Michel Niezborala, médecin du travail chez Prevaly : « Nous ne sommes pas que des délivreurs d’inaptitude »

Depuis « l’hygiénisme industriel » des années 1860, la santé au travail n’a cessé d’évoluer jusqu’à la dernière réforme validée en août 2021. Cette loi « pour renforcer la prévention en santé au travail » vient d’entrer en vigueur : Michel Niezborala, médecin du travail et conseiller en stratégie chez Prévaly, fait le point sur le rôle de ce service d’intérêt général et les changements apportés par la réforme.

Michel Niezborala,quelles sont les missions des services de santé au travail ?
Les services de santé au travail sont des associations loi 1901. Pour le public, nous sommes souvent réduits à des « délivreurs d’aptitude et d’inaptitude ». Pourtant, notre rôle est d’assurer le maintien dans l’emploi des travailleurs pendant leurs carrières au travers d’actions bien concrètes. Au niveau collectif, nous contribuons à développer une culture de prévention, notamment via la réalisation obligatoire du document unique d’évaluation des risques. Nous avons le devoir d’alerter les entreprises si nous repérons un risque mal maîtrisé. Au niveau individuel, nous sommes dans une logique de prévention de la désinsertion professionnelle, c’est-à-dire le repérage précoce d’éventuelles difficultés d’un salarié à son poste de travail. Notre rôle s’étend désormais à une mission générale d’amélioration des conditions et de la qualité de vie au travail, avec certaines thématiques prioritaires dans la conjoncture actuelle telles que la sensibilisation au handicap, l’impact du télétravail, les luttes contre les addictions et le harcèlement moral et sexuel.

Quelles sont les obligations des employeurs en matière de santé au travail ? Et des salariés ?
Deux possibilités s’offrent à l’employeur : adhérer en externe, au centre dont il dépend géographiquement et professionnellement, ou créer son propre service de santé au travail en salariant des médecins. C’est souvent le cas pour les grandes structures, comme Airbus ou Safran à Toulouse. Si tout employeur doit veiller à ce que ses employés respectent un certain nombre de rendez-vous, la réciproque s’applique : le salarié qui refuse une visite s’expose à des sanctions pouvant aller jusqu’à une procédure de licenciement. Outre les visites initiales, il existe celles de reprise (après un accident ou une maladie professionnelle, un congé maternité ou un arrêt maladie long) et des visites occasionnelles, à l’initiative de l’employeur ou du salarié. À savoir : le principe général veut que l’employeur soit informé de la démarche - toujours dans le respect du secret médical - afin que d’éventuels aménagements de postes puissent être proposés. Cependant, l’employé qui sollicite une visite pourra bénéficier d’une confidentialité totale.

Que va changer la réforme, notamment pour les indépendants ?
Nous sommes maintenant « Service de prévention et de santé au travail ». Ce changement de nom vient illustrer nos deux missions : prévenir les risques collectifs et la désinsertion individuelle. Une nouvelle visite « de mi-carrière » complète désormais la liste des rendez-vous obligatoires. La ré- forme va aussi uniformiser les différentes offres de services sur le territoire. Enfin, le grand changement concerne les travail- leurs non-salariés qui, jusqu’à présent, ne bénéficiaient pas du service : la réforme les inclut désormais de plein droit. Depuis le 1er avril, les dirigeants non-salariés et tous les travailleurs indépendants peuvent adhérer s’ils le souhaitent. Avec notre expertise, nous pourrons leur apporter des améliorations concrètes qui tiennent compte de leurs contraintes professionnelles. La mesure cible surtout les autoentrepreneurs, population en forte augmentation et très hétérogène, dont le suivi représente un véritable enjeu de santé publique pour les autorités.
Propos recueillis par Marie-Dominique Lacour

Sur la photo : Le centre de santé et prévention au travail Prévaly à Toulouse. Crédit :Prévaly

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Source : https://www.touleco.fr/Michel-Niezborala-medecin-du-travail-chez-Prevaly-Nous-ne-sommes,35001