Jalil Benabdillah, vice-président de la région Occitanie : « L’industrie a toujours créé plus d’emplois qu’elle n’en a détruits »

Alors que des dossiers comme la SAM ou Bosch, dans l’Aveyron, ont fait l’actua- lité et que la crise des masques a remis sur le devant de la scène l’importance d’avoir une industrie française, Jalil Benabdillah, vice-président en charge de l’Économie, de l’emploi, de l’innovation et de la réindustrialisation, revient sur les actions menées par la Région et sa véritable marge de manœuvre.

Jalil Benabdillah, quelle est la stratégie régionale en matière de réindustrialisation enclenchée en 2022 ?
Dans les années quatre-vingt-dix, quand j’ai voulu lancer ma PMI, on m’a dit que j’étais à côté de la plaque et à contre-courant, qu’il n’y avait plus d’industrie en France. C’est intéressant de voir que, vingt-cinq ans plus tard, je me retrouve en charge de la réindustrialisation. J’y croyais à l’époque et j’ai aujourd’hui la responsabilité d’impulser une vraie politique ambitieuse. En Occitanie, on compte 237.000 emplois industriels, soit 11 % de l’emploi régional, avec notamment l’agroalimentaire, l’aéronautique et le spatial, et l’industrie touristique.

La philosophie a changé. Évidemment, la France doit rester industrielle. On a perdu de l’emploi industriel mais l’industrie a toujours créé plus d’emplois qu’elle n’en a détruit. Avec la crise, les Français se sont rendu compte qu’on avait besoin d’une industrie forte. Aujourd’hui, tous les territoires veulent accueillir des projets, et les citoyens aussi, en majorité.

Sur la stratégie régionale, nous avons donné une mission à Ad’Occ sur les enjeux de réindustrialisation de la région. Il y a deux volets. Le premier, c’est le rapatriement exogène d’industries matures qui sont parties, parce qu’il y a des trous dans la raquette dans certains domaines, comme les masques par exemple. Mais il y a aussi le renforcement de l’existant, des briques qui manquent à des secteurs pour constituer des filières structurées déjà présentes sur le territoire. Tout cela fait partie de la stratégie baptisée ReL’Occ, afin d’assurer l’autonomie de la région sur le plan économique, accélérer la transition écologique et favoriser l’émergence de l’économie de demain. Cela concerne aussi bien l’énergie que la santé (aides à Flash Therapeutics ou Evotec), la mobilité, l’électronique... L’hydrogène vert est aussi l’une des priorités de la Région.

Au final, la Région propose un accompagnement complet, à 360°, avec de la détection (via Business France ou sur les salons), des aides pour trouver des terrains, des financements, le côté administratif... Et nous avons lancé une étude de nos filières, pour savoir quelles sont celles qui sont complètes, celles qui méritent d’être consolidées, etc.

L’Occitanie a labellisé dix territoires d’industrie en 2018. [1]Où en est-on de cette démarche ? Qu’apporte-t-elle ?
Avant d’être élu à la Région, j’étais élu à la communauté d’agglomération d’Alès et référent de Territoires d’industrie. J’ai été un des premiers à croire à ce label. Quand bien même il n’y aurait pas eu de financement, de reconnaissance d’un territoire, d’une histoire industrielle et d’un savoir-faire. Une fierté qui aide à l’acceptabilité de l’industrie. Mais ce programme est aussi doté de moyens. En Occitanie, nous sommes aujourd’hui à plus de 100 millions d’euros déployés dans le cadre de Territoires d’industrie (60 % Région, 40 % État). C’est dynamique et beaucoup de projets ont été labellisés. Je fais partie du comité national de pilotage de ce programme et il y a encore une quarantaine de territoires en stock au niveau Occitanie qui attendent la labellisation.

Il est cependant trop tôt pour parler d’emplois créés. On peut mentionner les emplois promis car chaque projet labellisé doit indiquer l’investissement et les emplois attendus. Sur le bassin d’Alès, par exemple, que je connais bien, on était à 150 à 200 emplois.

