Fidsud vient de fêter ses 102 ans d’existence. Ce renouvellement de la gouvernance marque-t-il une rupture ou une continuité ?
Les deux, en réalité. La mandature précédente est arrivée à échéance en 2025, et un tiers de nos associés partaient à la retraite. Nous avons donc intégré six nouveaux associés, dont trois au sein du Comex, en renouvelant 50 % de l’effectif dirigeant, avec une vision plus neuve. À noter que cinq membres sur six ont démarré leur carrière comme stagiaires chez Fidsud avant d’évoluer jusqu’à prendre la direction d’un site, puis de devenir dirigeants. C’est l’ADN de la maison : partager, transmettre, faire grandir.
Quelles sont vos ambitions chiffrées pour les cinq prochaines années ?
Nous visons 70 à 80 % d’augmentation de chiffre d’affaires, pour atteindre 80 millions d’euros à l’horizon 2030. C’est ambitieux... Mais c’est assumé. Cela passera par une croissance organique de 5 à 6 % par an, et des opérations ciblées de croissance externe. Concernant les prochaines ouvertures et acquisitions, nous allons nous concentrer sur des zones prioritaires, des territoires où Fidsud est présent mais pourrait l’être davantage, du côté d’Avignon et Aix-en-Provence notamment. Nous travaillons aussi à des rapprochements avec des cabinets de gestion de patrimoine et des offices notariaux. L’interprofessionalité représente aussi l’avenir.
Nous somme à l’aube d’un chamboulement numérique, où l’IA et la facture électronique vont profondément transformer votre métier. Comment l’appréhendez-vous ?
Lucidement. Tout le monde a conscience que ces deux évolutions combinées vont entraîner un changement profond. L’IA fait déjà un travail remarquable, par exemple pour détecter des anomalies dans nos dossiers de révision, mais il faut toujours une validation humaine, c’est non négociable. Nous formons nos collaborateurs aux IA génératives et à celles intégrées dans nos outils de production, avec un plan de conversion sur deux ans. Parallèlement, nous avons développé en interne une interface client pour accompagner le passage à la facture électronique. Nous éditons nos propres outils, interfacés avec les logiciels du marché ; Fidsud, c’est 20 ans de zéro papier, grâce à une équipe d’une vingtaine de développeurs. Cette indépendance technologique est l’une de nos grandes forces.
Néanmoins, ce virage ne risque-t-il pas de fragiliser vos structures ?
Les grands cabinets français parlent de 15 à 20 % de perte d’effectif dans les entreprises à cause de l’IA. Forcément, cela suscite de l’inquiétude, mais nous n’avons pas les mêmes clients, les mêmes organisations que ces grandes structures. Nos clients sont principalement des TPE et nous misons sur le fait qu’ils percevront notre utilité plus qu’avant, pas moins. Ce qui me préoccupe davantage, c’est d’embarquer nos équipes dans cette mutation de la profession, ce bouleversement qui va changer leur quotidien. C’est même l’enjeu majeur. Il faut aligner les équipes, révéler les talents... Et cela nous offre parfois de belles surprises, avec des collaborateurs qui se révèlent complètement dans leur nouveau rôle.
Quelle est votre vision de l’expert-comptable de demain ?
Jusqu’à présent, nous étions très centrés sur l’organisation comptable. Demain, nous voulons être centrés sur l’homme, c’est-à-dire le dirigeant et ses problématiques RH, de rémunération, de transmission, d’optimisation fiscale... Nous voulons être le DRH qu’il n’a pas les moyens de s’offrir, mais aussi le conseiller qui connaît aussi bien son entreprise en chiffres que sa situation personnelle. Nous allons plus loin aussi sur la cybersécurité en mettant à disposition de nos clients ce que nous développons en interne. L’idée, c’est de ne pas dévaloriser nos missions actuelles, mais de leur donner une dimension humaine plus forte. L’IA nous y oblige, c’est vrai, mais elle va aussi nous y aider.
Propos recueillis par Marie-Dominique Lacour
Sur la photo : Jérôme Poulier, président de Fisud. Crédit : Fidsud.
