NFT : Quand la blockchain bouscule le marché de l’art

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La controverse à leur propos ne cesse d’enflammer les réseaux sociaux. Les NFT, qui ont connu un boom l’an passé, suscitent admiration ou rejet. Deux artistes qui se sont aventurés dans le monde des jetons non-fongibles nous donnent leurs points de vue, assez opposés.

Ingénieur de formation, l’artiste toulousain Charles Giulioli s’est toujours passionné pour les innovations et les évolutions du Web. Pas étonnant qu’il s’intéresse aux NFT. Cette technologie qui garantit l’authenticité d’une œuvre numérique n’est pas si compliquée. Il s’agit en fait de titres de propriété intellectuelle qui permettent d’assurer des contrats de ventes. Leur intégrité est garantie par une blockchain et leur paiement, lui, se fait en cryptomonnaie. Charles Giulioli décide de se jeter à l’eau et de mettre à la vente quelques œuvres sur la plateforme Open Sea. De son exploration de celle- ci, il tire des points positifs : « Les acheteurs ne sont pas les mêmes que dans les galeries ou dans les ventes aux enchères. Cela ouvre un peu le marché de l’art. Et puis cela permet de faire du mécénat pour des œuvres invendables. Je pense à un artiste qui avait réalisé une fresque sur un mur dans une usine sur le point d’être démolie. Il a découpé l’œuvre en plusieurs parcelles dont il a vendu les reproductions numériques à des prix raisonnables », raconte Charles Giulioli.

L’artiste parisienne Albertine Meunier, qui utilise depuis longtemps Internet comme « matériau de création » est très optimiste vis-à-vis de cette nouvelle technologie : « Avant les NFT, il n’y avait pas de marché de l’art numérique. C’est un modèle économique possible pour les artistes. Cela s’applique très bien à la pratique des arts visuels et peut permettre de financer leur production. Selon moi, ça va perdurer », considère la créatrice qui a vendu une quinzaine d’œuvres par ce biais. Elle reconnaît toutefois que c’est « un travail de longue haleine de se faire une place sur les plateformes »

« À la fin, c’est le marché qui gagne »

Charles Giulioli en sait quelque chose, lui qui n’a pas encore réussi à vendre en NFT ses estampes numériques Lignes sans calcul. Après quelques mois d’utilisation, celui-ci est de plus en plus opposé philosophiquement aux NFT. En ne faisant aucune hiérarchie entre les œuvres, ce nouveau système pourrait accentuer les dérives actuelles du monde de l’art : « Depuis cinquante ans, le marché est devenu extrêmement spéculatif. Avec les cryptomonnaies et les NFT, la spéculation est à la portée de toutes les bourses. Cela pousse la caricature à son paroxysme », juge sévèrement l’artiste occitan.

Emballement pour « des œuvres peu qualitatives au détriment du travail d’artistes plus exigeants », « survalorisation du marketing et du buzz », les dangers sont nombreux pour le Toulousain : « C’est comme au début des radios libres ou d’internet. On veut aller vers une liberté maximum, ça semble bien démarrer mais à la fin, c’est le marché qui gagne », résume Charles Giulioli. Cela semble poser avec encore plus de force de grandes questions qui agitent depuis longtemps le monde de l’art : « Que doit devenir l’art dans notre société ? Est-ce un bien comme un autre ? », résume avec son sens de la formule l’artiste toulousain. Les ventes de NFT auraient dépassé fin 2021, les 9 milliards de dollars.
Matthias Hardoy

Sur l’image : Image d’illustration des NFT, ces jetons non-fongibles qui garantissent l’authenticité d’une œuvre numérique. Crédit : D.R

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Source : https://www.touleco.fr/NFT-Quand-la-blockchain-bouscule-le-marche-de-l-art,35038