Lunel, Béziers : deux villes moyennes du littoral qui sortent de l’oubli

Alors que les prix de l’immobilier s’envolent à Montpellier, notamment dans le neuf, des villes moyennes comme Lunel ou Béziers offrent des tarifs radicalement inférieurs. Leur connexion avec la métropole languedocienne, par le train et l’autoroute, est un atout.

« Réouverture des maisons closes. Lunel ose. » La campagne de communication du nouveau maire de Lunel, Pierre Soujol, a cartonné sur les réseaux sociaux. Derrière le message provocateur, une volonté politique forte pour l’édile de cette ville moyenne de 26.000 habitants, située entre Nîmes et Montpellier : attirer de nouveaux habitants, plus aisés, pour changer la physionomie de sa commune, rongée par le chômage. « Je veux attirer des CSP +. Aujourd’hui, 60% des Lunellois ne paient pas l’impôt sur le revenu. » Pour ce faire, il annonce que 53 millions d’euros d’argent public (Action coeur de Ville, Anru, Anah) et privé vont être injectés dans la réfection de façades et d’immeubles insalubres, dans les réseaux numériques et dans diverses études, d’ici à 2030. Objectif : 170 logements réhabilités sur le mandat et 100 façades ravalées.

« Beaucoup d’habitants de Montpellier aspirent à une vie plus calme, plus proche de la nature, a fortiori depuis le début de l’épidémie. Pour le prix d’un T3 à Montpellier, vous avez à Lunel une villa avec jardin. Avec le nouveau pôle d’échanges multimodal, Lunel n’est qu’à douze minutes en TER de la gare Saint-Roch de Montpellier, et à quinze minutes de la gare de Nîmes. » Cette impression est validée par une fiscalité perçue sur les transactions « supérieure aux prévisions » en 2020. Outre cette bonne desserte ferroviaire, la commune dispose d’un panel d’équipements : un pôle santé, deux lycées, trois collèges, des complexes sportifs et culturels… Sans compter, côté carte postale, « les flamants roses, les chevaux, ou encore les taureaux de Camargue. De tels arguments de marketing territorial sont encore trop peu connus. Il faut promouvoir davantage le territoire. »

Lunel a en effet deux villes moyennes du littoral qui sortent de l’oubli Alors que les prix de l’immobilier s’envolent à Montpellier, notamment dans le neuf, des villes moyennes comme Lunel ou Béziers offrent des tarifs radicalement inférieurs. Leur connexion avec la métropole languedocienne, par le train et l’autoroute, est un atout. Lunel a , surtout fait parler d’elle, ces dernières années, pour ses adolescents partis en Irak ou en Syrie faire le djihad. Mais les temps ont changé. Désormais, « les aménageurs et les promoteurs ont des difficultés à trouver des projets dans la métropole de Montpellier », encalminée par le retard pris dans l’adoption de son PLUi. « Ils ont repéré Lunel », se réjouit l’élu, qui ouvre ses portes à des grands noms de la promotion immobilière, comme Hectare, Kaufman&Broad, Les Villégiales, FDI, GGL, M&A…

200 logements neufs à proximité de la gare

La preuve avec Helenis (GGL Groupe). « Nous souhaitons aller sur de nouveaux territoires, en dehors de la métropole de Montpellier », confie Jean-François Gapillout, directeur. À l’instar de l’ADN de sa maison-mère, GGL, Helenis porte à présent des projets à Nîmes, Sète, Marseillan, Balaruc-les-Bains, Narbonne, dans le Biterrois… Souvent, dans un esprit de reconquête urbaine. À Lunel justement, 200 logements vont être construits en plusieurs tranches face à la gare, sur un ancien site de la SNCF. « Cet emplacement assurera aux habitants une liaison directe avec le centre de Montpellier en TER, avec des prix d’acquisition immobilière très attractifs : environ 30% de moins par rapport à Montpellier », précise le promoteur immobilier.

L’équipe de Pierre Soujol va désigner un architecte « de renom » d’ici au mois de juin pour définir un projet de réhabilitation du coeur de ville. « À partir de ses propositions, nous planifierons des opérations et fixerons un cahier des charges », précise-t-il. Avec, déjà, des axes forts : création d’un passage commerçant, valorisation du patrimoine, amélioration de l’espace public, végétalisation, implantation ou pérennisation de commerces qualitatifs.

« On resitue Béziers sur la carte »

À l’ouest de l’Hérault, Béziers, deuxième ville du département avec 76.000 habitants, sort de sa léthargie. « Nous constatons une hausse significative, d’environ 15%, du nombre de transactions. Des investisseurs, pour certains parisiens, rachètent des appartements de centre-ville, parfois des immeubles entiers », explique Vincent Thieule, vice-président de la Fnaim Hérault en charge de l’ouest Hérault, et propriétaire de l’agence immobilière Progest. « Certains gros investisseurs parisiens, rentrant de Londres après le Brexit, avaient des capitaux à placer. Ils ont sélectionné, entre autres, Béziers. Ils nous ont dit être rassurés par la politique du maire (Robert Ménard, apparenté Rassemblement national, qui n’a pas souhaité répondre à ToulÉco, NDLR) en matière de sécurité, de nettoyage des rues et d’embellissement des façades. » Intérêt de ces opérations : une défiscalisation sur la partie travaux, pour devenir au final propriétaire « de beaux immeubles d’un point de vue patrimonial, à des tarifs imbattables, entre 800 et 1.000 euros/m2 », et une rentabilité élevée (près de 10%). Cet attrait, « nouveau, va dans le sens de l’amélioration de l’habitat », dans un centre-ville qui en a bien besoin. Phénomène qui ne trompe pas, les prix frémissent légèrement à la hausse en 2021, « une première depuis 2006-2007, souligne l’expert. La valeur vénale des biens va être revue à la hausse à terme, ce qui renforce la pertinence des prochains investissements. »

Béziers reçoit un hommage inattendu du géographe montpelliérain Jean-Paul Volle, ancien proche de l’ex-maire de Montpellier Georges Frêche (PS). « On resitue Béziers aujourd’hui sur la carte, estime Jean-Paul Volle. Il y a des entreprises intéressantes, des efforts commerciaux, un secteur logistique puissant. Et la création d’une filière hydrogène avec la société Genvia, via la reconversion progressive du site de Cameron (historiquement dédié à l’industrie pétrolière et gazière, NDLR), est un signe intéressant. »
Hubert Vialatte

Sur la photo : Place Louis Rey , Ville de Lunel. Crédit photo : H.V.

Au pied du Larzac, Lodève entame sa mue

Longtemps délaissée, et non desservie par le réseau ferré, la ville de Lodève, au nord de l’Hérault, commence à attirer des investisseurs. Éligible au programme national Action coeur de ville, des îlots urbains désaffectés sont réhabilités, puis remis à la location, avec parfois des commerces et restaurants en pied d’immeuble. L’agence d’architecture et d’urbanisme Lebunetel&Associés (Montpellier) accompagne, avec Territoire 34, la Ville de Lodève (maire : Gaëlle Levêque) pour la revitalisation du centre-ville. « Au programme : réhabilitation et rénovation de logements, de commerces et du centre-ville, coeur d’îlot paysager et concertation.

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Source : https://www.touleco.fr/Lunel-Beziers-deux-villes-moyennes-du-littoral-qui-sortent-de-l,31762