Dominique Seau : « Les temps qui viennent doivent réapprendre l’humilité »

Dossier : Comment protéger sa boîte en tant de crise ?

Communiquer en interne, savoir déléguer et s’entourer, faire les bons choix financiers… Voici quelques conseils avisés du capitaine d’industrie Dominique Seau, le patron de la marque de sous-vêtements masculins Eminence qui emploie 400 salariés et dont le siège est à Aimargues, dans le Gard.

Dominique Seau, en temps de crise, que recommanderiez-vous aux dirigeants de PME et de business unit ?
Quand j’étais officier de marine, au début de ma carrière, j’ai compris l’importance de la communication interne pour gérer l’équipage. Il faut se méfier des marins de beau temps. Des fêlures peuvent apparaître dans le groupe lorsqu’une crise surgit. À l’inverse, des personnes qui sont d’ordinaire en retrait peuvent se révéler pendant la tempête. Je prône une communication directe aux salariés. C’est d’autant plus important en période de chômage partiel et de fort télétravail. Pour éviter les incompréhensions, et maintenir le moral de l’équipage, il faut écrire à tout le monde, et veiller à ce que l’information divulguée soit identique.

La crise économique s’intensifie. Quel type de management adopter ?
Le risque, pour tout dirigeant, est de verser dans le caporalisme, en voulant tout contrôler. Ce n’est pas souhaitable en temps normal, ça l’est encore moins par gros temps. Le leader doit anticiper les problèmes de demain, et non pas gérer ceux d’hier et d’aujourd’hui. Dans une phase d’incertitudes, où tout change au jour le jour, il faut rester chef d’orchestre, et non pas remplacer les solistes. Pour pouvoir donner un cap clair, il faut se libérer l’esprit. Le principe de subsidiarité doit jouer à plein.

Quels sont vos conseils de trésorerie et de choix financiers ?
Il faut établir un plan de trésorerie à treize semaines, chaque semaine. Certaines PME familiales, gérées prudemment, ont accumulé beaucoup de trésorerie, mais toutes ne se trouvent pas dans cette situation. Le jeu entre paiement par les clients et paiement des fournisseurs est fondamental. Vous pouvez vous retrouver en cessation de paiement, même si votre affaire est intrinsèquement rentable. Il faut choisir quels fournisseurs seront prioritairement payés. Cela ne doit pas être les plus gros, ou ceux qui crient le plus fort. Je conseille de privilégier ceux qui vous ont aidés par le passé, et les plus fragiles. Vous aurez besoin d’eux demain. Les fournisseurs ou clients puissants, eux, passeront la crise. Quand je sais qu’un fournisseur ou un client a les reins solides, je négocie durement, et n’hésite pas à aller au clash s’il le faut, en passant par le médiateur du crédit.

Les patrons vivent la période actuelle avec un stress intense. Comment la gérer au mieux ?
Je conseille de ne pas hésiter à faire appel à des expertises extérieures : avocat, coach, psychologues, anciens banquiers, Banque de France, CCI, médiateurs du crédit... Ces gens-là auront un regard à la fois averti et plus neutre, n’ayant pas la même pression sur les épaules. Il faut par ailleurs impliquer ses équipes. Le dirigeant doit oser dire à ses salariés et ses partenaires quand les choses vont mal. S’il reste seul et sous stress, il aura du mal à y voir clair et à prendre les bonnes décisions. Autre conseil : ne pas attendre qu’il soit trop tard pour se rendre au tribunal de commerce, parce qu’on en fait une question d’honneur mal placé, voire une affaire personnelle. Il n’y a pas de honte à se placer sous la protection d’un tribunal de commerce. Tous les présidents de ces juridictions se plaignent de voir les entreprises se manifester trop tard. Les temps qui viennent doivent réapprendre l’humilité.

Y aura-t-il des opportunités nées de la crise ?
Peut-être pour racheter des activités à bon prix, si vous avez une bonne santé financière. Mais globalement, nous allons être tous perdants. Beaucoup d’entreprises vont aller au tapis. L’État anesthésie pour l’instant le choc, en mettant en place des dispositifs d’urgence : chômage partiel massif, reports de charges, primes, etc. Mais l’État, c’est nous. Toutes les Françaises et tous les Français, entreprises et particuliers, vont devoir payer ce qui est en train de se passer. Les conséquences du Covid-19 sont incalculables, sur le plan économique, social et politique.
Propos recueillis par Hubert Vialatte
Crédits photo : DR

P.S. :

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