En une heure et demie de show, entre répliques et anecdotes vécues, Vincent Moscato aborde le rugby, les vacances, la vie. « Je suis là pour qu’on se marre. M ais, même si je n’ai pas de tabou et que je peux tout aborder, je ne suis pas là pour délivrer un message », explique l’humoriste. L’ancien rugbyman, en tournée pour son spectacle Vincent Moscato passe à table, est monté sur la scène de l’espace Valentré à Cahors, puis sur celle du Casino Barrière à Toulouse. Ce samedi 28 mars, il s’apprête, lorsque ToulÉco le rencontre, à jouer à guichets fermés dans la salle de spectacle du centre culturel Saint-Exupéry à Caraman, au sud-est de Toulouse, devant 600 personnes.
« Les petites salles me permettent de jouer l’interaction avec le public », précise celui qui est également animateur radio et comédien. En coulisses, Tanguy Oeschsel, premier adjoint de Karine Navarro, la maire de la ville (sans étiquette), s’assure que tout se déroule sans accroc. Car l’humour est son dada depuis une dizaine d’années. « On nous disait que ce genre n’avait pas sa place à Caraman. J’étais fou en entendant dire cela. J’ai voulu alors prouver le contraire », explique Tanguy Oeschsel, l’élu en charge de la culture, fleuriste et président des commerçants de la commune. Il mise alors sur le duo Steeven et Christopher et lui propose, pour l’attirer, un contrat gagnant-gagnant : le prix de la place se partage entre les artistes et la commune. Les jumeaux révélés par Laurent Ruquier accrochent. Sans le savoir, ils servent de locomotive à d’autres humoristes. « C’est un petit milieu et tout le monde se connaît », ajoute-t-il.
Suivent Élodie Poux, Paul Mirabel, Olivier de Benoist, Alexandre Kominek, David Voison et Constance. Mais, avec un budget de 21.000 euros par an, Tanguy Oeschsel ne ménage pas ses efforts. C’est lui, par exemple, qui colle des affiches sur le bord des routes jusqu’à Pin-Balma et aux portes de Graulhet, dans le Tarn, pour annoncer les artistes.
Les théâtres municipaux, les salles polyvalentes ou privées, les bars et les maisons des jeunes et de la culture à Auch, Gimont, Mirande, Pavie, Fleurance et ailleurs dans le Gers, programment désormais des spectacles d’humour et de stand-up dans des jauges d’une centaine à 2400 places. À la manoeuvre, Thomas Vautour-Ahmed, le dynamique fondateur et président du festival Les Fous rires gascons. « Avant, il n’y avait rien », explique Thomas Vautour-Ahmed, 25 ans. Alors, l’idée lui est venue, aidé d’une quarantaine de bénévoles, de proposer des spectacles dans ce département rural dont il est originaire. En trois ans, ce rendez-vous a fait ses preuves, chiffres à l’appui. En 2025, 4500 billets ont été vendus. Résultat, le budget a fait un bond pour passer de 140.000 euros à 260.000 euros cette année. De quoi équiper la salle du Mouzon, à Auch, d’écrans géants et d’une sonorisation de qualité pour recevoir Les Chevaliers du fiel ou encore Thomas Angelvy en avril 2026.
L’humour, qui n’a jamais été aussi présent à la radio, à la télévision et sur le Web, est devenu un produit d’appel pour remplir les salles. En 2023, selon le Centre national de la musique, le genre occupe une place très importante avec plus d’un quart du total de spectacles de musique et de variétés, suivi par le jazz/blues (12 %), la variété-pop (11 %) et le rockmétal (11 %).
En Occitanie, les initiatives se multiplient. En 2024, à Grenade, le foyer rural et la salle de spectacle de la Parenthèse ont organisé une soirée dédiée au stand-up. En 2024, le Théâtre de la poste à Foix s’est transformé en tremplin pour les artistes. À Revel, en septembre 2025, le cinéma Get a testé le concept en recevant quatre humoristes. Ailleurs en Occitanie, le metteur en scène Xavier Matté a ouvert voilà dix ans à Perpignan La Comédie des K’Talents (« catalans » en phonétique, NDLR). L’atout de son café-théâtre de 130 places : une programmation riche d’une trentaine de spectacles chaque saison autour de l’humour sous toutes ses formes.
Mais tout n’est pas si simple. À Carcassonne, l’Evans Comedy club, scène d’humour ouverte début janvier 2025, a définitivement fermé ses portes après seulement trois mois d’exploitation. Son fondateur Max Evans avait alors évoqué comme principal argument un nombre d’humoristes insuffisants pour assurer un roulement à chaque session.
Audrey Sommazi
Sur les photos : Vincent Moscato, entouré de Tanguy Oeschsel, adjoit au maire, et de Sylvian Cazeneuve, régisseur général son et lumière à la mairie de Carman, sur la scène du centre culturel Saint-Exupéry, le 28 mars.

