Les fumées blanches de Fibre Excellence à Saint-Gaudens ne masquent plus le piémont pyrénéen. À partir de lundi 16 mars, les chaudières de l’usine, qui fabrique en moyenne 260.000 tonnes de pâte à papier blanchie par an (essuie-tout, feuille de papier…) sont à l’arrêt jusqu’au 30 mars. Au début du mois, l’usine Fibre Excellence Provence, implantée à Tarascon dans les Bouches-du-Rhône, a subi le même sort : son activité de fabrication de pâte à papier écru (carton d’emballage) était elle aussi mise sur pause jusqu’à la mi-mars.
Pour justifier cette mesure temporaire, le groupe évoque des tensions persistantes sur le marché du bois d’industrie, aggravées par des difficultés d’approvisionnement liées aux récentes intempéries dans le Sud-Ouest de la France. « Le stock de bois disponible de l’usine est actuellement trop faible alors que la demande est très forte », explique un porte-parole du groupe. « Et les intempéries en février ont créé des ruptures sur la chaîne logistique. »
Cette période sera mise à profit pour réaliser des opérations de maintenance, des travaux de nettoyage et organiser des sessions de formation pour les collaborateurs, prévient le groupe. « On était déjà au ralenti. Mieux vaut arrêter car on perd de l’argent », estime Sébastien Oustric, le délégué syndical CGT. « Cela permettra, si les fournisseurs de bois jouent le jeu, de retrouver un seuil normal. »
L’actionnaire entendu par l’Etat le 13 mars
La mise à l’arrêt des usines intervient alors que le groupe menace de cesser à la mi-mars l’activité de ses deux usines françaises si l’État n’augmente pas le prix d’achat de l’électricité produite par les deux sites. En effet, la revente de l’électricité à EDF dans le cadre de contrats, issus d’appels d’offres émis par l’État, est une activité complémentaire à la production de pâte à papier mais elle accuse une perte de 30 millions d’euros en 2025. Car, selon le groupe, les prix - 120 euros le mégawattheure pour le site de Saint-Gaudens, 105 euros pour celui de Tarascon - ne prennent pas en compte la hausse du prix du bois de trituration français (résineux et feuillus) – la matière première utilisée par l’entreprise –, qui a augmenté de près de 50 % entre 2021 et 2025.
Depuis des semaines, des discussions sont donc menées avec l’État, qui a mis sur la table 150 millions d’euros. Mais cette enveloppe mise à disposition suppose un investissement financier de l’actionnaire, Jackson Widjaja. Mercredi 11 mars, l’État s’est même engagé à rechercher 5 millions d’euros supplémentaires pour soutenir la trésorerie. Cette aide est assortie de la même condition. « Ce signal doit être impérativement suivi d’un engagement clair de l’actionnariat dont le silence depuis plusieurs jours est à la fois inquiétant et incompréhensible alors que le risque de redressement judiciaire se rapproche », a plaidé Carole Delga, la présidente de la Région Occitanie, à l’issue de la table-ronde organisée par le ministre en charge de l’Industrie Sébastien Martin.
Selon la CGT, l’actionnaire devrait s’entretenir avec le ministre vendredi 13 mars.
Audrey Sommazi
Sur la photo : Le site Fibre Excellence à Saint-Gaudens. Crédit : Rémy Gabalda-ToulÉco.
