Chez Soulages, les artistes femmes sortent de l’ombre

Elles sont oubliées, inconnues, délaissées, confidentielles ou encore épouses de. Le musée Soulages réhabilite ces femmes artistes de l’avant-garde abstraite dans une exposition unique, prolongée jusqu’au 31 octobre, à Rodez.

« Elles ont été désavantagées par rapport aux hommes et donc peu exposées. Pourtant elles voulaient exister, avoir un atelier. Mais ce n’était pas possible », affirme Benoît Decron. À l’aube des années 50, la féminité de l’artiste est perçue comme un handicap par les hommes. Priorité aux figures imposantes de Picasso, Bonnard et Matisse. Même si le conservateur en chef du patrimoine et directeur du musée Soulages se défend d’être un militant, un féministe, et de surfer sur la vague #metoo, il rend hommage à ces artistes femmes de l’avant-garde abstraite de l’après-guerre. « J’ai voulu exposer un pan de la création mal montré », se justifie-t-il. Pour réparer cette « injustice » et « quelque chose de l’ordre de la ségrégation », Benoît Decron a effectué un travail de fourmi. Durant deux ans, il a multiplié les lectures de la presse spécialisée et les rencontres avec des collectionneurs, des galeristes et des artistes toujours en vie, afin de rassembler sur un même lieu un ensemble de soixante-treize oeuvres de quarante- trois peintres et sculptrices de la seconde École de Paris. À cette période, Paris est une fête, un foyer des arts, ouvrant un champ inédit à la création. La militante féministe américaine Shirley Goldfarb a fait de la ville lumière son port d’attache.

Kaléidoscope

Même si l’exposition manque d’unité, retenons le travail d’Aurélie Nemours sur l’abstraction géométrique, la peinture de Vera Molnar qui fait « vibrer les formes » selon Benoît Decron. Saluons le parcours de Marcelle Cahn, une (rare) intellectuelle auteure d’une revue littéraire gérée par des hommes, l’oubliée Marie Raymond, la mère d’Yves Klein, ou encore Judit Reigl qui peignait avec ses pieds pour « éclater les formes ». N’oublions pas Jacqueline Pavlowsky. Elle laisse derrière elle une oeuvre marquée par la Seconde Guerre mondiale. Les « griffures » de ces toiles réalisées à partir d’huile et de poudre de métal sont les souvenirs d’une époque douloureuse pour la Parisienne née juive de parents russe et polonais. Pour terminer, arrêtons-nous sur deux pépites. La première est une vidéo réalisée par Alain Resnais qui montre Christine Boumeester peignant une huile sur panneau à la bougie. Un second documentaire tourné en 1960 filme un ballet du chorégraphe et danseur Maurice Béjart autour du Teck, l’oeuvre maîtresse en bois de la sculptrice Marta Pan.
Audrey Sommazi

Sur les photos :
à gauche : Geneviève Claisse, Slalom 1960 162x130 cm (Courtesy Galerie Denise René)
à droite : Joan Mitchell, sans titre, 1954 - Photo (c) Centre Pomidou, MNAM CCI. Dist RMN-Grand Palais Jacques Faujour.

Exposition
« Femmes années 50, au fil de l’abstraction, peinture et sculpture »,
Exposition prolongée jusqu’au 31 octobre, au musée Soulages,
jardin du Foirail, avenue Victor Hugo, à Rodez.
www.musee-soulages-rodez.fr

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Source : https://www.touleco.fr/Chez-Soulages-les-artistes-femmes-sortent-de-l-ombre,29104