Olivier Garrigou, Midica : « La notion de commerce non essentiel est choquante »

À la tête du groupe familial Gefiroga, qui compte aujourd’hui onze magasins - Midica, son navire amiral, huit Intersport et deux Blackstore -, Olivier Garrigou aborde avec inquiétude ce nouveau confinement. Le dirigeant veut néanmoins poursuivre sa stratégie de développement régional.

Olivier Garrigou, comment avez-vous traversé la crise sanitaire jusqu’à présent ?
Le confinement de mars dernier a conduit le groupe à fermer toutes ses enseignes durant deux mois, ce qui a engendré une perte de 12 millions d’euros. Au niveau national, la décision avait été prise de fermer le site internet d’Intersport, car nous n’avions ni le matériel ni la connaissance pour garantir la sécurité des salariés. La réouverture s’est bien passée avec un vrai retour de nos clients. Nous avons enregistré un rattrapage qui nous a permis de modérer les pertes des deux mois de fermeture. Cela nous a confortés dans l’idée que notre modèle économique est pertinent et dans la poursuite de notre développement de groupe régional de proximité.

Et comment abordez-vous ce nouvel épisode de confinement ?
C’est un nouveau coup dur pour notre activité, avec deux différences majeures. Le magasin Midica, référence du bricolage du centre-ville de Toulouse, reste ouvert. De même que notre restaurant du quatrième étage, Gigi Land, pour les ventes à emporter. Les sites internet de nos magasins restent aussi accessibles et permettent la livraison à domicile ou le retrait des commandes sur place. Il est clair que nous avons appris du premier confinement mais nous abordons ce deuxième confinement avec beaucoup d’inquiétude. Il sera plus dur que le premier à cause de la fatigue accumulée. Tout le monde a puisé dans ses réserves et ces crises à répétition usent les entreprises.

À quels niveaux ?
Nous avons dû, tout d’abord, protéger nos salariés. L’activité partielle, le télétravail, tout cela nous était inconnu. Il a fallu ensuite se protéger financièrement, discuter avec nos partenaires bancaires sur les échéances de prêts ou encore sur le paiement de tous nos fournisseurs, durant deux mois, avec zéro chiffre d’affaires. Nous avons aussi dû trouver des accords sur les loyers avec nos treize bailleurs pour partager les efforts. Ces démarches inédites à peine terminées, nous devons tout recommencer. Ces difficultés ne remettent pas en cause nos ambitions, mais nous attendons un appui un peu plus fort des autorités.

Vous faites allusion au débat actuel sur la fermeture des commerces non essentiels ?
Il faut des règles lisibles, claires et justes. Dans le contexte actuel, les plateformes de e-commerce sont clairement favorisées. Le gouvernement a montré une bonne intention en décidant la fermeture de certains rayons dans les supermarchés mais la notion de commerces « non essentiels » est très choquante. Les commerces sont tous essentiels dans la mesure où tous sont employeurs, collecteurs d’impôts et contribuent à l’aménagement du territoire.

Nous mêmes sommes habitués à la compétition et la concurrence mais c’est comme dans le sport, il faut que les règles soient les mêmes pour tout le monde. Les commerces indépendants doivent pouvoir bénéficier des mêmes armes sur le plan fiscal, réglementaire et social. Et en l’absence de démonstration d’un risque sanitaire et d’une augmentation de la contamination dans les commerces, nous demandons la réouverture de tous les commerces. Ces fermetures par morceaux accroissent la confusion, l’injustice et le recours à Amazon.

Vous le disiez, ces crises successives ne ralentissent pas pour autant vos projets de développement. Vous maintenez votre rythme de croissance ?
Oui, nous venons de lancer notre label Déco Responsable de Midica pour mettre en avant, parmi nos 18.000 références, les fournisseurs qui oeuvrent pour une production plus responsable sur le plan environnemental et sociétal. Nous ouvrirons aussi notre 9e magasin Intersport en août prochain à Mazamet-Pont de l’Arn. Nous grandissons à notre rythme, en faisant en sorte que chaque magasin contribue au résultat et au financement d’un nouveau.

Notre croissance est plus fondée sur l’autofinancement que sur l’endettement mais elle est régulière et cette période de crise nous conforte dans cette logique. C’est aussi pour rendre le groupe plus robuste et résilient que nous nous sommes aussi diversifiés en faisant l’acquisition, en 2019, de 230 hectares de forêt en Ariège et dans le Tarn et en créant Forega, une société dédiée à la gestion forestière durable et à la production de bois. On pourrait imaginer demain que Forega devienne l’un des fournisseurs de Midica pour du bois, de l’encadrement ou des manches de couteaux. Un moyen de raccourcir les circuits et de reterritorialiser une production. Cette idée nous intéresse beaucoup.
Propos recueillis par Johanna Decorse

Sur la photo : Olivier Garrigou, directeur général du groupe Gefiroga et Richard Hernandez, président du directoire. Crédit : Studio Ze.

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Source : https://www.touleco.fr/La-notion-de-commerce-non-essentiel-est-choquante,29868