« Les principes du syndicalisme doivent se renouveler »

La crise sanitaire accélère la réorganisation de l’entreprise. Mais cette mutation soulève bien des défis que doivent aussi relever les organisations syndicales. Avec le travail à distance, elles sont contraintes de déployer des dispositifs digitaux jusque-là très peu utilisés.

Finies les discussions autour de la machine à café. Et avec elles, la lecture des affichettes syndicales. Terminée la distribution de tracts. Interdits les rassemblements et les manifestations à l’extérieur de l’entreprise en raison du confinement imposé avec la propagation du Covid-19. Si la pandémie a chamboulé l’organisation du travail, le syndicalisme en entreprise est également percuté de plein fouet. « Toutes nos pratiques volent en éclat », constate Michel Martinez, secrétaire adjoint aux services pour le syndicat FO en Haute-Garonne. « Il a fallu tout remettre en question », abonde Franck Laborderie, secrétaire général CGT pour la société d’ingénierie Akka à Toulouse. « La crise sanitaire a été un gros choc et on se retrouve face à une difficulté : celle de maintenir le contact avec les salariés et de les informer », complète Michel Martinez. Oui, mais comment ?

Avec l’instauration du travail à distance en mars dernier, les organisations syndicales ont dû d’abord « improviser » dans l’urgence. Elles se sont alors familiarisées avec des outils digitaux qu’elles n’employaient pas jusque-là. Au second semestre 2020, visio-conférences, assemblées générales digitales, créations de groupes d’information sur les réseaux sociaux et envois de mails aux salariés se sont généralisés. « Nous avons aussi adressé des flashs d’information à la direction et aux salariés. Nous avons beaucoup exploité cette voie-là, à raison d’une double page deux fois par mois », ajoute Franck Laborderie, qui précise « ne plus compter ses heures ». Gaëtan Gracia, ouvrier dans l’aéronautique, utilise les vidéos qu’il publie sur Twitter pour diffuser des informations au plus grand nombre. « On peut dire beaucoup de choses en deux ou trois minutes », explique l’élu trentenaire CGT aux Ateliers Haute-Garonne. « Par ce biais, on peut communiquer plus souvent et mieux. Alors qu’un tract est rarement lu, à part les gros titres. »

« Rien ne vaut les rassemblements physiques »

Même si Michel Martinez de FO estime que les syndicats ont effectué un bond en avant de dix ans avec les moyens virtuels, il en perçoit les limites. « On a pris une grosse avance dans la pratique, concède-t-il, mais elle est dommageable dans la mesure où le contact humain et la perception intuitive des émotions sont absents alors qu’il y a de plus en plus de mal-être chez les salariés qui sont découragés, isolés, en dépression. » Toujours selon lui, « une chape de plomb » s’est abattue sur les employés. « Du fatalisme s’est installé chez eux et c’est préjudiciable. Car nous ne le savons pas. »

Fin octobre, l’exécutif avait exigé le recours au télétravail à plein temps. Mais depuis janvier, les salariés peuvent revenir dans l’entreprise un jour par semaine, s’ils le demandent. Pour autant, Michel Martinez ne présage pas « de retour à la normale ». « Les entreprises vont déployer le télétravail car elles y trouvent de gros avantages, comme l’isolement des salariés. » « Les principes du syndicalisme doivent se renouveler », en conséquence, prévient-il. Franck Laborderie voit un autre frein au digital. « Rien ne vaut les rassemblements physiques. On peut discuter sur place et le nombre de salariés mobilisés est un argument de poids face à la direction. La visio ne fait que combler un vide. »

Audrey Sommazi

Crédits photo : Rémy Gabalda- ToulÉco

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Source : https://www.touleco.fr/Les-principes-du-syndicalisme-doivent-se-renouveler,30971