Aéronautique. « La chaîne de sous-traitance doit se préparer à des opérations de rachat »

Alors que la filière aéronautique encaisse le choc lié à l’effondrement du transport aérien, la chaîne de sous-traitance se retrouve menacée. Le dirigeant toulousain Christophe Cador, président de Tompasse, appelle à un grand plan de soutien français et à des opérations de consolidation.

Christophe Cador, le président de la CCI Occitanie Alain di Crescenzo prévoit dans l’aéronautique une perte de 40.000 à 50.000 emplois directs et jusqu’à 100.000 en intégrant les emplois indirects. Confirmez-vous ces chiffres ?
Je ne commenterai pas les chiffres. Cette chute en enfer est récente. Mais l’aéronautique reste un secteur d’avenir car les gens ont besoin de mobilité. L’ Asie, par sa démographie et l’émergence de sa classe moyenne, est un fort moteur de croissance. Il faut donc mesurer l’impact avec réalisme tout en préparant le rebond d’ici deux ou trois ans en gardant les compétences au maximum. Nous pouvons jouer sur une baisse de la sous-traitance et de l’appel aux intérimaires dans un premier temps. La restructuration est un élément de dernier recours. C’est un déchirement mais il faudra aussi faire preuve de réalisme dans certains cas.

Appelez-vous au soutien de l’État pour la filière ?
Un plan de soutien est en train d’être mis en forme au niveau du Gifas au travers d’une task force présidée par Didier Evrard (ancien directeur des programmes d’Airbus, NDLR), et qui réunit Patrick Daher, président du groupe Daher, le délégué général du Gifas et moi-même. Elle a pour but d’évaluer les effets de la crise et de préparer la supply chain à horizon de deux ou trois ans en limitant les impacts à court terme. Nous échangeons en continu avec le gouvernement qui est très attentif au secteur aéronautique. Ce travail sera fait sur plusieurs mois. Et, oui, il y aura un grand plan de soutien de l’aéronautique français.

La consolidation de la supply chain, notamment des sous-traitants de rang 3 et 4, est-elle une nécessité pour sauver la filière ?
La consolidation est une des voies nécessaires pour éviter une perte de savoir-faire. En effet, les plus petites entreprises, souvent plus vulnérables, risquent d’être balayées par la crise. L’un des objectifs de cette task force est donc de préparer la chaîne de sous-traitance à entreprendre ces opérations de prise de participation ou de rachat. Un point important est aussi que les PME ou les ETI fragilisées ne tombent pas dans les mains d’investisseurs qui ne sont pas les bienvenus. Nous voulons garder une supply chain aéronautique française puissante. Elle sera simplement peut-être plus européenne qu’elle ne l’est aujourd’hui. Il y aura aussi des opérations de renforcement de fonds propres pour amortir cette chute d’activité de 30%, voire de 50%. Bpifrance aura un rôle central à jouer dans ce plan de soutien.
Propos recueillis par Isabelle Meijers

Sur la photo : Christophe Cador, président du comité Aérien-PME du Gifas, groupement des industries françaises aéronautiques. Crédits : DR.

Bio

Christophe Cador est président du comité Aero-PME du Gifas, le groupement des industries françaises aéronautiques. Il préside également Tompasse, une association regroupant les industriels du domaine aéronautique, spatial et systèmes embarqués de Toulouse et Midi-Pyrénées. Enfin il est président du groupe Satys, ex-Finaero, leader mondial de la peinture d’avions basé à Toulouse.

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Source : https://www.touleco.fr/Aeronautique-La-chaine-de-sous-traitance-doit-se-preparer-a-des,28739