ToulÉco

Publié le mardi 29 mai 2018 à 22h48min par Johanna Decorse

Ariège. La mine de tungstène de Salau, mythe ou réalité ?

Variscan Mines, porteur du permis d’exploration de l’ancienne mine de tungstène de Salau, pourrait bientôt sortir du jeu. La société minière australienne Appolo Minerals qui a fait du site ariégeois son projet phare, est en effet en passe de le racheter.

Officialisé en novembre 2014 avec la demande de permis d’exploration déposée par la société française Variscan Mines, le projet de réouverture de l’ancienne mine de tungstène de Salau, sur la la commune de Couflens en Ariège, reste toujours aussi incertain. Le permis exclusif de recherches minières (Perm) d’une durée de cinq ans a été accordé fin 2016 par le gouverment français mais il n’a encore débouché sur aucun sondage. La mobilisation d’une partie de la population de la vallée du haut Salat, farouchement opposée à toute reprise industrielle dans cette zone Natura 2000, a rendu l’affaire plus compliquée que prévu et en a ralenti le cours. Mais en coulisses, les choses évoluent.

Sur le volet financier, le pilote initial du projet est en passe de laisser le volant. L’entreprise orléanaise Variscan Mines, en possession du permis d’exploration et filiale à 100% de la société australienne Variscan Mines Limited, devrait bientôt changer de mains pour être rachetée par Appolo Minerals. Cette autre société minière australienne, cotée en bourse, a fait son entrée dans le dossier de Salau après le rachat en 2016 du contrat initial liant Variscan Mines et le fonds d’investissement Juniper Capital Partners, sensé apporter les 25 millions d’euros pour la campagne d’exploration, mais dont la domiciliation dans les Iles Vierges britanniques a fait tousser l’Etat français.

Nouveau montage

Pour satisfaire aux exigences du gouvernement, deux sociétés de droit français ont donc été créées, Ariège Tungstène pour le transfert des fonds et Mines du Salat pour la partie opérationnelle. Dans celle-ci Variscan Mines conserve pour l’heure 20% de parts et Appolo Minerals 80%. Mais ce dernier s’étant engagé à payer la totalité du contrat initial uniquement si le potentiel de la mine est démontré, Juniper Capital Partners conserve donc ses intérêts dans le projet. Il est présent au comité de direction d’Appolo Minerals dont il est le deuxième actionnaire avec 8% du capital depuis l’arrivée récente de la multinationale de gestion d’actifs, BlackRock.

Le rachat de Variscan Mines par Appolo Minerals permettrait donc à la société australienne d’être seul maître à bord avec le permis d’exploration en prime.
« C’est Juniper qui est en fait aux commandes de cette opération de rachat. Quand elle aura abouti, on reviendra donc au montage initial refusé par l’Etat. Si l’on ajoute à cela le caractère amiantifère avéré de la mine de Salau, toutes les actions illégales depuis plus d’un an sur le terrain, nous pensons que l’État a l’occasion de mettre un terme à cette grande escroquerie », affirme Jacques Renoud, premier adjoint au maire de Couflens.

Réponse d’ici le 28 juin

La question du rachat de Variscan Mines par Appolo Minerals et du maintien de la validité du titre minier à l’issue, est actuellement en cours d’instruction dans les ministères. L’État a jusqu’au 28 juin pour se prononcer. Pour une source proche du dossier, il ne semble faire aucun doute qu’Appolo Minerals soit « un acteur plus mature » sur le sujet minier que le Français Variscan Mines et son « expertise, plus affûtée ».

La société australienne n’a pas attendu la réponse de l’État pour vendre plusieurs actifs et se recentrer sur le Perm Couflens qu’elle finance par capitalisation sur la bourse de Sydney. Sa dernière levée de fonds a porté sur 6 millions de dollars australiens. Appolo Minerals mise tout sur son projet ariégeois qu’elle présente aux investisseurs comme l’un des plus gros gisements de tungstène au monde avec au moins 50.000 tonnes de ressources de minerai.

Elle s’est aussi engagée à financer le chantier d’exploration d’une zone jouxtant le site de Salau, côté espagnol, qui ferait partie du même filon. Mine d’or ou mine de rien, quatre ans après la demande de permis, tout reste à prouver à Salau. L’ancien gisement ne serait-il que la carte maîtresse d’une grande partie de poker ? C’est ce qu’affirme un spécialiste du secteur minier. « Ces sociétés et leurs financeurs paient pour voir et statistiquement, ils réussissent une fois sur sept… Mais ils gagnent alors tellement qu’ils effacent les pertes des six échecs précédents ».
Johanna Decorse

Sur la photo : Relancé en 2014, le projet de réouverture de l’ancienne mine de tungstène de Salau, reste incertain. Crédits : ToulÉco – Rémy Gabalda

Soupçons sur l’amiante

Sur la question de l’amiante, documentée par plusieurs études, il faut continuer de creuser. Pour l’heure, des prélèvements d’air ambiant et de poussières dans la mine, opérés pour le compte du porteur de projet, n’ont pas fait apparaître de trace d’amiante. Les visites de sécurité menées sur l’état des infrastructures fermées en 1986 étant terminées, l’analyse du risque amiantifère dans la roche cette fois, menée par deux experts désignés en 2017 par l’Etat, pourrait intervenir cet été, avec plusieurs mois de retard. Leurs conclusions, si elles confirmaient la présence de la fibre minérale aux effets cancérogènes dans les roches contenant le minerai de tungstène, pourrait signifier l’arrêt du projet. En novembre 2017, un pré-rapport du cabinet Géodéris réalisé pour le compte de l’Etat, a confirmé que 500 documents retrouvés dans les archives de l’ancien exploitant attestent de la présence d’actinolite et de trémolite, deux variétés d’amiante de la famille minéralogique des amphiboles, dans la mine ariégeoise.