La trésorerie demeure une préoccupation importante des chefs d’entreprise, encore plus dans une période d’incertitude. Mais il peut être intéressant, en cas d’excédent, d’explorer les pistes de placement, notamment pour ne pas être touché par l’inflation. Le premier baromètre En Mode Éco est sans appel. L’étude publiée début 2025 par ToulÉco, en partenariat avec La Lettre M, Big Happy et Ad’Occ, révèle que la trésorerie est aujourd’hui une préoccupation majeure, notamment pour les chefs d’entreprises entre 18 et 34 ans et les plus de 65 ans. Pour faire face à leurs besoins, les dirigeants d’Occitanie privilégient par ailleurs l’affacturage aux prêts. Mais toutes les entreprises ne sont pas soumises aux mêmes contraintes et, pour celles qui bénéficient d’un excédent de trésorerie, se pose alors la question de son placement. En effet, une trésorerie trop largement supérieure aux besoins en fonds de roulement ne présente aucun intérêt pour l’entreprise qui, en raison de l’inflation, va même perdre de l’argent. « Celles qui nous contactent sont plutôt des sociétés matures, en voie de développement, avec des projets », constate ainsi Nathalie Cédia, directrice régionale Toulouse Bordeaux du groupe Laplace.
Diverses solutions de placement existent et le choix dépendra de plusieurs paramètres : situation de l’entreprise, conjoncture, législation, horizon de placements… En fonction des cas, il faut parfois « se demander s’il faut laisser la trésorerie dans l’entreprise ou pas », assure Nathalie Cédia, qui rappelle : « Le taux de la flat tax n’a jamais été aussi bas, à 30 %. Et la trésorerie vient aussi valoriser l’entreprise. »
« Pour tout ce qui peut excéder les trois mois de besoin en fonds de roulement, le chef d’entreprise doit segmenter entre la trésorerie à court terme, à moyen terme, et à long terme », développe Sandrine Chabaud, conseillère en gestion de patrimoine associée au sein de CF Gestion Privée. Une segmentation importante pour identifier les besoins à moins de douze mois, entre douze et vingt-quatre mois et à plus de trente-six mois. Car, au-delà du fonds de roulement, le chef d’entreprise doit « savoir quand il peut récupérer l’argent pour faire face à un coup dur ou une opportunité ». Un travail mené en amont avec le chef d’entreprise ou son expert-comptable.
Le compte à terme, la valeur sûre
Sur du très court terme, entre trois et douze mois, Sandrine Chabaud préconise par exemple le compte à terme. « Il protège au moins de l’inflation, avec des rendements observés de 2,19 % à six mois et 2,30 % à douze mois », explique celle qui a récemment intégré le groupe CF Gestion Privée. « L’argent est mobilisable sous trente jours et, malgré des pénalités de sortie, cela demeure intéressant. » Au-delà de six mois, les organismes de placements collectifs (OPC) monétaires, mobilisables à J + 2, présentent une faible volatilité et des rendements équivalents à des comptes à terme. « On peut ajouter des OPC obligataires, à partir de douze mois, qui offrent des rendements intéressants car les taux d’intérêt sont toujours élevés », ajoute-t-elle.
Si l’on se projette sur un horizon plus lointain, d’autres solutions sont envisageables mais, en règle générale, il s’agit de produits qui présentent peu de risque car on ne joue pas avec sa trésorerie. Parmi les options les plus connues, citons le contrat de capitalisation, assez semblable à l’assurance-vie. Dans ce cas, il est conseillé de partir sur un placement à cinq ans minimum, en raison des frais de sortie. Au sein du groupe Laplace, on propose aussi régulièrement de la dette privée aux chefs d’entreprise. « Concrètement, on prête, via des fonds perpétuels, à des entreprises, à un taux connu et pour une durée définie, de six à huit ans. L’intérêt, c’est que ça génère des coupons, pas de la capitalisation pure. Soit le chef d’entreprise perçoit des intérêts tous les ans, soit il décide de ne pas prendre les coupons et part sur une logique de capitalisation. C’est très intéressant car le taux est connu, sans la variabilité des taux d’intérêt », décrypte Nathalie Cédia. Dans ce cas, le rendement attendu est compris entre six et huit points si l’on opte pour une distribution de revenus et huit à dix points en cas de capitalisation.
Si elle présente des retours sur investissement important, la solution de Private equity demeure assez rare pour des sociétés d’exploitation. Privilégié dans le cas des holding patrimoniales, ce placement est en effet plus risqué. Alors, pourquoi ne pas plutôt se tourner vers l’usufruit de SCPI ou la SCPI en pleine propriété qui présente aussi une rentabilité importante et beaucoup moins de risque. Enfin, le groupe Laplace propose à ses clients de « faire construire des solutions adaptées », avec différents produits structurés, via des comptes-titres, pour des durées de trois à douze ans et une rentabilité de cinq à douze points.
Paul Périé
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