Rémi Demersseman : « La relance ne pourra être que digitale »

Ancien dirigeant-fondateur du réseau de crèches interentreprises La Part de Rêve, Rémi Demersseman a fondé en 2015 les Lab’Oïkos*, et repris en 2014 le Journal Toulousain et l’ISJT**. Des activités qui se retrouvent, pour la plupart, heurtées de plein fouet par la pandémie de Covid-19. Entretien.

Rémi Demersseman, comment mesurez-vous l’impact de la crise du Covid-19 sur vos activités ?
La SAS Oïkos Développement, société d’espaces de coworking et de services aux entreprises, et sa fondation devaient atteindre leur point d’équilibre en septembre 2020, après quatre années et demie de travail. Et là, chute brutale du chiffre d’affaires de 70 % pendant les deux mois du confinement. En 2020, il devrait s’établir à 650.000 euros, en baisse de 25 % par rapport à 2019, au lieu du million d’euros anticipé. Et la perspective de location de bureaux n’est guère glorieuse à horizon de deux ans au moins. Le modèle économique du coworking souffre.
La concurrence est élevée, les baux en centre-ville sont onéreux et des surfaces se libèrent en raison du télétravail ou des plans de réduction d’effectifs. Les programmes d’accompagnement ou les organisations d’événements sont aussi à l’arrêt. Le Journal Toulousain est également impacté à la baisse, de l’ordre de 20 %, en raison de l’arrêt des annonces légales et des revenus de la publicité, mais nous devrions enregistrer un exercice à l’équilibre cette année. L’école de journalisme, quant à elle, est moins affectée et poursuit sa croissance.

Quelles sont les actions de sortie de crise que vous avez mises en œuvre ?
Il a fallu nous réinventer, repenser le modèle, et ce, dès le 16 mars à l’entrée du confinement. Nous avons naturellement activé un PGE de 350.000 euros pour Oïkos, perçus à la fin du confinement, mais le taux reste à négocier en juin 2021. Même mécanisme à hauteur de 35.000 euros pour le Journal Toulousain. Pour renforcer notre trésorerie, nous avons également mis en vente nos actifs immobiliers toulousains, soit 1325 m2 qui nous appartenaient, sur les 3300 m2 de la Ville rose. C’était une question de survie. Mais notre principal axe de sortie de crise est le lancement d’une plateforme digitale d’accompagnement des entreprises début octobre.

De quoi s’agit-il ?
Selon moi, la relance ne pourra être que digitale. Baptisée www.oikosimpact.citedelarse.fr, la plateforme propose un programme diagnostic de la situation d’une entreprise, gratuit dans un premier temps. Elle identifie ensuite les axes prioritaires de sortie de crise garantissant une performance globale, à la fois économique mais aussi sur les plans sociaux, sociétaux et environnementaux. Car il faut que l’économie fonctionne d’abord en s’appuyant sur ce qui est vertueux. Une stratégie basée sur la RSE est 13 % plus rentable selon des études. La plateforme fonctionnera sur la base d’un abonnement mensuel, qui donnera accès à une base de 23.000 partenaires formateurs ou conseillers. Nous visons 500 abonnements d’ici à la fin de l’année.

Avez-vous d’autres projets en perspective ?
J’aimerais créer un « Deezer de la presse » pour redonner du pouvoir à la presse. Là aussi, le digital vient à la rescousse. Appelé Media-Baron, ce sera une application qui permettra de décomposer les publications par thématique et où les media seront rétribués en fonction des consultations des clients qui souscrivent un abonnement. Le lancement devrait avoir lieu l’année prochaine. Enfin, en tant qu’associé de Bankapart, créée par Frédéric Honnorat à Toulouse et qui a été bloquée administrativement par l’AMF, je souhaiterais réactiver ce projet. Il s’agit de mutualiser la trésorerie des entreprises d’un même réseau, par exemple une franchise, pour leur permettre de s’autofinancer entre elles.
Propos recueillis par Isabelle Meijers

Sur la photo : Rémi Demersseman, à la tête des Lab’Oïkos, ne voit pas d’amélioration du modèle économique des espaces de coworking avant deux ans. Il digitalise son offre. Crédits : Rémy Gabalda - ToulÉco.

Note de la rédaction : en raison d’un problème technique, nous republions cet article daté du 29/09/2020

P.S. :

* Les Lab’Oïkos proposent des espaces de travail et d’accompagnement des entreprises totalisant 5500 m2 à Toulouse, Paris et Lille.

** ISJT : Institut supérieur de journalisme de Toulouse

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Source : https://www.touleco.fr/Remi-Demersseman-La-relance-ne-pourra-etre-que-digitale,29478