Peu à peu, le sujet de la santé mentale devient moins tabou dans la société. Mais les entrepreneurs sont encore beaucoup à taire les écueils psychologiques que peut engendrer le fait de diriger une entreprise. Né en 2010, le réseau associatif Second Souffle vient en aide aux patrons en difficultés mentalement face aux embuches économiques et organisationnelles. En Occitanie, deux coordinateurs mène une association composée de quatorze bénévoles [1], eux-mêmes entrepreneurs ou anciens dirigeants. « Nous recevons en moyenne un nouveau dossier chaque semaine, soit environ une cinquantaine par an. Ces dirigeants sont dans des situations professionnelles et personnelles difficiles, voire très difficiles. Quand on dirige une société, en particulier une PME ou une TPE, vie privée et vie de l’entreprise sont encore plus intriquées », indique Matthieu Aublant, qui coordonne Second Souffle en Occitanie avec Karine Beaudeaux Hibon. Le premier est chargé d’animer, depuis Toulouse, l’association dans la partie ouest de la région, tandis que la seconde s’occupe du territoire de l’ex-région Languedoc-Roussillon depuis Narbonne. Les deux ont pour mission de « redynamiser le développement de l’association », en terres occitanes.
Second Souffle propose une méthode en trois grandes étapes. « La première étape c’est d’écouter la souffrance. Puis, lorsque le dirigeant est en capacité de pouvoir entendre nos conseils, nous commençons à lui apporter notre soutien pour qu’il affronte au mieux les décisions administratives et économiques à prendre. Enfin, on balise le chemin pour sortir de la crise et qu’il puisse envisager la suite plus sereinement en ayant de moins en moins besoin de nous. L’accompagnement dure en moyenne huit à neuf mois », résume celui qui, depuis Eaunes en Haute-Garonne, est directeur général à temps partagé au sein du réseau Bras Droit des Dirigeants.
« Il n’y a pas de honte à flancher »
Le réseau est actuellement soutenu financièrement à 52 % par le mécénat d’entreprises, à 44 % par les partenariats et subventions publiques et à 4 % par les cotisations des bénévoles et des dons libres. L’association a noué des liens avec des structures reconnues (la banque publique d’investissement Bpifrance, le Medef, l’association 60.000 rebonds, qui vient en aide aux entrepreneurs après une faillite, ou encore l’Observatoire Amarok, localisée à Montpellier, qui s’intéresse depuis des années à la santé des entrepreneurs) [2].
Matthieu Aublant rappelle que l’accompagnement de Second Souffle ne remplace pas, mais complète l’accompagnement d’un psychiatre ou d’un psychologue. « Quand la souffrance psychologique est trop aiguë, nous conseillons d’aller voir en priorité un professionnel de la santé mentale. Nous sommes là pour faire du conseil de pair à pair. Nous tendons la main aux entrepreneurs mais il faut qu’ils soient en capacité de la saisir », confie Matthieu Aublant. Le coordinateur aimerait que les chefs d’entreprises osent contacter l’association dès les premiers signes de mal-être. « En France, l’échec entrepreneurial est plus mal vu qu’aux États-Unis, par exemple. Et puis, nous sommes dans une société encore très patriarcale, où les hommes sont encore majoritaires aux postes de pouvoir [3]. Or, il y a toujours une pression sociale pour que l’homme reste dans la maîtrise de ses émotions. Nous voulons montrer qu’il n’y a pas de honte à flancher et que la vie, de toute façon, ne s’arrête pas avec la fin d’une aventure entrepreneuriale », analyse le pair aidant [4].
Un tiers des entrepreneurs accompagnés rebondiraient par l’entrepreneuriat. Les deux tiers restants par le salariat. Depuis 2010, plus de 1200 entrepreneurs ont été accompagnés à travers le territoire. Plus de 9000 emplois auraient été sauvegardés grâce à l’action du réseau cofondé par Séverine et Dimitri Pivot. Sur le territoire français, deux cents bénévoles sont mobilisés pour Second Souffle à travers cinquante antennes locales.
Matthias Hardoy
Sur les photos :
*Matthieu Aublant qui coordonne Second Souffle en Occitanie. Il est chargé d’animer la partie Ouest de la Région depuis Toulouse. Crédit : Hélène Ressayres-ToulÉco. Karine Beaudeaux Hibon qui s’occupe de redynamiser l’association dans l’ex-région Languedoc-Roussillon depuis Narbonne. Crédit : Second Souffle.
Notes
[1] Dont cinq sur le pourtour méditerranéen et neuf à proximité de Toulouse ou de Montauban.
[2] Avec 60.000 rebonds, Amarok et l’association Re-créer, Second Souffle fait partie du groupement d’intérêt associatif « Le portail du rebond des entrepreneurs » créé pour lancer des collaborations entre ces structures qui visent des objectifs proches.
[3] Parmi les entrepreneurs accompagnés par le réseau, il y a 56 % de dirigeants et 44 % de dirigeantes.
[4] Cela désigne le fait que l’aidant est dans une situation proche de la personne aidée. Ici, c’est un entrepreneur qui a pu vivre les mêmes difficultés que la personne aidée.

