Un collectif scientifique toulousain lance un plaidoyer contre l’IA générative

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À l’initiative de l’Atelier d’écologie politique de Toulouse (Atécopol), plus de 1100 scientifiques, artistes, journalistes et citoyens signent un plaidoyer qui appelle à ne pas utiliser l’intelligence artificielle générative (IAg). Le chercheur à l’Insa, Julian Carrey, membre de l’Atécopol, nous explique cette démarche.

Face au déploiement massif de l’intelligence artificielle générative (IAg) [1], ils font entendre leurs voix très critiques. À l’initiative de l’Atelier d’écologie politique de Toulouse (Atécopol), plus de 1100 scientifiques, artistes, journalistes et citoyens signent un plaidoyer pour appeler à l’émergence « d’un label sans IA générative dans l’enseignement, la culture, le journalisme et les entreprises ». Le texte, paru le 18 juin [2] sur le site du média Reporterre et sur le Club de Médiapart, compte, parmi ses signataires, des noms connus comme l’illustratrice et autrice de bande dessinée Catherine Meurisse, l’écrivaine Agnès Desarthe, la cinéaste Léa Fehner ou encore la comédienne Audrey Vernon.

Cette tribune faite suite à un premier manifeste paru il y a quelques mois, « Face à l’IAg, l’objection de conscience », qui avait rassemblé plus de 3400 enseignants et membres de l’enseignement supérieur. Les signataires considéraient alors que « le déploiement de l’IAg dans les institutions de l’enseignement supérieur et de l’éducation nationale est incompatible avec les valeurs de rationalité et d’humanisme » qu’ils « sont censés représenter et diffuser ».

Ce premier texte a eu un certain retentissement dans le monde universitaire. « Le manifeste a beaucoup circulé et un nombre important de collègues d’autres villes universitaires ont rejoint le mouvement. À travers le plaidoyer du 18 juin, nous avons voulu élargir notre réflexion à d’autres secteurs comme la culture ou le journalisme. On peut noter qu’un média comme Reporterre a pris très récemment un engagement très clair de non-utilisation de l’IAg et que le journal d’investigation breton Splann ! a signé notre appel », indique Julian Carrey, physicien à l’Institut des sciences appliquées (Insa) de Toulouse, membre de l’Atécopol.

« Continuer à apprendre à nos étudiants à exercer leur intelligence humaine »

L’utilisation de l’IA générative, « n’est pas inéluctable », selon le chercheur. « Le discours de l’inéluctabilité de l’IAg, c’est le discours martelé par les géants de la tech. Nous savons que, pour le moment, ils perdent des millions de dollars chaque jour avec une technologie extrêmement coûteuse. Leur souhait est que tout le monde l’adopte massivement, s’y habitue vite et ne puisse rapidement plus s’en passer. Une fois que les utilisateurs, entreprises et particuliers seront captifs, l’accès à la technologie passera de quasi gratuit à très onéreux. La tech espère ainsi atteindre la rentabilité », explique le physicien.

Promouvoir la non-utilisation de l’IA pourrait être « une stratégie payante » à long terme. « Nous avons besoin de conserver en France des compétences de très haut niveau. On les acquiert en se frottant soi-même aux problèmes plutôt que de demander à une entité de les résoudre à notre place. Il y a une pression pour former aujourd’hui nos étudiants à utiliser l’IAg, mais c’est le fait de continuer à apprendre à nos étudiants à exercer leur intelligence humaine face à des savoirs complexes qui permettra de nous distinguer demain », considère l’enseignant à l’Insa.

Au-delà de la culture et du journalisme, Julian Carrey espère que le monde de l’entreprise va s’interroger plus sérieusement sur son utilisation de l’IA générative. « À court terme, vous pouvez économiser de l’argent en n’embauchant pas des juniors dans tout un tas de secteurs (informatique, design, etc.), car l’IA fait leur travail. Mais le jour où les seniors vont partir, il n’y aura plus personne pour vérifier et avoir un regard critique sur les productions de l’IA. La perte de savoir-faire en quelques années pourrait être immense. C’est un énorme risque pour les entreprises », estime le membre de l’Atécopol.

Il rappelle également le coût écologique immense de cette technologie. « L’IAg a des conséquences très violentes dont peu de personnes ont conscience. Il y a des centaines de millions de personnes qui travaillent dans des conditions terribles pour entraîner les algorithmes de l’intelligence artificielle. L’IA va de plus participer à l’aggravation du réchauffement climatique avec la multiplication de data centers qui tournent grâce à des énergies fossiles car il n’y a pas assez d’électricité pour les faire fonctionner. Les data centers et les infrastructures qui leur sont associées sont à l’origine de pollutions directes et indirectes très importantes », conclut Julian Carrey.
Matthias Hardoy

Sur la photo : Images de la journée d’études « Que faire face à l’IAg dans l’enseignement supérieur et la recherche ? » qui s’est déroulée le 18 juin à Toulouse. Crédit : Atécopol.

Notes

[1Un type d’intelligence artificielle (IA) capable de générer du texte, des images, des vidéos ou d’autres médias en réponse à des requêtes.

[2Le même jour, une journée d’études sur le sujet a accueilli des universitaires de tout le pays à Toulouse.

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Source : https://www.touleco.fr/Un-collectif-scientifique-toulousain-lance-un-plaidoyer-contre-l,52227