Qu’est-ce qui vous a poussée à vous engager au sein de l’Association des femmes experts-comptables ?
J’ai eu un double parcours. Sur le plan professionnel, après avoir passé vingt-cinq ans chez KPMG en tant qu’experte-comptable et auditrice, j’ai cofondé le cabinet Rydge Conseil, qui vient de souffler sa première bougie. La structure rassemble 250 associés et 4500 collaborateurs, répartis sur environ 200 bureaux en France.
En parallèle, j’ai toujours eu à cœur de m’engager dans les instances. L’Afec est un organe satellite du conseil de l’ordre ; j’ai rejoint l’association en 2023 en tant qu’administratrice, puis j’en ai pris la présidence le 21 novembre 2025. C’était assez naturel pour moi : j’ai beaucoup travaillé, tout au long de mon parcours, pour la promotion du leadership au féminin et de la diversité, au sein des cabinets mais aussi dans des réseaux d’entreprises.
En 2026, où en est-on réellement concernant l’égalité femmes-hommes chez les experts-comptables ?
Les statistiques parlent d’elles-mêmes... À l’entrée, dans les études, il y a autant de femmes que d’hommes. Si l’on regarde la profession comptable dans sa globalité, cet équilibre persiste. En revanche, au tableau de l’ordre, les femmes ne représentent qu’un tiers des inscrits - à noter que ce n’est pas si mal, parce qu’on est parti de très loin ! Il a fallu pas mal de temps pour faire évoluer les choses. On progresse de quelques points année après année.
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Pour quelles raisons les femmes se tournent-elle plus que les hommes vers des postes en entreprise ? Existe-t-il des études sur le sujet ?
À mon sens, les femmes partent principalement pour des questions d’équilibre de vie. Pour mieux comprendre ce qui sous-tend ces décisions, nous avons pris conscience qu’il était important de recréer et maintenir le lien avec celles qui ont quitté le giron de l’ordre : désormais, au sein du conseil d’administration de l’Afec, nous avons une représentante de l’association des experts-comptables en entreprise [1].
Quels sont aujourd’hui les principaux freins à l’accès des femmes aux responsabilités et à l’association dans les cabinets ?
D’abord, il existe et perdurent certainement des freins de la part de certains employeurs. Les femmes ne manquent ni de talent ni d’ambition, elles manquent juste d’opportunités ! Il faut leur proposer… Mais il faut aussi qu’elles les saisissent. Il y a un vrai travail de développement personnel à faire pour que les femmes osent, car elles osent moins que les hommes. C’est un fait, ce qui ne veut pas dire que ce soit « de leur faute ». C’est lié à l’éducation, aux stéréotypes. Heureusement, les mentalités évoluent, tout doucement. On voit d’ailleurs que les jeunes générations, qui ont certainement une meilleure habitude du partage des tâches que leurs aînés, sont plus à l’aise pour trouver leur équilibre pro et perso.
Pourquoi l’association s’appelle-t-elle « Femmes experts-comptables », et pas « expertes », au féminin ? La visibilité ne commence-t-elle pas avec le titre ?
Plutôt d’accord, même si je n’ai pas d’avis tranché là-dessus, car chacune fait comme elle veut. Mais on tend vers la féminisation du mot, et d’ailleurs on l’écrit de plus en plus souvent « expertes-comptables » dans les communications de l’Afec.
Concrètement, qu’apporte l’Afec aux professionnelles de l’expertise-comptable, en particulier à Toulouse et en Occitanie ?
Comme évoqué, nous nous donnons pour mission d’aider les femmes à avoir plus d’opportunités et à les saisir. Sur le premier volet, pour faire savoir que les femmes sont bien présentes, l’association organise régulièrement des événements et participe à ceux de l’ordre. Prochainement, autour du 8 mars et de la journée internationale pour les droits des femmes, il y a des choses prévues un peu partout en France. À Toulouse, ce sera le 12 mars au Social Club, pour une soirée organisée par le Croec, en partenariat avec l’Anecs et le CJEC.
En parallèle, l’Afec propose aux expertes des formations adaptées mais aussi du mentorat, sous forme de coaching par des consoeurs volontaires. L’accompagnement dure neuf mois.
Quel conseil donneriez-vous à une jeune experte-comptable qui hésite à s’installer ou à prendre des responsabilités ?
Je n’ai pas de conseil qui s’appliquerait à toutes les femmes et les situations mais je crois en une chose : on ne peut pas choisir entre être une bonne mère, une professionnelle investie et une personne épanouie. Les hommes ne choisissent pas, eux. Il n’y a pas de choix à faire. En revanche, il faut s’organiser pour trouver l’équilibre. C’est valable aussi côté employeur : aujourd’hui, il existe vraiment de nombreux outils à leur disposition ; chez Rydge, par exemple, nous avons mis en place la semaine de quatre jours payés cinq, pour tous les parents, pendant six mois.
Enfin, je le redis, il faut oser : la vie est faite de rencontres et d’opportunités à saisir !
Propos recueillis par Marie-Dominique Lacour
Sur la photo : Béatrice Charlas, présidente de l’Afec, cofondatrice et associée chez Rydge Conseil. Crédit : Rydge.
Notes
[1] ECE : Institut des diplômés d’expertise comptable en entreprise. Site : www.ece.asso.fr
