C’est une profession discrète, mais pourtant omniprésente. « Le commissaire de justice, c’est le juriste du dernier kilomètre », rappelle Benoît Santoire, citant le garde des Sceaux. Le président de la Chambre nationale des commissaires de justice était de passage dans la Ville rose, mercredi 20 mai 2026, à l’occasion d’un rencontre avec les 113 commissaires de justice du ressort de la cour d’appel de Toulouse. Au total, il sont à date 97 titulaires et 16 salariés répartis dans soixante-trois offices, couvrant l’Ariège, la Haute-Garonne, le Tarn et le Tarn-et-Garonne. Avec 185.600 actes délivrés chaque année sur ce seul ressort, la profession pèse lourd dans le fonctionnement quotidien de la justice locale.
« Vous nous trouverez partout en France, à moins de 50 kilomètres de chez vous, que ce soit pour faire un bail, un constat de voisinage ou le recouvrement de factures », poursuit-il. Car les fonctions méconnus des ex-huissiers ne se limitent pas à l’exécution des décisions de justice. « Au-delà des missions de service public, il existe un volet concurrentiel, et moins régulé, qui est celui des constats, du recouvrement, de la médiation ou encore de la gestion immobilière », complète Arnaud Phalip, président régional.
Une fusion historique, non sans frottements
Depuis le 1er juillet 2022, huissiers de justice et commissaires-priseurs judiciaires ne forment plus qu’une seule et même profession - un rapprochement historique qui ne s’est pas fait sans résistances. « La fusion, personne ne l’a choisie. Mais elle est là, on va s’adapter. On devient une grande profession », résume sobrement Me Suduca, commissaire-priseur toulousain et membre de la chambre régionale, où la « mixité » entre les deux anciennes professions est désormais de mise. Sur le terrain toulousain, l’ambiance semble apaisée : « Il y a un vrai respect entre les deux », souligne Arnaud Phalip, qui note que le périmètre de la cour d’appel de Toulouse reste « à taille humaine ».
Le tournant définitif interviendra dans six semaines : au 1er juillet 2026, la dénomination de « commissaire de justice » remplacera définitivement celles d’« huissier de justice » et de « commissaire-priseur judiciaire ». Une étape symbolique, et pas seulement : « les professionnels n’ayant pas suivi la formation passerelle seront déchus de leur titre », souligne Benoît Santoire. Pour autant, comme le résume prudemment Arnaud Phalip, « il faudra attendre le long terme pour savoir si cette fusion donnera réellement lieu à une profession unifiée ».
La nouvelle génération aux portes de la profession
Sur le fond, la profession veut surfer sur la réforme pour élargir son périmètre et sa visibilité. Les collectivités territoriales constituent à ce titre un axe prioritaire. « Elles se tournent de plus en plus vers nous pour la gestion de leur patrimoine immobilier », confirme Benoît Santoire, qui souhaite « déployer prochainement une vraie communication auprès des organisations professionnelles et patronales locales ». La nouvelle dénomination pourra également déconstruire certaines images tenaces, même si pour Arnaud Phalip, il importe plutôt de valoriser leurs missions. « Heureusement qu’un commissaire de justice est présent lors d’une expulsion ! », plaide-t-il, rappelant le rôle de tiers, impartial, que jouent ces officiers ministériels dans des situations souvent tendues.
Autre signal fort : la profession rajeunit et se féminise à toute vitesse. « On avait à peine soixante-dix candidats à l’examen en 2022, on en a 500 en 2025 », se félicite Benoît Santoire. La promotion 2026 de l’Institut national des commissaires de justice compte 74 % de femmes. Me Anne-Laure Fabre-Nadler, issue de la toute première promotion des commissaires de justice, illustre cette mutation : ancienne attachée parlementaire, elle s’est reconvertie après cinq ans d’études, motivée par cette réforme « ultra sexy ». Elle exerce aujourd’hui à Albi où elle s’est rapprochée d’un commissaire-priseur. Des associations encore peu fréquentes mais qui devraient en toute logique se multiplier dans les prochaines années.
Marie-Dominique Lacour
Photo : Benoît Santoire, président de la Chambre nationale des commissaires de justice, et Arnaud Phalip, président de la chambre régionale. Crédit : M.-D. L. - ToulÉco
