Alain Di Crescenzo : « Il faut relocaliser une partie de notre industrie »

Dossier : Comment protéger sa boîte en tant de crise ?

Alain Di Crescenzo, président de la CCI Occitanie et patron de IGE+XAO, livre ses réflexions sur la crise du Covid-19, ses conséquences, mais également les défis qu’elle soulève à court et moyen terme.

Alain Di Crescenzo, connaît-on les impacts économiques de la crise du Covid-19 en région Occitanie ?
Si on regarde l’impact sur l’économie régionale, nous avons trois grands secteurs en Occitanie : l’agroalimentaire, le tourisme et l’aéronautique. L’agroalimentaire et l’agriculture ont beaucoup souffert au début de la crise. Même si c’est toujours difficile, les choses se sont améliorées. Le deuxième secteur, c’est le tourisme, qui pèse 10 % de notre PIB régional, et là, c’est assez catastrophique. Sur avril et mai, nous avons connu entre 50 % et 100 % d’annulation de réservations. Cette activité est d’abord saisonnière et elle est en train de souffrir énormément. Si on n’injecte pas massivement de l’argent et que l’on perd la saison, nous perdrons aussi nos entreprises du tourisme. C’est une véritable problématique sur un secteur qui pèse 140.000 emplois en Occitanie. Sans compter l’événementiel qui vit un peu les mêmes problématiques.

Le troisième secteur touché, c’est celui de l’aéronautique...
Avant la crise, un spécialiste de l’aéronautique me disait que le cours des actions d’Airbus et de Safran n’avaient pas de limites, tellement l’embellie était forte. Nous avions une industrie florissante, mondiale, en pleine croissance, et en pleine accélération. Mais elle prend deux éléments coup sur coup : la crise de Boeing, assez peu importante au final, et la crise du Covid-19.
Airbus a baissé ses cadences jusqu’à nouvel ordre. Cette année, nos prévisions évoquent une baisse d’activité qui avoisine les 50 % et pour les deux prochaines années, on prédit des baisses d’activités de 33 % sur 2021 et de 20 % en 2022. Tous les analystes évoquent une sortie de crise pas avant 2023. Si on baisse l’activité de 50 %, c’est autant d’emplois qui se trouvent menacés. Sachant que la filière mobilise 200.000 emplois directs et indirects, je vous laisse imaginer l’impact. Mais ce n’est pas tout. Si cet écosystème s’arrête, il ne redémarrera pas et nos pépites vont soit mourir, soit se faire racheter à vil prix. Il faut un plan national voire européen de soutien à la filière.

L’Occitanie est l’épicentre mais la crise est mondiale pour l’aéronautique. Quels sont les défis de l’après-crise ?
On le sait, la reprise est lente et c’est pour cela qu’il faudra de la trésorerie pour que les entreprises puissent tenir le coup. Ensuite, il y a les conséquences : notre façon de travailler sera différente. Nous avons pris des habitudes, comme la visioconférence qui sera de plus en plus importante. On doit aussi s’interroger sur la souveraineté et la relocalisation. On ne peut pas imaginer que 90 % de la pénicilline et 60 % du paracétamol continuent d’être fabriqués à l’étranger, ce n’est pas possible. Il va y avoir des opportunités pour se reconfigurer vers plus de produits de proximité. Inévitablement, nous parlerons de protectionnisme positif. Ces éléments sont fondamentaux.

Cela implique-t-il de réindustrialiser les territoires ?
Mais bien sûr. On a perdu trois millions d’emplois industriels sur les vingt dernières années. C’est un énorme warning. La CCI de Toulouse a pris des participations dans le Siane, le dernier salon industriel en province et on l’a fait parce qu’on veut sacraliser cette industrie. Pourquoi ? Tout simplement parce que cette industrie génère 80 % des exportations et 80 % de la R&D, donc de l’innovation utilisée ailleurs. L’industrie fait vivre des pôles complets d’activités et de services. La santé, l’agroalimentaire, les composants électroniques... toutes ces industries doivent être relocalisées en France et en Europe.
Propos recueillis par M.V.
Crédits photo : Davis Bécus - CCI Occitanie

P.S. :

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