Urgence climatique : « Nos gouvernements pourraient faire des choses incroyables dans des délais très courts »

Fondateur du mouvement mondial des villes en transition, Rob Hopkins sera à Toulouse le 19 septembre prochain pour partager ses expériences à l’occasion d’une conférence dédiée. Pour ToulÉco, il revient sur les enjeux et les possibilités de notre société confrontée à l’urgence climatique.

Rob Hopkins,qu’est-ce qu’une ville en transition ?
Le mouvement en transition est à l’œuvre de cinquante pays et à chaque endroit on réalise des choses différentes en matière de consommation énergétique, d’alimentation, de transport… Des projets ambitieux sont nés et se développent, comme à Liège en Belgique, à Bristol en Angleterre, à Quillota au Chili, à Ungersheim ou Grenoble en France. C’est une approche pleine d’espérance, optimiste, positive. Elle est basée sur des concepts qui répondent à toute une série de questions : « avec les ressources dont nous disposons, que devons-nous faire ? » et propose une vision différente du futur dans tous les secteurs : éducation, alimentation, production… Qu’est-il possible de faire maintenant, si nous sommes réellement ambitieux, intelligents, et que nous voulons vraiment travailler ensemble ?

Pourquoi l’échelle de la ville ?
Le territoire que constitue la ville est intéressant. Il permet de réfléchir à la bonne échelle aux questions de développement économique, d’agriculture, d’alimentation, d’énergie… La France est un pays très centralisé mais j’ai vu tant de communautés décider de se mettre en mouvement, avec de beaux projets et réaliser de belles choses. Les attitudes ont changé durant les cinq dernières années sur ces questions.

Quels sont les fondements du modèle ?
C’est d’abord un modèle qui ne peut pas être développé par une seule personne, il faut le créer en groupe, avec les gens qui vivent autour de nous. Il est basé sur une économie radicalement différente, plus diversifiée, dynamique, résiliente, et où le local a une importance beaucoup plus grande. Cette vision inclut l’idée de fournir aux citoyens les outils pour réfléchir les uns avec les autres, en particulier dans ces temps complexes. L’imagination est plus fertile lorsqu’on pose un cadre et que l’on est explicite sur la nécessité de cette réflexion : on ne peut plus continuer à détruire la terre et polluer nos océans, on ne peut plus vivre dans un monde où des gens sont sans domicile, meurent de faim ou ne peuvent plus subvenir aux besoins de leurs familles. Il y a également l’idée d’encourager les populations à ne plus investir leur argent dans les banques ou les grandes compagnies, mais dans la nouvelle économie générée par l’endroit où ils vivent. A Liège, en Belgique, 5 millions d’euros ont été réunies par des habitants et réinvestis dans l’économie de la ville. C’est un exemple.

Les populations sont-elles conscientes de l’urgence climatique ?
Dans les enquêtes auxquelles j’ai pu avoir accès, la majorité des gens se déclare très concernée par l’urgence climatique mais a le sentiment que les solutions proposées par les politiques ne sont pas adaptées et s’accrochent à ce qu’ils possèdent par crainte de ne pas être en capacité de le remplacer. Alors qu’un futur bas carbone peut être une extraordinaire opportunité pour vivre dans un environnement urbain moins pollué, avec une nourriture plus saine et des métiers qui auront plus de sens. Il suffit d’imaginer une ville avec moins de voitures, plus de vélos et de transports publics pour qu’elle devienne désirable. Si les gens ne sont pas capables de l’imaginer, alors ils ne la créeront jamais. Nous devons les aider, leur apporter le support nécessaire à imaginer le futur qui réponde à leurs besoins et à ceux de leurs enfants, de manière plus efficace que les réponses apportées aujourd’hui.

