À Toulouse, la folie du manga continue avec Crossover

Dans la rue du Fourbastard, en plein cœur de Toulouse, la boutique Crossover fait depuis quelques mois le bonheur des mangaphiles. Seul secteur de librairie à connaître depuis des années une croissance à deux chiffres, la bande dessinée japonaise s’est inscrite durablement dans la culture littéraire française. La Ville rose ne fait pas exception.

La boutique Crossover « mangas X comics » est née à Toulouse, en juillet 2021, du travail de six passionnés, convaincus que les lecteurs occitans continueraient de s’enthousiasmer pour les bandes dessinées japonaises. Les chiffres leur donnent raison : selon le rapport annuel de GfK, en France l’an dernier, plus d’une BD vendue sur deux était un manga, soit un livre sur huit. Avec 47 millions d’exemplaires écoulés - deux fois plus que l’année précédente - 2021 a battu tous les records ; et porté par cette dynamique hors-norme, le manga occupe désormais une place de premier choix dans le paysage littéraire français.

Pourquoi ? « Parce que le manga est universel, intemporel, multiple. Il offre une diversité incomparable de personnages et d’époques dans des univers totalement fantastiques. Bref, il en existe pour tous les goûts ! », analyse Thomas Briet, l’un des associés. « D’abord, un enfant regarde les dessins animés, puis se met à lire des histoires d’amour, d’action ou d’aventure qui correspondent à ses centres d’intérêt. En grandissant, il se tournera vers les mangas pour adultes, qui abordent des tranches de vies, des thèmes plus profonds, complexes et parfois violents. »

La série de mangas Radiant du Toulousain Tony Valente

En plus de s’adapter à tous les âges, le manga fidélise son lectorat avec des séries longues et régulières : un nouveau tome sort tous les deux à trois mois… alors qu’un lecteur de BD franco-belge attend généralement un an pour découvrir le dernier opus de son auteur préféré. Le succès du genre est tel que la création se développe maintenant dans l’Hexagone et jusqu’en Occitanie : l’artiste toulousain Tony Valente appartient au cercle très confidentiel des mangakas français reconnus au pays du Soleil levant, grâce à sa série Radiant, traduite en japonais et adaptée à la télévision nipponne.

Un marché en maturité

Dans la boutique, 6000 références de bandes dessinées sont proposées en rayon, assorties d’un large choix de figurines pour tous les budgets et de quelques produits de snacking. Les ventes suivent les tendances nationales : carton plein pour les incontournables One Piece, Demon Slayer et My Hero Academia mais les classiques Naruto ou Dragon Ball restent des valeurs sûres. « Les nouveautés aussi se portent bien et la production est très dynamique », ajoute Benoit Mino, gérant, qui tâche de proposer chaque mois une vingtaine de nouvelles séries à sa clientèle.

Crossover a ouvert avec la volonté d’adresser aussi bien le milieu de la japanimation que celui des comics, bien que les super-héros américains soient en perte de vitesse. « C’est une petite niche de connaisseurs », commente le responsable. « Malgré une clientèle fidèle, le genre peine à recruter les publics jeunes, car les univers sont ancrés dans la société d’une époque. Et les nouvelles parutions revisitent souvent des histoires déjà connues, même si nous avons eu récemment quelques pépites très innovantes. »

Figurine de Japanimation

En conséquence, les associés privilégient l’élargissement de leur gamme de mangas, un marché qui reste florissant. Pour la jeune boutique, qui a connu le succès dès les premiers mois, les dernières semaines ont cependant été difficiles : « Guerre, élection, météo… En mars, les Toulousains n’avaient pas la tête à venir en librairie », asssure Benoît Mino. Pas de quoi décourager les associés, qui patientent avec philosophie. L’équipe fourmille de projets pour satisfaire au mieux sa clientèle de passionnés impatients : le développement d’une boutique en ligne ou encore la mise en place d’un système de précommandes devraient voir le jour dans les prochains mois.
Marie-Dominique Lacour

Sur la photo : Thomas Briet et Benoît Mino, cogérants de Crossover. Crédits : Marie-Dominique Lacour-ToulÉco.

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Source : https://www.touleco.fr/Crossover-a-Toulouse-la-folie-du-manga-continue,34032