Nouveauté de la rentrée 2026 : face à l’urgence sociale, le barreau de Toulouse déploie deux dispositifs de proximité. Premier chantier, la mise en place d’un numéro vert [1] dédié à la lutte contre les violences intrafamiliales. « La mesure était déployée de manière ponctuelle, à l’occasion de la journée de lutte contre les violences faites aux femmes. Nous l’avons étendue à toutes les violences et pérennisée pour une réelle efficacité », explique Sophie Coq, bâtonnier. Cette ligne téléphonique permet aux victimes, mais aussi aux témoins, d’obtenir de premiers conseils juridiques « notamment en cas d’urgence ».
Parallèlement, une permanence [2] sera instaurée dès le mois de mars pour accompagner les locataires expulsés de leur logement. « L’avocat n’est pas obligatoire dans ces procédures. Or, le sujet est technique et se complexifie, d’autant plus qu’il s’agit d’un public vulnérable », détaille Me Laspalles, vice-bâtonnier. Via un simple mail, les personnes pourront, dès leur assignation en justice, avoir accès à un avocat. « L’aide juridictionnelle pourra être sollicitée pour les plus démunis », ajoute-t-il.
Rivage et Sure dans le viseur
Si les avocats ne manquent pas d’énergie pour intervenir localement, ils peinent à l’échelle nationale à réfréner les envies de réformes du gouvernement. Le projet Rivage, en « privant certains justiciables de leur droit d’appel », risque « d’instaurer une justice de classe », dénoncent les avocats. La concertation entre l’État et les représentants de la justice se poursuit, sans calendrier et sans certitudes quant à l’issue.
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La réforme Sure (pour “Sanction utile, rapide et effective”) portée par le Garde des Sceaux, elle aussi dans les tuyaux parlementaires, offre d’autres éléments de crispation. « Le texte prévoit, entre autres, de réserver le sursis aux primo-délinquants, de limiter les aménagements de peine et d’instaurer des peines ultra-courtes… Les prisons débordent, mais le législateur croit aux bienfaits du "choc carcéral" », déplore le vice-bâtonnier, qui redoute également « la création d’un plaider-coupable » en matière criminelle. « En réalité, il n’y a plus de procès, juste une forme de négociation », condamne-t-il.
« L’érosion de l’État de droit »
« La justice manque cruellement de moyens matériels et humains. Mais ces réformes n’ont pas vocation à résoudre le problème : Rivage va juste éloigner le justiciable du tribunal », insiste Sophie Coq. « Et Sure veut juger de manière expéditive », complète Me Laspalles.
Les actualités internationales n’offrent pas plus de motifs de réjouissance. Les avocats, « deuxième profession la plus menacée après les journalistes », s’inquiètent du recul des libertés fondamentales et de « l’érosion de l’État de droit » en Turquie, au Maroc ou en Tunisie. « Quand on descend une marche, on ne la remonte plus », constate le bâtonnier.
Heureusement, un événement d’ampleur s’annonce pour égayer ce tableau gris : la Convention nationale des avocats, coorganisée par les barreaux de Toulouse, Albi et Montauban. Après sept ans d’absence, elle se tiendra pour la première fois dans la Ville rose, plus précisément au Meett, où 6000 participants sont attendus, du 20 au 23 octobre prochains. L’occasion pour les avocats toulousains de mettre en lumière leur barreau, l’un des plus importants du pays avec près de 1800 inscrits.
Marie-Dominique Lacour
Sur la photo : Sophie Coq et Sylvain Laspalles, avocats, respectivement bâtonnier et vice-bâtonnier du barreau de Toulouse. Crédit : M-D. L./ToulÉco.
Notes
[1] Numéro vert contre les violences intrafamiliales : 0 801 070 731 (gratuit), du lundi au vendredi de 9h à 18h (à partir de février 2026).
[2] Permanence expulsion logement : formulaire à remplir en ligne sur www.avocats-toulouse.com avec le justificatif de l’assignation en référé et la date de l’audience.
