A69 : Atosca mis en demeure pour des rejets non conformes à Puylaurens

Partager cet article

A un mois et demi de l’ouverture de l’A69, annoncée mi-octobre, le préfet du Tarn a mis en demeure Atosca pour les rejets non-conformes de composés cancérogènes de sa centrale à enrobés de Puylaurens. Le concessionnaire a jusqu’au 17 septembre pour se mettre en règle. Les opposants pointent un nouveau « scandale ».

La centrale à enrobés de Puylaurens, entrée en activité en novembre 2025 pour produire le revêtement de chaussée de la future A69, est-elle en non-conformité depuis son démarrage ? C’est ce que pourrait laisser penser l’arrêté de mise en demeure pris par le 31 août dernier par la préfecture du Tarn à l’encontre d’Atosca, le concessionnaire de l’autoroute entre Castres et Toulouse. Dans le cadre de la surveillance renforcée de l’installation décidée par le préfet, les services de l’État ont diligenté des contrôles « programmés ou inopinés ». En neuf mois, cinq mesures en sortie de cheminée, au lieu d’une seule prévue par la réglementation souligne la préfecture, et quatre inspections ont été réalisées.

Une première « non-conformité des rejets pour les COV CMR (composés organiques volatils qui présentent des propriétés cancérogènes, mutagènes ou reprotoxiques, NDLR) » a été relevée dans les prélèvements du 19 novembre 2025 avec une concentration de 2,80mg/Nm3 pour un seuil de 2mg/Nm3.

L’arrêté préfectoral précise que des dépassements ont été constatés à l’issue d’autres prélèvements et ont même augmenté pour atteindre 3,41mg/Nm3 en avril 2026 et 5,71 mg/Nm3 en juin 2026. « Ce qui représente près de trois fois les normes autorisées (...) sans que l’Etat ne bouge le petit doigt », n’a pas manqué de relever le collectif d’opposants La Voie est libre. Face à cet « énorme scandale », ses membres dénoncent « l’irresponsabilité de l’État et d’Atosca ». Ils pointent aussi un dépassement dans les rejets de monoxyde de carbone mesurés lors des prélèvements du 30 juin 2026. La concentration était de 693 mg/Nm3 pour un seuil fixé à 500.

Quid de Villeneuve-lès-Lavaur

« Les services de l’Etat ont indiqué lors des instances de suivi que la production de bitume serait suspendue en cas de dépassements des seuils, or en neuf mois rien ne s’est passé. La centrale aurait dû être arrêtée dès le début. Atosca fait n’importe quoi et l’Etat le couvre pour lui permettre de terminer le chantier », déplore Gilles Garric, membre de LVEL qui redoute d’éventuels dépassements pour la centrale à enrobés de Villeneuve-lès-Lavaur. « Concernant cette usine, les contrôles réalisés n’ont mis en évidence aucun dépassement comparable », assure le concessionnaire.

Pour Puylaurens, la préfecture du Tarn a donné à Atosca jusqu’au 17 septembre pour « corriger les réglages de l’installation, faire de nouveaux contrôles et justifier du retour à la conformité » concernant les COV cancérogènes. « Si aucune solution n’est trouvée dans le délai prescrit, la mise en demeure sera suivie d’autres actions administratives plus contraignantes, comme la suspension de l’activité », a-t-elle prévenu.

« Compte tenu de la récurrence de l’alerte à nouveau remontée en juillet dernier, le constructeur de la centrale de Puylaurens a été sollicité pour qu’il procède à un contrôle complet de l’installation et mette en œuvre les réglages et actions correctives nécessaires. Nous attendons désormais les prochains contrôles qui permettront de vérifier l’efficacité de ces mesures », a réagi Atosca qui annonce pour mi-octobre la mise en service de l’autoroute après plusieurs années de bataille juridique avec ses opposants, tranchée définitivement par le Conseil d’État en juin dernier. Pour justifier la poursuite de la production de l’usine de Puylaurens malgré les alertes, le concessionnaire évoque aussi auprès de ToulEco d’autres « mesures conformes qui ont montré un respect des seuils » et ont permis selon lui « d’éliminer tout risque sanitaire pour les populations »

« Mauvais réglage »

Et alors qu’une nouvelle « non-conformité » de la centrale tarnaise vient d’être constatée, la préfecture se veut rassurante. « Les résultats en sortie de cheminée du mardi 25 août sont non conformes sur deux des sept substances ou familles de substances à surveiller. L’Ineris, l’établissement public de référence sur la qualité de l’air, confirme par contre que les concentrations mesurées autour de la centrale sont restées majoritairement faibles dans l’air ambiant et toutes inférieures aux valeurs repères. Aucune dégradation de l’environnement n’a donc pu être mise en évidence ».

Pour la préfecture du Tarn, « la forte volatilité des résultats, parfois conformes, parfois non », ne permet pas de « tirer des conclusions définitives sur le niveau des substances en sortie de cheminée ». Elle impute les dépassements constatés « probablement à un mauvais réglage » et contre l’avis des opposants, juge son action « rapide et proportionnée ». « Des contrôles inopinés ont été diligentés pour corroborer les résultats ; en l’absence de danger grave et imminent, il convient d’abord de mettre en demeure l’exploitant », se justifie la préfecture.

« Et la santé des personnes qui depuis neuf mois vivent près de ces installations ? Comment faire si on ne peut plus se fier à l’Etat pour les protéger », s’interrogent LVEL et les collectifs Sans bitume. Leurs membres, riverains et parents d’élèves, alertent depuis fin 2023 sur les risques sanitaires liés à l’installation de ces usines temporaires censées produire quelque 500.000 tonnes d’enrobés durant leur exploitation. Convaincus de vivre à proximité d’une « bombe sanitaire », ils demandent de nouveau « l’arrêt immédiat des deux centrales ».
Johanna Decorse

Sur les photos : La centrale à enrobés de Puylaurens, dans le Tarn, est entrée en activité le 13 novembre 2025 pour produire le revêtement de chaussée de l’autoroute entre Castres et Toulouse. Crédit : Rémy Gabalda-ToulÉco.

Riverains et membres des collectifs Sans bitume lors d’une manifestation devant la centrale de Puylaurens en novembre 2025. Crédit : Lauragais Sans Bitume.

Réagir à cet article

Source : https://www.touleco.fr/A69-Atosca-mis-en-demeure-pour-des-rejets-non-conformes-a,53402