Micro en main et malgré le fort ensoleillement, il s’exprime pendant plus d’une trentaine de minutes avec énergie et fluidité. L’agriculteur Bertrand Loup mène la visite de l’unité de méthanisation Méthaboul de Blajan, qui permet la production de gaz vert, à 90 kilomètres au Sud-Ouest de Toulouse. Son tee-shirt siglé “Les Ultras de l’A64” indique son affiliation au mouvement qui a bloqué l’autoroute Toulouse-Bayonne en 2024 pour faire entendre la très forte colère agricole. La liste qu’ils soutenaient a remporté les dernières élections à la chambre d’agriculture de Haute-Garonne et Bertrand Loup en est désormais le premier vice-président. « La réflexion sur le méthaniseur a démarré en 2015. Il a vu le jour en 2025. Il y a eu besoin d’expliquer et de rassurer agriculteurs et riverains. Dans des zones comme les nôtres, c’est un modèle qui peut assurer un avenir à l’agriculture. Et, de toute façon, si nous ne sommes pas moteurs sur de tels projets, ce sont des grands industriels qui le feront », estime l’éleveur haut-garonnais, qui est l’un des actionnaires du méthaniseur.
Le projet, soutenu notamment par la Région Occitanie et l’Ademe, a nécessité 10 millions d’euros d’investissement. 26.000 tonnes de déchets agricoles ont été valorisées en un an, ce qui aurait permis d’injecter 20 Gigawatt-heure (GWh) de gaz vert dans le réseau, soit la consommation annuelle de 5000 logements. « Le méthaniseur apporte actuellement à chaque ferme un revenu supplémentaire de l’ordre de 1000 à 2000 euros par mois. C’est un argument intéressant en cas de reprise. L’investissement des onze exploitations actionnaires du projet sera rentabilisé au bout de huit ans », indique Bertrand Loup.
« Une parole de long terme sur les enjeux énergétiques »
Face à lui, élus, journalistes, mais aussi des acteurs de la filière gaz, dont Florence Mourey, qui est depuis avril la nouvelle directrice clients et territoires de GRDF Sud-Ouest. « La dynamique pour atteindre les 20 % de gaz vert d’ici 2030 est bien enclenchée. L’Occitanie a un très fort potentiel pour que se multiplient des projets comme celui de Blajan, car c’est une terre fortement agricole. De 5 % de gaz vert en avril 2026, on peut passer à 14 % à fin 2028 », affirme le nouveau visage de GRDF dans la région. Les départements au plus fort potentiel de production de gaz vert seraient le Gers, le Lot et l’Aveyron. « Le gaz vert produit localement, c’est aussi un enjeu de souveraineté énergétique majeur. Nous avons bien pris conscience, avec la guerre en Ukraine de 2022, de la dépendance au gaz fossile russe », rappelle Florence Mourey. À Blajan, GRDF a étendu le réseau gaz de 24 kilomètres pour pouvoir atteindre le méthaniseur Méthaboul.
À trente kilomètres de là, c’est au tour de l’équipe de Teréga de mettre en avant son rôle dans l’acheminement du gaz vert. Ce groupe de 647 salariés, dont le siège est à Pau, est spécialisé dans le transport et de stockage de gaz. À Boussens se trouve un centre de rebours où le biométhane injecté localement, notamment par Méthaboul, peut être redirigé vers d’autres zones de consommation ou stocké pour un usage ultérieur. Ce poste complexe qui permet « une utilisation optimale de la production locale de gaz vert », a nécessité un investissement de 3 millions d’euros. « La production et le transport de gaz vert avancent. Mais, pour aller plus loin, il y a besoin d’une parole politique de plus long terme sur les enjeux énergétiques. Dans l’idéal, il faudrait un plan bien plus clair à dix-quinze ans minimum. On peut se demander s’il ne faudrait pas changer le système politique pour que, sur ces sujets fondamentaux, on assure plus fortement une continuité », considère Éric Goumie, directeur stratégie et relations institutionnelles chez Teréga.
Au fil de la journée, un petit groupe a écouté avec attention et posé de nombreuses questions. Il s’agit de représentants du groupe CDC Habitat. La société immobilière, qui fait partie du groupe de la Caisse des dépôts, vise « à décarboner progressivement son mix énergétique » et cherche à comprendre le fonctionnement du gaz vert. À l’heure actuelle, la résidence Au Loin, livrée en 2024 dans la Zac Saint-Martin-du-Touch, et qui est l’une des plus énergétiquement responsables, fonctionne avec une chaufferie bois. « Mais nous avons du gaz traditionnel en secours. À terme, nous aimerions que nos résidences soit raccordées seulement avec du gaz vert », explique Hamdani Diab, directeur adjoint maîtrise d’ouvrage dans le Sud-Ouest pour CDC Habitat. Chez CDC Habitat, on est impatient de revoir les équipes de GRDF, car on a bien conscience que, sur le sujet du gaz vert, « le travail qui va être long ne fait que commencer ».
Matthias Hardoy
Sur les photos, de haut en bas :
> Visite de l’une de leurs résidence la plus énergétiquement responsable à Toulouse de CDC Habitat, Au loin qui a été livrée en 2024 dans la Zac Saint Martin du Touch. Crédit : Rémy Gabalda-ToulÉco.
> L’agriculteur Bertrand Loup mène la visite de l’unité de méthanisation Méthaboul de Blajan. Crédit : M.H - ToulÉco.
> Florence Mourey qui est depuis avril 2026, la nouvelle directrice clients et territoires de GRDF Sud-Ouest. Crédit : Rémy Gabalda - ToulÉco.
>Visite du Centre de rebours Teréga de Boussens. Crédit : M.H - ToulÉco.



