En Occitanie, le numérique se mobilise pour aider les petits commerçants

Vente en ligne, click & collect, vente à emporter ou livraison à domicile… Pour survivre, les petits commerces et restaurants, affectés par les mesures de fermeture, se tournent vers la digitalisation express de leurs services. Des acteurs régionaux du numérique se mobilisent pour proposer des outils gratuits ou à tarifs préférentiels.

La digitalisation, une question de survie pour beaucoup. Contraints à la fermeture pendant les deux confinements, les petits commerçants ou restaurateurs accusent une chute importante de leur chiffre d’affaires. « Un manque d’au moins trois mois d’activité en un an, c’est énorme, sans compter les problèmes d’écoulement des stocks », s’inquiète une commerçante du centre-ville de Toulouse.

Pour limiter la casse à l’approche de Noël et maintenir le lien avec la clientèle, la digitalisation des services favorise la continuité d’activité. En soutien, l’association toulousaine Friends of Presta a lancé, le 4 novembre dernier, une opération de créations de sites internet au tarif préférentiel de 300 euros en une fois. « C’est juste le coût de la mise en place du site sur la base de la technologie open source Prestashop. Notre collectif de vingt-cinq prestataires du numérique propose un accompagnement par l’un de nos experts », explique Jean-François Viguier, vice-président de l’association et président de l’agence web toulousaine Creabilis. « Du catalogue de produits à la gestion des commandes ou à la mise en place des créneaux horaires de livraison ou de retrait jusqu’à l’utilisation des réseaux sociaux pour faire connaître le site, tout est couvert et livrable en 24 à 48 heures. Le client est ensuite propriétaire de son site pour une durée indéterminée, il peut aussi choisir de changer d’hébergeur dans le temps. »

Intérêt à s’affranchir d’Amazon

Lancée lors du premier confinement sous forme gratuite sur la plateforme « e-commerce solidaire », l’opération avait permis de générer 250.000 euros de chiffre d’affaires sur l’ensemble des sites créés, dont un tiers en Occitanie. La petite boutique toulousaine Les Tarées du vrac, épicerie zéro déchet de produits en vrac, en a profité alors qu’elle lançait son activité en plein confinement. « Pour des problèmes d’équipements en retard, nous n’avons pas pu ouvrir notre magasin physique à la date prévue du 20 mars. La création du site en trois jours nous a permis, au bout de deux semaines, de réaliser un chiffre d’affaires quotidien équivalent à notre prévisionnel », raconte Mélanie Chauvin, cofondatrice de l’épicerie.

La Fedeo (Fédération du e-commerce en Occitanie) est partenaire des initiatives de « Friends of Presta » en proposant le parrainage d’un e-commerçant tuteur qui apporte son aide de manière pratique à chaque projet. Son président, Jean-Paul Crenn, recommande : « Un petit commerçant de proximité qui a des difficultés va poursuivre son activité avec des clients qu’il connaît. Il aura donc tout intérêt à développer ses propres outils plutôt qu’à utiliser des marketplace existantes, comme Amazon ou CDiscount. En effet, ces dernières hébergent d’autres commerçants concurrents et sont elles-mêmes des vendeurs au détail. En les rejoignant, le petit commerce participe plus à la croissance de l’influence de la marketplace qu’à la sienne. »

Plusieurs agences web de la région à la rescousse

Dans l’Aude, à Narbonne, l’agence Tramontana Web propose plusieurs versions de ses sites internet de vente en ligne, Restaurant Drive ou Petit Drive, optimisés pour la livraison ou le click&collect. « De la gratuité pour l’option de base jusqu’à une formule à 99 euros par mois, le commerçant n’est pas engagé dans la durée. S’il se retire, il reste propriétaire de son nom de domaine », assure Loïc Viandier, gérant fondateur de l’agence, qui a enregistré dès le second jour du reconfinement un afflux de près de 150 essais sur ses plateformes, contre deux à cinq par jour en temps normal. Tramontana Web vient de répondre à l’appel à projets de l’État pour renforcer la numérisation des commerçants. L’opération vise à identifier les opérateurs web solidaires en période de confinement.

À Toulouse, Appstud, développeur d’applications mobile ou web, a travaillé la standardisation de son offre pour répondre en une semaine au besoin des commerçants. « Notre proposition, chiffrée à 100.000 euros en temps normal pour un site web et deux applications mobile IOS et Androïd en langage natif, a été réduite à un abonnement à 500 euros par mois », avance Sébastien Séblin, gérant fondateur d’Appstud. Face au besoin urgent des petits commerces et restaurateurs, la solidarité des opérateurs numériques s’organise en complément des nombreuses initiatives des collectivités. Cela sera-t-il suffisant ?
Isabelle Meijers

Sur la photo : À Toulouse, rue Saint-Rome, les petits commerces non essentiels ont baissé le rideau. Crédits : Valentine Chapuis - ToulÉco.

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Source : https://www.touleco.fr/Confinement-Le-numerique-se-mobilise-pour-le-petit-commerce-en,29916