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Publié le dimanche 19 janvier 2020 à 17h30min par Hubert Vialatte

Après un long déclin, l’industriel Jallatte va construire une nouvelle usine dans le Gard

Histoire d’un renouveau. Acquis par l’Italien U-Power en 2014, l’industriel Jallatte, spécialiste des chaussures de sécurité, va investir entre 4 et 5 millions d’euros dans la construction d’une nouvelle usine d’environ 5000 m2 à Saint-Hippolyte-du-Fort.

Une nouvelle usine en vue dans le Gard. Jallatte, fabricant de chaussures de sécurité, entend injecter près de 5 millions d’euros dans la construction d’une nouvelle unité de production. « Les deux carrousels d’injection pourront alors y fonctionner à plein », explique son directeur, Jean-Marie Calame. Jallatte est à l’étroit dans son usine actuelle, située dans le centre-ville du village cévenol. Le futur site, qui développera des standards environnementaux haut de gamme (géothermie, panneaux solaires, gestion des flux logistiques, etc.), devrait entrer en travaux début 2021, pour une livraison mi-2022.

La Région Occitanie et l’Etat, via la sous-préfecture du Vigan, soutiendront ce projet. Le fabricant est en phase de croissance, « avec 200.000 paires fabriquées en 2018, et une perspective de 300.000 cette année, indique Jean-Marie Calame. Cette progression est portée par la basket de sécurité J-Energy, dont la semelle est issue du monde de running et qui utilise une technologie de BASF ».

Succès de la basket de sécurité

Cette basket amortit la marche et séduit par son look sportswear. Lauréate du prix de l’Innovation lors du salon Preventica, début 2019, pour ses vertus contre la fatigue et pour la réduction des troubles musculo-squelettiques, cette basket de sécurité permet à Jallatte de sortir de sa clientèle traditionnelle (industries lourdes et TP) pour toucher des artisans, des opérateurs de plateformes logistiques, des paysagistes, des micro-terrassiers, des techniciens d’Orange ou de filiales d’Engie (Cofely, Axima). Une réflexion est lancée pour une écoconception des chaussures. Le chiffre d’affaires a bondi de 10 millions d’euros en 2014 à 26 millions d’euros en 2019 (résultat net de 10 %), tandis que 15 % de l’activité est réalisée à l’export.

Les contradictions des donneurs d’ordres

Jallatte emploie soixante-sept salariés dans le Gard et dispose d’un site de production en Tunisie. On est bien sûr loin des 800 salariés qui ont prospéré dans le bourg cévenol, mais, avec ce projet industriel, le spectre d’une fermeture totale s’éloigne. Spectre qui avait poussé le fondateur du groupe, Pierre Jallatte, au suicide, en 2007, alors que ce dernier était âgé de 88 ans et que le précédent actionnaire venait d’annoncer un plan massif de délocalisation et de licenciements.

Treize ans plus tard, Jean-Marie Calame s’agace d’une contradiction : « Nos grands donneurs d’ordres ont tendance à être exigeants avec nous sur les circuits courts, la RSE, une approche environnementale optimale. Et, parfois, pour un euro d’écart sur le prix d’une paire de chaussures, ils vont préférer les produits tunisiens. Les mentalités doivent encore évoluer. A moins de 10 % d’écart de prix, un client doit pouvoir basculer vers une production française, qui présente une valeur ajoutée et une technologie. Et, d’un point de vue de coûts logistiques et de bilan carbone, il est plus intelligent de livrer un client à Lyon ou à Paris depuis le Gard, plutôt que de faire fabriquer à l’étranger, et de passer ensuite par des plateformes européennes », conclut-il.
Hubert Vialatte

Sur la photo : le directeur de Jalatte, Jean-Marie Calame. Crédits : DR.