Elle s’exprime sans notes avec un micro sans fil serre-tête, pendant une quarantaine de minutes. Présidente de la Région Occitanie, Carole Delga a devant elle une assemblée d’environ mille personnes, composée majoritairement d’acteurs économiques du territoire. Pour qu’ils puissent l’écouter au mieux dans une halle centrale de La Cité difficilement climatisable, des éventails et des bouteilles d’eau de la marque occitane Eau Neuve ont été distribués à l’auditoire. « Parce que la situation actuelle est complexe, il est important de se retrouver et de vous donner de la force », indique en préambule celle qui préside aux destinées de la Région depuis une décennie.
La présidente va ensuite essayer de montrer aux chefs d’entreprises que, depuis 2016, elle mène une politique qui leur est favorable. « Depuis dix ans, nous avons accompagné plus de 82.000 entreprises à hauteur de 1,7 milliard d’euros », affirme ainsi Carole Delga, qui rappelle ensuite que la Région peut octroyer différents types de prêts et avances remboursables et peut même entrer au capital de certaines entreprises.
« Nous créons plus d’emplois qu’en Île-de-France »
Par la suite, l’élue socialiste met en avant des données économiques, preuve deune certaine puissance économique de sa région. « Nous sommes la première région en ce qui concerne les investissements. Nous sommes la région avec la plus grande progression démographique du pays. Nous accueillons entre 42.000 et 45.000 nouveaux habitants chaque année. Depuis trois ans, nous créons plus d’emplois sur notre territoire qu’en Île-de-France », assure la cheffe de l’exécutif régional. Sur sa vision économique et politique générale, elle a réaffirmé sa croyance en « une croissance durable qui allie performance et écologie ».
Des dirigeants montent ensuite sur scène pour témoigner du soutien de la Région dans leur développement. C’est le cas de Stéphanie Limouzin, de CLS, groupe expert de solutions d’observation et de surveillance de la Terre qui a reçu notamment 500.000 euros de la Région pour développer des projets innovants, en particulier autour de la préservation de la ressource en eau. Sébastien Nobiron, de Mecanumeric, vient confirmer que l’Occitanie a bien été un appui, à travers son fonds Foster, pour la reprise de l’entreprise de Marssac-sur-Tarn, qui était en redressement judiciaire. Nadia Maaref, de Tekever, raconte de son côté comment les conseils de l’agence de développement économique régionale Ad’Occ ont été « décisifs » dans la décision d’implantation du droniste à Cahors.
Enfin, répondant à des questions de la salle, Carole Delga a de nouveau « déploré la baisse massive des dotations de l’État » et appelé à « décentraliser certaines politiques ». « Je suis par exemple pour que les dispositifs autour de l’orientation soit entièrement délégués aux Régions. Nous sommes les plus à même de faire sur le terrain le lien être monde de l’éducation et entreprises », estime la (toujours) présidente de Régions de France.
« Le premier défi, endiguer les populismes »
Cerise sur le gâteau, le prix Nobel d’Économie Philippe Aghion vient clore la soirée par une présentation de près d’une heure sur la conjoncture économique et politique. À toute berzingue, il dresse son état des lieux. « Le gros problème de l’Europe, c’est que l’on fait trop de “Mid Tech” comparé à la Chine et aux États-Unis. L’Europe est bloquée, déclinante. Nous avons pourtant des formidables chercheurs, des cerveaux incroyables. Il faut tout faire pour qu’ils ne partent pas développer leur technologie de rupture ailleurs. [...] Il y a un taux d’épargne énorme en France. Il faut trouver des mécanismes pour qu’elle soit utilisée dans des projets industriels et de haute technologie », considère le professeur au collège de France.
Son discours s’est fait par moments très politique, avec en ligne de mire l’élection présidentielle de l’année prochaine. « Nous ne pouvons pas nous payer le luxe d’avoir un populiste à la tête de la France. Le premier défi actuel, c’est d’endiguer les populismes. On ne compose pas avec eux. On les fera reculer, notamment, en investissant dans la santé et dans notre système d’éducation. Sur le modèle social, je suis contre un modèle à l’américaine, plus pour un modèle de flexisécurité [1] à la danoise », proclame Philippe Aghion.
Sur l’omniprésente question de l’intelligence artificielle, l’enseignant-chercheur a également partagé son point de vue. « L’IA est un cheval fougueux. Ne pas enfourcher cette nouvelle technologie, ce n’est plus être autour de la table internationalement. Toutefois, je suis pour que certains espaces dans la société soient sans intelligence artificielle, notamment l’école, pour apprendre aux enfants puis aux jeunes à réfléchir, à être indépendant d’esprit », confie l’ultra-dynamique prix Nobel.
Matthias Hardoy
Sur les photos :
* Carole Delga, présidente de la Région Occitanie et son invité le prix Nobel d’Économie Philippe Aghion le 10 juillet à la Cité à Toulouse lors de la rencontre avec les forces économiques.
* Carole Delga entourée du journaliste Hubert Vialatte, animateur de la soirée ; la directrice générale France de Tekever Nadia Maaref ; le directeur général du groupe Cité Hôtels Hadrien Pujol, Stéphanie Limouzin, directrice génerale de CLS et Sébastien Nobiron, dirigeant de Mecanumeric.
Crédit : Léo Arcangeli – Région Occitanie.
Notes
[1] un dispositif social autorisant une plus grande facilité de licenciement pour les entreprises mais à condition d’indemnités longues pour les chômeurs assortis de plus de formations.

