Réunis le 29 janvier dernier en assemblée générale à l’appel du syndicat CGT Mairie de Toulouse, les agents des bibliothèques ont voté pour l’action. Après la mise en ligne d’une pétition intitulée « Bibliothèques en péril », qui totalise à ce jour près de 1500 signatures, une matinée de grève et un rassemblement aux Minimes sont prévus ce mardi 17 février. Ces personnels municipaux mettent en cause le plan d’adaptation appliqué à la rentrée de septembre 2025 aux vingt-deux bibliothèques du réseau toulousain suite aux baisses de budget et au gel des recrutements décidés par la municipalité fin 2024.
En sous-effectif en raison du non-remplacement des postes vacants et du recours limité aux contractuels, « les agents sont de plus en plus au bord de la rupture », plaide la CGT Mairie. « Mi-février, sur 347 postes d’agent, il manquait quarante-quatre équivalents temps plein, soit 13 % des effectifs », constate l’un de ses représentants, Nicolas Rébier. « Entre septembre 2024 et septembre 2025, les bibliothèques ont dû rendre 1 million d’euros de budget. Nous avons perdu 65 % de l’enveloppe dédiée à l’embauche temporaire de contractuels et 60 % pour la programmation culturelle dans les bibliothèques. »
Réduction d’horaires
Pour les usagers, le plan d’adaptation au manque de personnel se traduit depuis septembre dernier par une fermeture le vendredi matin pour la bibliothèque d’Etude et du patrimoine et la médiathèque José Cabanis et, pour les dix-neuf bibliothèques de quartier, le mardi matin et une semaine sur deux durant les vacances scolaires pour celles qui ne sont pas situées dans les quartiers prioritaires. Cette réduction d’horaires se chiffre à 105 heures de fermeture par semaine selon la CGT, qui pointe aussi les fermetures ponctuelles, évaluées à 1500 heures depuis le 21 décembre 2024. « Il nous manque actuellement un quart de nos effectifs », témoigne un agent d’une bibliothèque de quartier. « Cela devient difficile de maintenir un service public. Les personnels sont sous pression, cela engendre de la souffrance au travail, des burn-out, une explosion des arrêts maladie, c’est un cercle infernal. On devient des automates du prêt, loin des valeurs de notre métier, qui est de permettre au plus grand nombre un accès à la culture. »
Les bibliothécaires ont également dans le viseur la réorganisation des services de la mairie, lancée le 1er janvier 2024 sous le nom Proxima, et qui a eu pour effet de mettre les dix-neuf bibliothèques de quartier sous une double hiérarchie ; celle de la direction centrale des bibliothèques et du livre et celle des nouvelles directions territoriales créées par la ville.
Audit sur Proxima
Alors que les conclusions d’un audit interne sur la restructuration Proxima doivent être rendues ce mardi aux responsables des bibliothèques de quartier, les agents se montrent pessimistes. « Sous couvert de rendre les services publics plus proches des usagers, Proxima a été une grande lessiveuse pour la baisse des budgets. Et tout semble indiquer que, malgré les dysfonctionnements, la Mairie a pris la décision d’aller plus loin dans sa politique de territorialisation en actant la rupture entre la direction centrale et les bibliothèques de quartier. Ce qui veut dire la fin d’un des plus grands réseaux de bibliothèques du pays, la fin d’un traitement harmonisé et une inégalité de l’offre de services selon le territoire où l’on réside », souligne Nicolas Rébier.
Les agents redoutent aussi la fin des prêts et retours entre bibliothèques grâce à un service de chauffeurs mutualisé, la disparition de la programmation culturelle commune, la fermeture de la médiathèque du Grand Mirail le dimanche et, plus grave encore, celle de cinq à huit établissements du réseau. Les bibliothèques menacées seraient Roseraie, Ancely, Bonnefoy, Duranti, Pont-des-Demoiselles ou encore Pinel, qui ne lève déjà plus ses rideaux que les après-midis. « Dans un contexte d’austérité, ces bibliothèques pourraient fermer pour récupérer des postes et les allouer à celles qui doivent ouvrir à la Cartoucherie et dans le quartier Malepère », craint Nicolas Rébier. Sollicitée par ToulÉco, la Mairie de Toulouse n’a pas donné suite.
Malgré plusieurs temps de grève à l’automne dernier, les agents des bibliothèques ont le sentiment de ne pas être entendus. Seule la mobilisation autour de la bibliothèque Bonnefoy a permis d’empêcher sa fermeture le samedi. En pleine campagne des municipales, ils espèrent trouver chez les candidats des oreilles attentives et favorables à « une recentralisation des bibliothèques dans une direction unique » et à la titularisation de tous les contractuels pour pallier le manque de personnel.
Johanna Decorse
Sur la photo : Les agents des bibliothèques de Toulouse sont mobilisés depuis plusieurs mois contre les coupes budgétaires et le gel des recrutements décidés par la municipalité. Un rassemblement a notamment eu lieu en mai 2025 au Capitole. Crédit : Rémy Gabalda - ToulÉco.
