« Les alternants ne sont pas au SMIC et personne ne s’en émeut » : Depuis Toulouse, Patrick Martin défend son CDI spécial jeunes

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Le président du Medef était en déplacement en Haute-Garonne, ce mercredi 11 février 2026. Avant d’aller visiter le constructeur aéronautique ATR, Patrick Martin s’est rendu à la CFA Toulouse Blagnac, où il est notamment revenu sur l’idée décriée de créer un contrat spécifique pour lutter contre le chômage des jeunes.

De passage à Toulouse, le patron des patrons français Patrick Martin a fait part de son diagnostic sur l’emploi des jeunes. « Les chiffres du chômage sont consternants », lance-t-il d’emblée. 1,4 million de jeunes sont aujourd’hui "Neets" [1] (ni en emploi, ni en formation, ni en études). Le taux d’emploi des jeunes français plafonne à 35 %, contre 51 % en Allemagne et 75 % aux Pays-Bas, deux pays dont les régimes sociaux sont équilibrés, voire excédentaires. « Si ces jeunes étaient en emploi, cela règlerait une bonne partie de nos problèmes sociaux. Ne pas s’intéresser aux jeunes, c’est coupable vis-à-vis d’eux mais aussi du pays », martèle-t-il.

Le nouveau contrat jeunes évoqué début février a provoqué « un emballement un peu ridicule » après que le gouvernement a « surréagi », selon Patrick Martin. Il dénonce la stratégie de la CGT, qui « a cru habile » de rendre publique « de manière très orientée » cette proposition, faite dans le cadre d’une discussion exploratoire et privée. Lui assume pleinement son idée d’un CDI dérogatoire, réservé aux jeunes éloignés de l’emploi. Une donnée qui « se mesure, se vérifie », souligne-t-il. Rémunéré en dessous du Smic, ce contrat pourrait être rompu sans motif pendant les trois premières années, en contrepartie d’un engagement de formation que le patron veut « fort, ferme et très contraignant » pour l’entreprise. « Les alternants ne sont pas au Smic et personne ne s’en émeut », rappelle-t-il.
Face aux critiques, il tacle : « 1,4 million de jeunes sont au bord de la route mais faudrait pas être contrariant ! » Et d’ajouter : « À part le Medef, personne n’a fait de proposition pour régler ce problème majeur. Au moins, on a installé le sujet. »

Budget et compétitivité, le constat reste amer

Patrick Martin, président du Medef, face à la presse à Toulouse le 11 février 2026

Enfin, un budget 2026. Son existence constitue un bon point (« le seul ? ») et Patrick Martin salue « quelques victoires défensives » obtenues par les chefs d’entreprise, notamment dans le secteur du logement. Mais, globalement, la satisfaction n’est pas de mise. « L’État ne respecte pas sa parole », constate-t-il. Pas de baisse de la CVAE (cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises), reconduction de la surtaxe de l’impôt sur les sociétés... « Ça pose d’abord un problème de principe, ensuite un problème d’argent », résume le pragmatique patron.

Face à l’Allemagne, qui vient d’engager 46 milliards d’euros pour encourager l’investissement des entreprises, les patrons se montrent « inquiets de voir que notre pays se comporte comme s’il était seul au monde ». Alors que le niveau de conflictualité sociale « très bas » s’avère propice, selon eux, au déploiement de dispositifs efficaces pour redresser la barre, les décisions politiques vont à contre-courant. 68.500 procédures collectives ont été enregistrées en 2025, rappelle Thomas Fantini, vice-président du Medef Haute-Garonne, qui témoigne : « Ça se traduit ici par 110 alternants sur le carreau. On n’a pu en sauver que dix. Cela aurait été bien plus avec des mesures adaptées », regrette-t-il.

Les municipales, rendez-vous à ne pas manquer

À l’approche des élections municipales, le Medef a « des choses à faire entendre, notamment sur le foncier ». « Le logement est un enjeu central pour l’économie du pays », insiste Patrick Martin. Les chiffres sont sans appel : 2,9 millions de ménages français attendent un logement social. Il leur faudra patienter en moyenne huit ans, jusqu’à vingt ans à Paris. Une situation qui freine considérablement la mobilité professionnelle et empêche la fluidification de l’emploi. « Les entreprises ont besoin de logements pour accueillir nos salariés », rappelle le président.

En Haute-Garonne, le président du Medef 31, Pierre-Olivier Nau, déplore que les PLU ne soient pas respectés, notamment sur la première et la deuxième couronne de l’agglomération toulousaine. Le syndicat patronal, qui a reçu tous les candidats, organisera un débat à l’entre-deux tours. Sans surprise, deux candidatures ont ses faveurs : celle du maire sortant, Jean-Luc Moudenc, et la liste de gauche de François Briançon, sous réserve que ce dernier prenne en compte le volet de la sécurité et qu’il n’intègre pas d’élu LFI dans sa liste.

« L’extrême-gauche veut tuer l’entreprise capitaliste familiale, donc on ne pourra jamais être d’accord », constate Pierre-Olivier Nau. Les deux candidatures d’extrême-droite sont elles aussi balayées par le dirigeant de Manatour au regard de leur position sur les sujets économiques, mais également d’une incompatibilité plus profonde. « Je ne partage pas leurs valeurs », complète-t-il simplement.
Marie-Dominique Lacour

Sur la photo : Pierre-Olivier Nau, président du Medef Haute-Garonne, et Patrick Martin, président du Medef, mercredi 11 février 2026 à la CFA de Toulouse-Blagnac. Crédit : Marie-Dominique Lacour - ToulÉco.

Notes

[1Neet = acronyme anglosaxon pour "not in education, employment or training

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Source : https://www.touleco.fr/Les-alternants-ne-sont-pas-au-SMIC-et-personne-ne-s-en-emeut,50493