Quand ces projets sont labellisés, la non-délocalisation fait-elle partie des obligations pour les entreprises retenues ?
Évidemment, dans la conditionnalité des aides, il y a plusieurs critères. L’ancrage, la pérennisation voire la création d’emplois, le développement durable... Mais pour les PME-PMI, cette condition d’ancrage est plus simple que pour les grands groupes, qui dépendent souvent d’une logique financière internationale, comme on a pu le voir dans les dossiers de la SAM ou de Bosch. On a vu la Région très engagée sur ces dossiers.

On sent malgré tout que l’action de la Région est limitée et qu’elle est condamnée à subir la loi des grands groupes. Quel levier peut-elle actionner ?
La Région a été très présente pendant la crise. 800 millions d’euros (700 millions en direct et 100 millions de manque à gagner en loyers, TVA, etc.) ont ainsi été mobilisés par la Région en dix-huit mois. Cela a permis d’accompagner 65.000 entreprises, soit 250.000 emplois préservés. La Région, à côté de l’État, a joué son rôle d’amortisseur. Nous avons limité les dégâts dans beaucoup de secteurs.

Mais il y a des histoires industrielles difficiles. Pour la SAM par exemple, nous avons cherché des repreneurs, nous avons fait tout notre possible et ce dossier a été pris à bras-le-corps par Carole Delga elle même. Et nous n’avons pas abandonné la partie. Renault a refusé de donner les 30 à 40 millions d’euros de commandes qui auraient permis de pérenniser l’activité. L’État, hélas, n’a pas agi non plus. Nous allons jouer notre rôle dans la recherche de solutions pour ce site, dans le reclassement, au travers de nos budgets formation... On est très préoccupés et on veut préserver au mieux cet écosystème.

Pour donner un autre exemple, prenons le cas de Scopelec. Ce sont 1800 emplois menacés en France, dont 500 en Occitanie. Carole Delga a sollicité un rendez-vous avec la direction d’Orange et celle-ci nous a assuré qu’il n’y aurait pas de destructions d’emplois dans le territoire. Il peut y avoir un changement de prestataire mais le niveau d’emplois sera maintenu en Occitanie. Et nous avons également reçu les dirigeants de Scopelec pour voir comment les accompagner.

Sur Bosch non plus, ce n’est pas fini. Nous sommes en train de travailler sur ce dossier. Malgré tout, l’industrie recrute aujourd’hui et crée plus d’emplois qu’elle n’en perd. Beaucoup d’entreprises recrutent et ne trouvent pas forcément les salariés formés.Il faut bien comprendre que nous ne sommes pas le seul pays à vouloir réindustrialiser et que les grands groupes re- gardent ce qui se fait ailleurs.

Pouvez-vous nous donner des exemples de relocalisations réussies en Occitanie ?
On peut citer Schlumberger avec Genvia, à Béziers. Ou Evotec à Toulouse, avec plus de 130 millions d’euros d’investissement. La PME messine Nimesis Technology, accompagnée par Ad’Occ, a par ailleurs ouvert un bureau à Montpellier pour se rapprocher de l’écosystème spatial régional. Parfois, les industries viennent d’autres régions françaises, parfois de l’étranger. C’est le cas de la start-up californienne Universal Hydrogen qui s’est récemment installée à Toulouse pour être à proximité d’Airbus.
Propos recueillis par Paul Périé

Sur la photo : Jalil Benabdillah, vice-président en charge de l’Économie, de l’emploi, de l’innovation et de la réindustrialisation. Crédit : Région Occitanie.

OZE : Occitanie zones économiques, ce sont quarante parcs d’activités attractifs ré- partis dans le territoire, qui proposent un environnement, une offre de services et un accompagnement technique et financier. Cela représente au- jourd’hui 1220 ha, plus de 1200 entreprises et plus de 25.000 emplois.

Notes

[1*Aurillac-Figeac-Rodez, Bassin d’Alès, Béziers-Sète, Castelnaudary-Castres, Gard Rhodanien, Interdépartemental Gers Tarn-et-Garonne, Narbonne, Pau-Tarbes, PETR Comminges et Neste, PETR d’Ariège.

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Source : https://www.touleco.fr/Jalil-Benabdillah-Region-Occitanie-L-industrie-a-toujours-cree,34074