Alain Bauer : « Les entreprises doivent intégrer la crise comme un élément naturel de production »

Intervenant à l’occasion des prochaines Rencontres Cyber d’Occitanie, le 21 juin prochain à Diagora Labège, Alain Bauer, professeur de criminologie au Conservatoire national des arts et métiers, et responsable scientifique du pôle Sécurité Défense – Renseignement Criminologie Cybermenaces Crises (PSD-R3C), explique comment le climat géopolitique influence celui des affaires.

Alain Bauer, les sociétés - comme le grand public - évoluent dans un climat de plus en plus incertain et violent. Quelles menaces pèsent aujourd’hui sur les entreprises et sur leur activité ?
En fait, ce qui semble nouveau provient surtout de ce que nous avons oublié. L’amnésie entraîne les souvenirs et l’expérience de la résilience après un moment de répit. Les entreprises et les institutions subissent depuis longtemps des agressions et des menaces. Pour des raisons politiques, criminelles, polémologiques…
Mais il est rare qu’une telle série de crises se produisent de manière simultanée ou presque. Entre crises sociales (gilets jaunes), économiques, sanitaires, criminelles, cyber, stratégiques, l’effet de cumul semble inédit dans sa durée comme dans sa dureté.

Comment prendre ces menaces en considération ?
Souvent, le déni prend le dessus sur la préparation. L’idée que la crise n’aura pas lieu, ou qu’on serait miraculeusement épargné, empêche de se préparer. Il existe même parfois une sorte de « pensée magique » qui considère que ne pas engager les mesures de continuité et de gestion des disruptions permettrait d’échapper à « l’œil de la crise ». En France, le sujet est culturel. Dans le monde anglo-saxon, on ne nie pas la crise, on se demande juste si le coût de préparation est plus ou moins important que la réparation.

Les grandes entreprises sont aujourd’hui mieux organisées que les PME et TPE pour faire face à des actes de malveillance. Comment ces dernières peuvent-elles résister en cas d’attaque ?
Il ne faut ni surestimer la préparation des grandes entreprises, ni sous-estimer les petites et moyennes. Loin de n’être qu’un effet de taille, la résilience est surtout un effort de volonté. On voit d’ailleurs la rapidité d’adaptation et la flexibilité des PME et TPE, mais aussi des entreprises directement concernées par la relation client (distribution, transports, etc.). Il s’agit donc surtout de la mise en place d’une culture d’entreprise intégrant la crise comme un élément naturel de production plutôt que comme un phénomène exceptionnel.

Quels conseils vous donneriez à un dirigeant d’entreprise confronté aujourd’hui à une cyber-attaque ou à une attaque contre son patrimoine ?
D’abord de se préparer à une situation inéluctable. La question n’est pas si mais quand. Il existe de nombreux outils permettant de réduire le risque, la violence, la durée, l’intensité et les effets secondaires de l’attaque. Il faut admettre que la gestion de ces événements doit entrer dans le cadre naturel de la gestion de l’entreprise. L’exceptionnel doit être traité de manière ordinaire pour à la fois réduire l’effet de saisissement et être naturellement prêt.
Propos recueillis par M.V.

Sur la photo : Alain Bauer à une conférence de l’École Polytechnique. Crédits : École polytechnique - J.B.

Agenda

Alain Bauer interviendra à l’occasion de la conférence de clôture des Rencontres Cyber d’Occitanie sur le thème : « Cyberchaos : leçons d’une crise totale » à l’occasion d’un échange ouvert au public.
Renseignements et inscriptions sur le site des RCO.

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Source : https://www.touleco.fr/Alain-Bauer-Les-entreprises-doivent-integrer-la-crise-comme-un,34573