Ariège. Coup de peigne sur la manufacture Azéma-Bigou

article diffusé le 9 mars 2021

Savoir-faire industriel qui a occupé plus d’un millier de personnes en Ariège, la fabrication de peignes en corne, incarnée par la manufacture Azéma-Bigou, pourrait être relancée. C’est le projet de deux entrepreneurs, qui veulent redémarrer les machines en s’appuyant sur le marché du luxe.

Florissante dans les années 1930 en Ariège, où elle a employé jusqu’au 1500 ouvriers, l’industrie des peignes en corne a totalement disparu en 2018, avec la fermeture des Établissements Azéma-Bigou, à Lesparrou. Cette manufacture du Pays d’Olmes, dans la même famille depuis 1820, était la dernière en France et en Europe sur sa niche de marché, mais elle n’a pas résisté à la concurrence des peignes en plastique et des modèles en corne importés d’Asie.

Trois ans après sa mise à l’arrêt, deux entrepreneurs français ont décidé de reprendre le site et de relancer progressivement les machines. Ce tandem est composé de Charles Givadinovitch, élu à Maisons-Laffite, dans les Yvelines, et à la tête d’une société de matériel médical, et de Hilaire de Francqueville, le « local de l’étape ». « Je suis originaire de l’Aude. J’ai visité les Établissements Azéma-Bigou avec mes parents quand j’avais 12 ans. Durant le premier confinement, j’ai repensé à cette manufacture et à ses débouchés. Je me suis dit que relancer l’activité d’une usine en situation de monopole sur son micro-marché pouvait avoir un intérêt. »

« Un produit d’avenir »

À 22 ans, Hilaire de Francqueville n’en est pas à sa première expérience. Le fondateur de la marque de prêt-à-porter D’Hippolyte, lancée en 2015 mais depuis liquidée, passé par Genève pour travailler dans l’import-export, a rejoint sa région d’origine pour démarrer une nouvelle vie professionnelle. « Les restrictions sur le plastique liées à la directive européenne du 5 juin 2019 et les bienfaits du peigne en corne, 100% naturel et biodégradable en font un produit d’avenir parfaitement durable », explique le jeune entrepreneur.

Conclu en janvier dernier, le contrat de cession de la manufacture doit courir sur un an. Une année durant laquelle les deux associés vont louer une partie de l’usine et de son matériel et la famille Azéma former le personnel. Un ancien salarié a déjà été recruté à mi-temps pour honorer le millier de commandes générées par la récente campagne de financement participatif pour faire connaître le produit. L’objectif, pour les repreneurs, est de créer six à douze emplois dans les prochains mois après avoir levé 300.000 à 400.000 euros auprès d’investisseurs privés intéressés par leur projet de réindustrialisation. Ils ciblent en premier lieu les grands groupes français du luxe qui pourraient être tentés de relocaliser leur production en optant pour le savoir-faire ariégeois.
Johanna Decorse

Sur les photos : Fondés en 1820, les établissements Azéma-Bigou ont été les derniers à fermer en France en 2018. Crédit : DR.

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Source : https://www.touleco.fr/Ariege-Coup-de-peigne-sur-la-manufacture-Azema-Bigou,30611