Et s’il était le trouble-fête inattendu de ces élections municipales à Toulouse ? Dans une ville historiquement marquée à gauche pour les grands scrutins nationaux mais principalement gérée par la droite ou le centre-droit depuis une cinquantaine d’années, le Rassemblement national n’a jamais véritablement réussi à peser. Mais l’ambition de Julien Leonardelli est bien de créer la surprise. Une étude récente menée par Cluster 17 pour le compte de Politico, place sa liste à 8 % des intentions de vote. Mais, à trois semaines du premier tour, le jeune député européen veut y croire. « Un sondage reste un sondage. Le score de 10 % est naturellement atteignable afin d’avoir des élus qui, pendant sept ans, ne transigeront pas et défendront leurs idées. » Dénonçant les nombreuses promesses de campagne oubliées une fois les élections passées, le candidat du Rassemblement national se rêve ainsi en « caillou dans la chaussure de l’exécutif local ».
Pour convaincre les Toulousains et fait mieux que les 4,31 % obtenus au premier tour par Quentin Lamotte en 2020, Julien Leonardelli met en avant quatre grandes thématiques dans sa campagne : la sécurité, la croissance maîtrisée de la ville, la circulation et le pouvoir d’achat. Des sujets qu’il juge essentiel pour Toulouse, en passe de devenir la 3e ville de France. Concernant la sécurité, thème également central dans la campagne du maire sortant Jean-Luc Moudenc, la tête de liste du RN s’interroge : « Il a été maire pendant douze ans. Que n’a-t-il pas fait ? Son bilan est, par exemple, incomparable avec celui de Louis Aliot à Perpignan, qui n’a pourtant pas les mêmes accointances avec l’exécutif national... »
Utiliser l’IA et créer une police des transports
Une critique claire de l’action de Jean-Luc Moudenc en la matière, là où l’opposition de gauche pointe depuis plusieurs mois le prisme sécuritaire du maire sortant. Conseiller régional depuis 2016, ancien conseiller municipal de Fronton, et donc député européen, l’Ariégeois d’origine avance plusieurs mesures pour aller plus loin. Il souhaite notamment le recrutement de 200 policiers municipaux sur le mandat, l’organisation d’une police municipale armée, présente 7j/7 et 24h/24 et l’installation de brigades fixes dans des secteurs stratégiques « pour contrer les trafics, les rodéos et autres incivilités ».
Autre point clé de son programme pour renforcer la sécurité à Toulouse, Julien Leonardelli veut « doubler le nombre de caméras, avec une supervision active en temps réel et l’utilisation de l’intelligence artificielle pour faciliter les interpellations ». Enfin, il estime nécessaire la création d’une unité de police municipale dédiée aux transports en commun et souhaite que le maire utilise pleinement ses pouvoir pour fermer des établissement impliqués activement dans des activités illicites.
Un urbanisme maîtrisé
Adepte du « bon sens », dont il a fait son slogan de campagne, l’élu de 38 ans se fait par ailleurs le défenseur d’une urbanisme maîtrisé. « Il faut mettre fin à la densification de Toulouse, lever le stylo pour repenser un développement qui se fait aujourd’hui de manière anarchique », juge-t-il. « Il faut que toute nouvelle construction de quartier se fasse en intégrant dès le départ les équipements nécessaires, les espaces verts, les questions d’accessibilité pour recréer des petits villages, à l’image des quartiers historiques. » En guise de contre-exemple, il cite « l’échec de Borderouge Nord » et l’aménagement du quartier Malepère, qui se fait « en dépit du bon sens ».
Alors que Toulouse s’affirme de plus en plus comme la « capitale du Sud-Ouest » et accueille de nombreux arrivants chaque année, Julien Leonardelli prône une « absorption intelligente sur l’ensemble de l’aire urbaine » et un aménagement qui prenne en compte « l’ensemble des moyens de transports ». Il estime ainsi que la rocade toulousaine pourrait être élargie sur certains tronçons pour éviter des bouchons aux heures de pointe mais propose en parallèle un dialogue entre pouvoirs publics et entreprises pour aménager le temps de travail, « afin de lisser la circulation ». Il se dit par ailleurs favorable à la création d’un RER toulousain, « depuis de nombreuses années ».
Si elle se dit très attachée à l’identité toulousaine, la tête de liste RN aux municipales n’a « pas de tabou sur les façades en briques apparentes ». « Il faut parfois s’adapter pour enduire partiellement certaines façades, pour tenir compte du pouvoir d’achat des Toulousains », une autre de ses priorités. Dans cette logique, l’élu européen souhaite par exemple supprimer les voitures de verbalisation dites « flash » pour « faire du stationnement un outil d’organisation urbaine, et non une source de pression financière permanente ».
Un grand stade à Toulouse
Interrogé sur le grand projet qu’il souhaiterait porter pour Toulouse, il pointe l’absence d’un « stade à dimension nationale qui permettrait d’accueillir des compétitions sportives et des événements culturels d’envergure ». Alors que le Stadium est dans une zone difficile d’accès, il imagine un complexe plus ambitieux, « où l’on peut développer un vrai aspect formation », et n’exclut pas, pour cela, un partenariat public-privé et un contrat de naming, à l’image de l’Orange Vélodrome à Marseille.
À travers sa liste, qui rassemble « toutes les forces du bon sens toulousain », Julien Leonardelli veut « offrir une force populaire, solide, enracinée, qui assume, qui tranche, qui protège ». Il assure d’ailleurs qu’il quittera son poste de conseiller régional en cas d’élection au conseil municipal. Engagé au Front national (ancien nom du RN) depuis 2005, il appelle à « ouvrir un autre chemin, qui refuse de livrer Toulouse aux extrêmes, comme aux hésitations permanentes du centre ». Une manière pour lui de déligitimer le qualificatif d’extrême droite pour le RN, pourtant retenu par le Conseil d’État par exemple. Parmi ses colistiers, dont la moyenne d’âge est de 50 ans, on retrouve notamment Nicolas Bonleux, président de l’UDR 31 en 3e position, ou Stéphanie Alarcon, candidate RN sur la 3e circonscription de Haute-Garonne lors des dernières législatives, en 4e place.
Paul Périé
Sur la photo : Julien Leonardelli sur la place du Capitole, où il rêve de faire entre le RN pour la première fois. Crédit : Rémy Gabalda-ToulÉco.
P.S. :
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