Montpellier. MedinCell veut lutter contre les moustiques porteurs du paludisme

article diffusé le 29 mars 2020

Pour lutter contre le paludisme, dont la pandémie continue de faire des ravages chaque année en Afrique, la société pharmaceutique MedinCell reçoit une subvention de 6,4 millions de dollars de Unitaid. Objectif : mettre au point un traitement longue durée préventif, à même de tuer les moustiques porteurs de la maladie..

Et de deux. Après une subvention de 19 millions de dollars reçue de la Fondation Bill&Melinda Gates, pour la mise au point d’un contraceptif injectable biorésorbable actif sur six mois, la société pharmaceutique MedinCell (Jacou) a reçu, le 24 mars, 6,4 millions de dollars de l’agence de santé internationale Unitaid, pour lutter contre le paludisme. Il ne s’agit pas de levée de fonds, mais de subventions. Ce financement doit permettre la formulation et les activités précliniques d’un injectable actif trois mois d’ivermectine, médicament utilisé dans le traitement de nombreux types d’infections parasitaires.

Objectif : intoxiquer (et tuer) les moustiques, vecteurs du paludisme, une fois qu’ils auront piqué les individus, pour rompre la chaîne de transmission. Le produit n’empêchera pas une personne d’être infectée. Il sera destiné à être administré à tous, y compris ceux qui ont déjà le paludisme. Le programme de recherche va mobiliser entre cinq et huit personnes, pendant deux ans, à Montpellier. Il comprendra la recherche des polymères, la formulation pour atteindre les spécifications ciblées, l’analyse de la molécule, la mise en place de la minipompe qui libèrera le médicament dans les organismes… Suivra ensuite, pendant un an, la phase préclinique.

Rompre la chaîne de transmission de la maladie

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« Une injection d’ivermectine permettra aussi de lever des barrières logistiques à l’adoption de traitements de masse », précise Christophe Douat, directeur général. « La formulation pourrait avoir un impact épidémiologique significatif. » Des premiers tests ont été menés in vivo au Burkina Faso par l’IRD, l’IRSS, le Cirdes et MedinCell. « Le paludisme ne peut être éradiqué sans de nouveaux outils », ajoute Philippe Duneton, directeur exécutif de Unitaid. « Les traitements à longue durée d’action sont des technologies émergentes qui renforcent notre boîte à outils. »

MedinCell accordera une licence non exclusive à Medicines Patent Pool pour distribuer le produit via le secteur public, dans les pays à revenu faible et intermédiaire. En contrepartie, la biopharma conserve les autres droits de commercialisation du produit dans le monde. Le paludisme est pandémique dans quatre-vingt-onze pays. Selon l’OMS, 228 millions d’individus ont été infectés en 2018, dont 93 % en Afrique, entraînant 405.000 décès, dont 67 % d’enfants de moins de 5 ans.

MedinCell, qui dispose de deux sites de production, en Hollande et aux Etats-Unis, développe un portefeuille de produits injectables à action prolongée, en associant sa technologie propriétaire à des principes actifs déjà connus et commercialisés. La société emploie 130 salariés, de vingt-cinq nationalités différentes, et a réalisé en 2018-2019 un chiffre d’affaires de 4 millions d’euros. Un produit contre la schizophrénie, développée par Teva, est également en phase 3 aux Etats-Unis.
Hubert Vialatte

Sur les photos : Medincell, basée à Montpellier, emploie 130 salariés, de vingt-cinq nationalités différentes. Christophe Douat, directeur général de la société. Crédits : DR.

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Source : https://www.touleco.fr/Montpellier-MedinCell-veut-lutter-contre-les-moustiques-porteurs,28397