Il est né la même année que Sophie Marceau et Vincent Cassel. L’ABC, cinéma art et essai du 13 rue Saint-Bernard à Toulouse, fête ses soixante ans en cette année 2026. Et le lieu, prisé des cinéphiles toulousains, va célébrer d’une jolie manière son entrée dans sa nouvelle décennie d’existence du 12 au 15 février. Au programme, des avant-premières de films d’auteurs attendus comme Marty Supreme, de l’Américain Josh Safdie avec la star Timothée Chalamet en as du tennis de table, l’ovni Planètes, film d’animation de la Japonaise Momoko Seto, qui raconte l’aventure de quatre graines de pissenlit, ou encore Le garçon qui faisait danser les collines du Macédonien Georgi M. Unkosvski, qui suit l’histoire d’Ahmet, 15 ans, passionné de musique qui garde les moutons de son père tout en prenant soin de son petit frère.
Mais ce week-end sera également une grande fête, avec notamment un concert du groupe de samba punk King Congre, un ciné-quizz décalé porté le duo déjanté Ma’mzelle Lombard et M’sieur Christ et même “une ciné-boom” ! Hommage à leur copine sexagénaire Sophie M. qui s’est fait connaître en 1980 dans La Boum ? Non, malheureusement pour les fans du slow Reality de Richard Sanderson, mais bonne nouvelle pour les amateurs de la “French Touch” puisqu’ils seront invités à danser devant le film Interstella 5555 : The 5tory of the 5ecret 5star 5ystem rythmé par l’album électro culte des Daft Punk Discovery.
Cet anniversaire est aussi l’occasion pour le lieu culturel, héritier du Ciné-Club de la Jeunesse de Toulouse (C.C.J.T) né lui en 1950, d’ouvrir une nouvelle page en passant du statut associatif à celui de société coopérative et participative (Scop). « On ne devient pas une Scop car nous allons mal. Au contraire, c’est car financièrement nous allons bien que nous avons basculé dans une forme qui pourra nous aider à pérenniser notre modèle. 85 % de notre chiffre d’affaires proviennent de notre billetterie. Dans le monde culturel, ce n’est pas si courant. Cela montre une solidité que nous allons essayer de renforcer », explique Marc Van Maele, dirigeant de la Scop et associé de la nouvelle structure aux côtés de cinq autres salariés de l’entreprise (Gaëlle Bonnemaison, Stéphanie Bousquet, Marie-Stéphan Guey, Guillaume Fauvet-Camprasse et Simon Pic) [1].
« Donner plus de pouvoir à ceux qui font vivre le projet au quotidien »
« Il y a de plus en plus d’associations qui passent en Scop. Quand on existe depuis longtemps avec une équipe salariée solide, la forme associative peut être un peu un frein au développement. La Scop, c’est donner plus de pouvoir a ceux qui font vivre le projet au quotidien. C’est aussi une manière de diriger de façon collective, un état d’esprit qui plaît bien aux anciens du monde associatif », analyse Cyrille Rocher, directeur de l’Union régionale des Scop Occitanie Midi-Pyrénées. L’Urscop va accompagner, à travers conseils et jours de formations, « les premiers pas de l’ABC dans cette nouvelle façon de fonctionner » où, pour les grandes décisions, un associé égale une voix. « C’est comme pour le mariage. Le jour de la fête, c’est génial, mais c’est après que le vrai travail démarre », résume avec humour Cyrille Rocher.
Films d’auteurs cannois et pépites plus fragiles
Au niveau fréquentation, le cinéma toulousain résiste bien. « Nous sommes aux alentours de 190.000 spectateurs en 2025. Les cinéma d’art et d’essai comme nous ont connu une baisse de fréquentation globale de l’ordre de 3-4 %. Mais cela est moindre que la baisse encaissé par les multiplexes, de l’ordre des 14 % », indique Gaëlle Bonnemaison, chargée de communication et associée de la Scop. Parmi les films qui ont attiré les spectateurs en 2025, on note la prédominance des films auréolés par leur passage au Festival de Cannes (Partir un jour d’Amélie Bonnin, La petite dernière d’Hasfia Herzi, Un simple accident de Jafar Panahi, L’Agent secret de Kleber Mendonça Filho, ou encore La Femme la plus riche du monde de Thierry Klifa.
« À Toulouse, il y a une vraie communauté cinéphile. Avec les autres cinémas art et essai de la zone (American Cosmograph, Utopia), nous ne diffusons pas les mêmes films. Nous sommes complémentaires et participons à maintenir cet attrait fort pour le septième art dans la Ville rose. Nous avons une programmation équilibrée entre œuvres d’auteurs reconnus et pépites pointues plus fragiles. Notre particularité est aussi notre partenariat avec de nombreux festivals (une quinzaine par an) et notre accueil de nombreux soirées ciné-débats (deux par semaine environ) », détaille Marc Van Maele, dirigeant de la Scop. Pour les années qui viennent, le cinéma aimerait « accueillir plus de concerts et pourquoi pas des soirées gastronomiques pour que l’ABC reçoive un public encore plus diversifié ». En 1966, la Palme d’or était pour une histoire d’amour avec Un homme et une femme de Claude Lelouch. Soixante ans plus tard, l’ABC rêve de prolonger encore bien longtemps avec ses fidèles cinéphiles toulousains une love-story aussi passionnée que celle entre Anouk Aimée et Jean-Louis Trintignant.
Matthias Hardoy
Sur la photo : Le dirigeant de la jeune Scop qu’est devenue le cinéma ABC, accompagné de trois autres associés de la structure : Gaëlle Bonnemaison, chargée de communication, Stéphanie Bousquet, programmatrice jeune public-coordinatrice École et Cinéma, et Simon Pic, chef opérateur-projectionniste. Crédit : Rémy Gabalda-ToulÉco.
Notes
[1] L’équipe est composée au total de douze salariés.

