Treize à table. À une semaine du premier tour des élections municipales, les têtes de listes sont toutes connues à Montpellier, et les candidats s’affairent à coller leurs affiches aux quatre coins de la ville.
Face à cette offre électorale parmi les plus éclatées de France, le maire sortant, Michaël Delafosse (PS), aborde l’échéance dans la peau du favori, lui qui arrive en tête de tous les sondages parus lors des derniers mois, à plus de 30 % dès le premier tour. Élu en 2020 à la tête d’une coalition avec Europe Écologie-Les Verts, il s’appuie sur plusieurs chantiers marquants de son mandat pour sa réélection : l’extension de la gratuité des transports en commun à l’ensemble des habitants de la Métropole de Montpellier, le lancement de la cinquième ligne de tramway, l’extension de la Ligne 1.
Par ailleurs, la trajectoire budgétaire de la Ville et de la Métropole sous son mandat, souvent pointée du doigt par l’opposition, a été saluée par l’institut Montaigne en février 2026, classant Montpellier deuxième des douze plus grandes villes de France avec la « gestion financière la plus solide », derrière Toulon. À la lecture de ce même rapport, Hind Emad et Max Levita, colistiers de Philippe Saurel, retiennent plutôt l’augmentation de la dette par habitant : « En 2019, au terme du mandat de Philippe Saurel, la ville affichait une durée de désendettement de 3,7 ans. C’était un ratio d’excellence nationale, fruit d’une gestion rigoureuse. Aujourd’hui, ce délai a presque triplé pour atteindre 9,3 ans en projection pour 2025. Plus grave encore, la dette par habitant a bondi de 93 % en seulement cinq ans », indiquent-ils.
La liste LFI en embuscade
Il reste que les outsiders sont souvent en réussite lors des scrutins municipaux à Montpellier, à l’image de Philippe Saurel en 2014 ou de Michaël Delafosse en 2020. À l’extrême gauche d’abord, Nathalie Oziol, tête de la liste La France insoumise, arrive systématiquement en deuxième position des intentions de vote. La députée de la deuxième circonscription de l’Hérault fait du logement la priorité de son programme et promet une réquisition de « 12 à 18.000 logements vacants pour de l’hébergement d’urgence, en plus d’un choc de l’offre et d’un renforcement de l’encadrement des loyers ». Elle pointe à 16 % dans le dernier sondage publié le 19 février et réalisé par l’Ifop pour Midi Libre et le Cercle Mozart. Elle souhaite notamment soutenir les petites entreprises, comme elle l’a expliqué lors d’un débat organisé à Montpellier par le Medef Hérault Montpellier : « Plus on est gros, moins on paye d’impôt. Les TPE et PME versent 23 % de leur bénéfice déclaré, contre 18 % pour les grosses. De la même manière, les CIR, les CICE ont été capté à 50 % par les grosses entreprises. Je ferai en sorte de flécher les aides publiques. »
Philippe Saurel, ancien maire de Montpellier, s’est récemment joint à la bataille en annonçant sa candidature le 7 février. De son côté, il met en avant une gestion plus raisonnée des finances, et indique porter une liste « citoyenne, divers gauche, et écologiste, en dehors de tout parti politique ». Dans le dernier sondage Ifop, il pointe à 9 %. Lors du débat organisé par Midi Libre et Le Cercle Mozart le 19 février, il indiquait vouloir tendre la main à Robert Ménard, maire de Béziers : « On s’en fout de la politique, quand on crée de l’emploi », a lancé Philippe Saurel. Il prône ainsi un partenariat avec Béziers, « au tissu industriel très spécifique. Cela demande une cohérence des territoires. Quand, pour des raisons idéologiques, on refuse de parler aux maires des autres villes, on grève l’installation des entreprises . »
Cinq candidats dont Rémi Gaillard au second tour ?
Mohed Altrad (9 % dans le dernier sondage), président du groupe Altrad, et du Montpellier Hérault Rugby, retente sa chance, lui aussi, après avoir atteint le second tour en 2020. Il veut « éradiquer le chômage » de la ville et créer 30.000 emplois durant son mandat. « Moi maire, je ne me verserai aucun salaire, car je ne fais pas cela pour la carrière. Après quinze ans dans un logement social, je veux permettre aux familles d’accéder à la propriété », proposait-il également lors d’un meeting pour annoncer sa candidature, le 15 janvier dernier. Il souhaite aussi mettre en place un couvre-feu à 22h pour les mineurs de moins de 16 ans non accompagnés, ou encore la cantine gratuite pour tous, sans condition de revenus. À la suite des élections 2020, il avait démissionné de son poste de conseiller municipal.
Enfin, l’humoriste Rémi Gaillard peut également prétendre au second tour, lui qui est à 10 % dans le dernier sondage de l’Ifop. En 2020, celui qui s’est fait connaître au début des années 2000 avec des vidéos de canulars diffusées sur Internet et devenues virales sur YouTube, avait frôlé le second tour, à quelques centaines de voix près. Il s’est illustré lors du débat Cercle Mozart/Midi Libre, en multipliant les attaques à l’encontre de Michaël Delafosse, l’interrogeant notamment sur les retombées de son voyage en Chine. Sur son site internet, il détaille son programme : il souhaite transformer le quai du Verdanson en espace vert, créer un « stade-parc » Louis Nicollin, ou encore un bassin de baignade naturelle sur le Lez.
Chacun des huit autres candidats sont, à date, en-dessous de la barre des 10 %. À commencer par les deux candidats d’extrême-droite. France Jamet, investie par le Rassemblement national, semble partir avec trop de retard, à l’instar du dissident Thierry Tsagalos. La notaire Isabelle Perrein, pourtant en campagne depuis plus de deux ans, tourne autour des 5 %, tout comme Jean-Louis Roumégas, député de la 1re circonscription héraultaise. En queue de peloton, on retrouve Max Muller à la tête de la liste du parti Révolution permanente, et Morgane Lachiver, pour Lutte ouvrière. Enfin, sans se déclarer, deux listes supplémentaires ont été déposées en préfecture : la Municipaliste menée par Kadija Zbairi et la liste nommée « L’argent pour les travailleurs et les services publics de la commune, pas pour la guerre ! » de Sylvie Trousselier. Le 15 mars prochain, les Montpelliérains auront l’embarras du choix.
Jules Mestre
Sur la photo : La Place de la Comédie. Crédit : DR.
