentiellement de l’épicéa. Et la sonorité dépend à 80 % de l’épaisseur, que je gère à l’aide d’un rabot noisette et d’un comparateur à cadran. Plus la table d’harmonie sera fine, plus le son sera grave », détaille avec enthousiasme Vatroslav Sabolovic, qui sait rapidement comment chaque guitare va sonner.

Il faut ensuite sculpter le fond, avec la même application, chaque fois à l’aide d’un gabarit précis. L’étape suivante consiste à cintrer les éclisses à la forme voulue puis, lors du montage, à placer les barrages de table destinés à supporter le tirant des cordes, soumises à soixante-cinq ou soixante-dis kilos de pression. « Après, une fois la caisse fermée, je fais la fileterie, qui est davantage une finition, puis vient le travail du manche. »

Mais ce qui caractérise la guitare jazz, ce sont les ouïes de la table, sur laquelle on vient également poser un pickguard, une plaque de protection. Au total, sept à huit pièces uniques sortent chaque année de l’atelier Sabolovic Guitars. Il faut en effet compter un gros mois de travail pour chaque instrument, auquel s’ajoute environ un mois et demi de finitions, avec le travail de fileterie et la personnalisation. Et toujours, l’utilisation de matériaux nobles comme la feuille d’or, l’argent, la nacre ou l’os. « Je bosse sur deux à trois modèles en même temps », précise le luthier, qui travaille aussi bien sur commande que selon l’inspiration.

Amoureux d’art nouveau, il peut ainsi customiser ses guitares de motifs floraux au rotring avec de l’encre de Chine. Beaucoup de pièces sont par ailleurs ornées de coeurs, l’une de ses signatures. Ce jour-là, Vatroslav Sabolovic poursuit en parallèle la finition de deux modèles Carmen, en hommage à la chanteuse de jazz Carmen McRae. Entièrement verni, l’instrument va passer au polissage, au lustrage et au montage.

Elle va bientôt pouvoir sonner », se réjouit l’artisan, pour qui ce modèle est « très accessible et confortable pour le jeu, sans avoir besoin d’être un grand maestro de la guitare ». Mais sans forcément être professionnel, il faut quand même être un amateur éclairé ou un collectionneur pour s’offrir l’une de ces oeuvres d’art à 15.000 euros minimum. « La dernière a été vendue au Japon pour 17.000 euros. » Ces bijoux, on peut les tester dans une petite pièce attenante où il expose différents modèles. Une véritable caverne d’Ali Baba où l’on visualise encore mieux la qualité de ces guitares et le savoir-faire de l’artisan. On comprend alors ce qui a séduit des grands noms du jazz comme Georges Benson ou Lucky Peterson. Lucky aussi Vatroslav Sabolovic ? « Oui, je suis chanceux. Je vis de ma passion. »
Paul Périé

Sur les photos :

*Deux morceaux de loupe d’orme massif sont assemblés afin de constituer un fond de guitare. Avant de sculpter l’ensemble, Vatroslav Sabolovic effectue une planimétrie de la face supérieure.

* Pendant les étapes de sculpture, les épaisseurs sont gérées au millimètre près. Cela a un impact sur le son du futur instrument, que Vatroslav Sabolovic contrôle en le faisant sonner.

* Le logo de Sabolovic Guitars, en nacre polynésienne, va être incrusté sur la tête de l’instrument.

* Sur les deux morceaux d’érable qui formeront un autre fond de guitare, il positionne et reporte le gabarit d’un de ses modèles de guitare jazz.

Crédits : Hélène Ressayres-ToulÉco.

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Source : https://www.touleco.fr/Du-bois-Sabolovic-Guitars-fait-naitre-le-son,50694