Réindustrialiser : pour Seb, l’éco-conçu c’est bien

Alors que des pans entiers de l’industrie française ont migré vers l’Asie, notamment dans le secteur de l’électroménager, une marche arrière est-elle possible ? Le groupe français Seb qui vient de lancer sa première gamme éco-conçue dans son usine de Lourdes, envisage de relocaliser la fabrication de certains composants.

Initiée en 2003 pour réduire l’empreinte environnementale de ses produits tout au long de leur cycle de vie, la démarche d’éco-conception du groupe français Seb s’est accélérée en fin d’année. En novembre 2021, le numéro 1 mondial du petit électroménager a lancé à la fois son label Ecodesign et sa première gamme éco-conçue, entièrement fabriquée à Lourdes, l’une de ses onze usines françaises sur les quarante-deux qu’il compte dans le monde. Une goutte d’eau à l’échelle des 360 millions de produits vendus chaque année par l’industriel sous les marques Seb, Tefal, Moulinex, Krupps ou encore Rowenta mais qui lui permet de réaffirmer son attachement au « made in France ».

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Cette nouvelle famille éco-conçue à destination du marché européen comprend un blender, un mixeur à pied, un découpe-légumes et un hachoir, composés jusqu’à 65 % de plastique recyclé et recyclables jusqu’à 95 %. Leurs emballages sont en carton recyclé, l’impression réalisée à l’aide d’encres végétales et les notices papiers ont été remplacées par des notices « picto » à l’intérieur des packagings. Pour finir, polystyrène et sachets plastiques ont été supprimés. Le site de Lourdes, qui emploie 115 personnes, fabrique déjà 1,8 million de produits de préparation culinaire, moulinettes, hachoirs, éminceurs, robots ou yaourtières.

L’intégration de cette nouvelle gamme éco-conçue dans trois de ses vingt-et-une lignes de fabrication ne s’est pas traduite par des créations d’emplois. Elle s’appuie néanmoins sur des entreprises locales pour l’approvisionnement de certains composants. La société lourdaise AI2P (groupe Alcaplast), spécialisée dans la fabrication de pièces techniques en matière plastique pour l’électroménager et partenaire historique de Seb, lui fournit « l’enveloppe » des produits. Les pièces de décor en liège, signature de la marque, sont réalisées à Serre-Castet, dans les Pyrénées-Atlantiques. Les moteurs eux, restent chinois. « C’est un tour de force de coconstruire une gamme avec des partenaires locaux », se félicite Frédéric Roche.

Retrouver de l’indépendance vis-à-vis des fournisseurs

Le directeur de l’usine de Lourdes confirme qu’une réflexion est en cours au niveau du groupe pour relocaliser la fabrication de certains composants, accessoires et sous-ensembles. « On est sur le sujet. Ces deux années de pandémie ont été très exigeantes. Nous avons dû faire face à des difficultés de transit et d’acheminement de composants venus d’Asie et, en même temps, honorer notre carnet de commandes. Nous n’avons pas été jusqu’à arrêter nos lignes mais nous avons été impactés par des retards de livraison de certains composants électriques. C’est pourquoi, à Lourdes y compris, nous réfléchissons à la nécessité d’être moins dépendants et pour cela, de relocaliser des activités en dehors de la Chine, pas au sein du groupe mais auprès de partenaires potentiels en France et en Europe. » Pour autant, le groupe français, qui a réalisé un chiffre d’affaires de 6,9 milliards d’euros en 2020, a déjà prévenu : la relocalisation ne peut être envisagée que pour les produits à forte valeur ajoutée.

Johanna Decorse
Photo : opératrice dans l’usine Seb. Crédits Rémy Gabalda

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