Après un été marqué de par des fortes chaleurs répétitives couplées à un important déficit de précipitations, c’est l’heure de dresser le bilan. À Sainte-Suzanne, en Ariège, David Comminges, cultivateur de maïs (semence et consommation) sait que le compte n’y est pas. « Je vois bien que le maïs ne fait pas son poids habituel et que la quantité est moindre »,explique-t-il. La forte chaleur sèche, autour de 35°C, altère les grains de pollen. Ils perdent la capacité de former le tube pollinique nécessaire à la reproduction. Conséquence ? « Une vingtaine de grains poussent sur l’épi contre 300 en temps normal », souligne David Comminges.
En Haute-Garonne, à Marignac-Lasclares, Joël Tournier estime de son côté avoir perdu 30 % des 150 hectares plantés de maïs. « Et j’ai eu de la chance de pouvoir irriguer les cultures. Car les restrictions des usages de l’eau ont été imposées en août », relève-t-il. Ailleurs, dans le Lauragais, les agriculteurs voient aussi leur rendement chuter. Selon le centre de gestion de la fonction publique territoriale, 130 exploitations sur les 530 qui composent ce territoire très vallonné sur lequel poussent maïs, tournesol, orge ou colza, seraient en difficulté, rapporte Joël Tournier.
Pour leur venir en aide, le gouvernement a annoncé vendredi 4 septembre une série de mesures d’un montant d’un milliard d’euros. Parmi elles, un nouveau « fonds de réarmement agricole » de 235 millions d’euros confié aux préfets pour aider les exploitations les plus touchées, afin qu’elles se dotent des moyens de produire à la saison prochaine (fourrages, semences, plants), le versement de 520 millions d’euros dans le cadre de l’indemnisation de solidarité nationale, système étatique pour compenser les pertes agricoles liées aux événements extrêmes, et la prolongation pour deux mois de la compensation de l’augmentation du prix du gazole non routier (GNR), le carburant utilisé dans les machines agricoles. Celle-ci, évaluée à 106 millions d’euros, est insuffisante selon David Comminges, élu à la chambre de l’agriculture départementale. « Le GNE est à 1,20 euros. Et je peux dépenser 500 litres par jour si mon tracteur et ma moissonneuse fonctionnent. C’est énorme. »
« Nous, on a des problèmes de trésorerie »
« On est dépités et méprisés » par le plan, réagit Joël Tournier, membre des Ultras de l’A64, particulièrement actifs l’hiver dernier pendant le mouvement de colère agricole et vice-président de la chambre d’agriculture de Haute-Garonne. « C’est du grand n’importe quoi. Nous, on a des problèmes de trésorerie. On ne veut pas passer une année blanche », gronde-t-il. La Coordination rurale abonde, demandant que « les aides publiques, et notamment les aides de la Pac (1er et 2e piliers), soient versées et avancées au plus vite, afin de permettre aux exploitations de faire face à leurs échéances ». Le syndicat réclame dans un communiqué de presse « une refonte profonde du modèle agricole français, de la production à la distribution ».
Audrey Sommazi
Sur la photo d’illustration : Un champ de tournesol dans le Lauragais. Crédit : Rémy Gabalda-ToulÉco.