Pensez-vous que les gens ont sincèrement envie de travailler ensemble sur ces questions ?
La question est particulièrement pertinente en ce moment pour la France ! La tendance observée à l’occasion des dernières élections législatives montre une sincère et profonde préoccupation écologique. C’est un marqueur concret du changement, tout comme les conclusions de la récente Convention citoyenne pour le climat ou encore l’impact du film Demain. Le moment que traverse la France est fascinant. Si le potentiel de toutes les actions imaginées est mis en œuvre, les dix prochaines années seront dans ce pays une sorte de révolution de l’imagination. Il ne s’agit pas d’imposer une augmentation du prix du diesel mais de définir une ligne politique claire, reconnaître l’urgence climatique et concentrer tous les efforts pour changer de braquet, de manière intelligente, en incluant toute la population. Cela pourrait être extraordinaire.

Quelle est votre approche de Toulouse, où l’économie est liée à l’aéronautique et au transport aérien ? Que comptez-vous dire aux habitants ?
Il faut poser en préalable que l’expansion de l’aéronautique et du transport aérien n’est tout simplement plus compatible avec un monde viable pour les générations futures. C’est l’heure des choix. Transposée à Londres, la question ne serait pas de choisir la localisation pour la construction d’une nouvelle piste à l’aéroport d’Heathrow, mais celle de l’arrêt d’une piste et le développement d’alternatives plus écologiques quant au mode de transport ! Le concept de « juste transition » doit être confronté à l’exigence de rester sous la barre des 1.5° de réchauffement de la planète en 2100.
Il est l’occasion de créer de nouvelles industries, de nouvelles filières économiques. C’est ce cadre qu’il faut proposer aux habitants de Toulouse pour réfléchir à leur avenir. Et je ne crois pas que la majorité des habitants de la Ville rose travaille dans l’aéronautique parce qu’ils adorent les aéroports ou les avions ; ils y travaillent parce qu’ils doivent travailler et nourrir leurs familles. La question du climat doit être traitée comme une urgence et nous devons aider les gens à évoluer et dessiner ensemble la transition, basée sur la justice sociale. On a souvent le sentiment que rien ne peut arriver rapidement, que rien n’est urgent. La crise actuelle du Covid-19 montre bien que les choses peuvent changer vite, si un gouvernement le décide. Si nos gouvernements décidaient de traiter la question du changement climatique comme une urgence, ils pourraient faire des choses incroyables dans des délais très courts. Il faut simplement qu’ils le souhaitent. Les exemples historiques de changement rapide sont nombreux, le déploiement d’internet et des outils numériques sont un exemple, et aucun n’a été motivé par une menace aussi importante que le changement climatique. Nous sommes au moment ou il est possible de créer la mémoire d’un futur heureux.

Quels sont les principaux enseignements que vous avez tiré de vos expériences ?
J’ai appris que nous sommes tous capables de réaliser des choses extraordinaires. J’ai appris que le moment où l’on décide collectivement de relever un défi est un vecteur extrêmement puissant. J’ai appris qu’aucun groupe, engagé vers la transition, n’a regretté ses choix. J’ai appris que l’on devait travailler de manière pacifiée, la transition est un marathon, pas un sprint. J’ai appris que les endroits où la transition est réellement active, dans des villes comme Siegen en Allemagne ou Ason en Espagne, racontent des histoires positives de notre société et qu’elles peuvent arriver partout. Il faut prendre des risques et accepter les échecs, apprendre de ses erreurs et recommencer !
Propos recueillis par Valérie Ravinet

Sur la photo : Rob Hopkins, enseignant en permaculture, fondateur du modèle de transition, qui réunit au sein du réseau plus de 2000 initiatives de villes en transition dans le monde, dont 150 en France. Son dernier ouvrage : "Et si ... ? Libérer notre imagination pour créer le futur que nous voulons", est paru au printemps 2020 aux éditions Actes Sud. Crédits : DR.

Agenda
Conférence organisée par le magazine Sans Transition au Conseil départementale de Haute-Garonne, 1 boulevard de la Marquette, Toulouse, à partir de 20h30.
Entrée gratuite sur inscription obligatoire dans la limite des places disponibles sur https://www.billetweb.fr/pro/conferences-sans-transition.

Réagir à cet article

Source : https://www.touleco.fr/Si-nos-gouvernements-decidaient-de-traiter-la-question-du,29388