Stéphan Astier, INP Toulouse : « La sobriété énergétique doit devenir une forme de progrès »

Stéphan Astier est professeur émérite à l’Institut national polytechnique de Toulouse et au Laboratoire plasma et conversion d’énergie, le Laplace, de l’université Toulouse 3 Paul-Sabatier. Docteur, ingénieur, il est un expert des énergies et du développement durable. À l’INP, il a initié des formations transversales orientées énergies et développement durable pour les futurs ingénieurs.

Stéphan Astier, comment en est-on arrivé là ?
L’alerte ne date pas d’hier. Dès les années soixante-dix, le premier Sommet de la Terre, à Stockholm, a placé les questions des énergies et du climat au rang des préoccupations internationales. Il s’est tenu juste après la publication du rapport Meadows, écrit par des scientifiques du MIT, qui, s’interrogeant sur les limites de la croissance économique, estimaient que le monde, produisant, consommant et polluant toujours plus, serait confronté à une raréfaction des ressources d’ici 50 à 100 ans. À cette époque, aux États-Unis, le président Carter a promu les énergies renouvelables. En France, le choc pétrolier de 1973 a donné naissance à l’Agence française de la maîtrise de l’énergie et on a beaucoup communiqué sur les mesures anti-gaspillage.

Au début des années quatre-vingts, l’arrivée du président Reagan aux États-Unis a mis fin à cet élan, d’autant que les tensions sur le pétrole commençaient à décliner. Pourtant, à cette période, le scientifique James Hansen faisait le lien entre réchauffement climatique et effet de serre et appréhendait ces évolutions selon un modèle qui s’est révélé exact. La problématique énergétique est éminemment liée à la problématique climatique, mais aussi à celle de la biodiversité.

Pourquoi est-on si inquiet, précisément aujourd’hui ?
Nous en sommes arrivés là par déni et manque d’actions. Le Giec [1], créé en 1988, est composé de scientifiques et de représentants des États. Les scientifiques ont pour mission de synthétiser les recherches en matière de changement climatique, mais les conclusions sont soumises aux validations des États. À certains moments, comme en 1992 au Sommet de Rio, des censures ont été organisées. Même si les dangers ont été reconnus, le mode de vie consumériste américain apparaissait comme non négociable. C’est ce qui a introduit des polémiques sur la légitimité du doute scientifique. Des climatologues ont été accusés de vouloir casser le système. Il faut également mettre en parallèle le lien entre la notion de progrès et celle d’abondance de services.

Est-ce le signe d’une accélération des questions liées à la transition énergétique ?
La situation, dont l’homme est en grande partie responsable, est devenue si urgente que des mesures drastiques et impopulaires s’imposent. C’est précisément ce que l’on voulait éviter ! Les phénomènes redoutés ne sont plus réversibles, le sentiment d’urgence monte et nous manquons de temps. La priorité est aujourd’hui de décarboner les secteurs industriels. L’une des solutions consiste à travailler autour de l’hydrogène vert… à condition que son utilisation ne soit pas dévoyée par la fabrication d’engrais peu compatible avec le respect de l’environnement. La sobriété est aussi un des leviers, elle doit devenir une forme de progrès, le bien-être des hommes doit se fonder sur d’autres valeurs. La technologie ne suffira pas pour résoudre nos problèmes, et par conséquent, nous devons modifier nos usages.
Propos recueillis par Valérie Ravinet

Sur la photo : Stéphan Astier est professeur émérite à l’Institut national polytechnique de Toulouse et au Laboratoire plasma et conversion d’énergie, le Laplace, de l’université Toulouse 3 Paul-Sabatier. Crédit : Stéphan Astier.

Notes

[1Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat

Réagir à cet article

Source : https://www.touleco.fr/Stephan-Astier-La-sobriete-energetique-doit-devenir-une-forme-de,35866