Bruno Darboux, Aerospace Valley : « L’aéronautique veut garder des forces vives sur notre territoire »

Liebherr ou Ratier Figeac ont annoncé l’an passé vouloir réindustrialiser une partie de leur fabrication. Lame de fond ou tendance ponctuelle ? Bruno Darboux, président du pôle de compétitivité Aerospace Valley, nous donne son point de vue sur ce phénomène encouragé par l’État et la Région Occitanie.

Liebherr Aerospace qui internalise la production d’une gamme de pompes liquides [1] Ratier-Figeac qui inaugure une usine pour ses hélices nouvelle génération. [2] Comment interprétez-vous ces annonces de 2021 ?
Je ne peux que saluer les décisions prises d’implanter des usines modernisées ou des lignes de fabrication de nouvelles pièces sur le territoire. Les membres de la filière aéronautique ont une exigence de compétitivité. Ils doivent, comme les autres industries, trouver la bonne manière de réaliser leur produit au bon coût. Mais ils ont aussi com- pris l’intérêt de garder des forces vives sur notre territoire dans le contexte de transition et de forte innovation actuelle dans le secteur, comme par exemple, pour l’aviation décarbonée qui va demander la mise en œuvre de nouvelles technologies de propulsion, de nouveaux carburants, etc. Et on innove si on a tous les métiers de l’entreprise qui collaborent active- ment et en proximité, de l’ingénierie au marketing en passant par les ateliers d’assemblage.

« Du côté de France 2030, 1,2 milliard d’euros ont déjà été fléchés au niveau national »

Dans le plan de relance et le plan industriel « France 2030 », l’aéronautique est présentée comme une priorité pour la réindustrialisation. Comment cela va-t-il se concrétiser financièrement ?
Dans le volet aéronautique de « France Relance », il y a un fonds de modernisation industriel doté de plus de 300 millions d’euros de subventions. Et ce plan a bien bénéficié aux entreprises d’Occitanie. Soixante-et-onze projets régionaux ont été retenus. À 70 %, ce sont des PME qui ont été bénéficiaires de ces fonds. Du côté de « France 2030 », tous les arbitrages n’ont pas été opérés, mais on peut déjà parler du fléchage vers l’aéronautique d’1,2 milliard au niveau national. On sait déjà que d’autres guichets financiers pourront bénéficier au développement de notre secteur industriel.

Ce soutien de la puissance publique va-t-il permettre de créer des emplois ?
Ces aides sont en tout cas une condition pour maintenir des emplois dans le territoire. Les plans de charge qui ont été perturbés par la crise Covid évidemment sont quand même assez optimistes pour les années qui viennent. L’activité de fabrication sera vraiment pérenne si elle poursuit dans la voie de la modernisation. La prise de conscience est assez claire au niveau de la Région Occitanie dont le plan « Industrie du futur » (de 6,8 millions d’euros) est très largement dédié à l’aéronautique.

L’aéronautique française continue de s’implanter ailleurs. Comme par exemple Latécoère au Mexique. Peut-on alors vraiment parler de réindustrialisation ?

Je n’ai pas de religion sur le fait qu’une société produise 100 % sur son territoire ou aille chercher des relais financiers ailleurs. L’aéronautique est un marché mondial. Avoir une présence autre que commerciale dans le monde est parfois impératif pour vendre des produits à l’export.
Propos recueillis par Matthias Hardoy

Sur la photo : Bruno Darboux, président du pôle de compétitivité Aerospace Valley – Crédits : Rémy Gabalda - ToulÉco.

Notes

[1Liebherr-Aerospace Toulouse, qui fabrique des systèmes d’air pour Airbus notamment, a annoncé il y a un an ce projet né- cessitant un investissement global de 5 millions d’euros, cofinancé par l’État à hauteur de 2,4 millions d’euros. Dans le cadre du plan de relance. Francis Carla, directeur général de Liebherr-Aerospace, promettait alors de préserver autant que possible « les compétences et l’emploi » en Occitanie .

[2Ce programme de relocalisation à Figeac, dans le Lot, des pièces mécaniques complexes actuellement sous-traitées en dehors de l’Europe devrait permettre la création d’une dizaine d’emplois et un gain en productivité de l’ordre de 20 % selon Ratier-Figeac.

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Source : https://www.touleco.fr/Bruno-Darboux-Aerospace-Valley-L-aeronautique-veut-garder-des,34083