« Injuste. » Le mot est rapidement lâché et répété à plusieurs reprises. La présidente de la Région Occitanie juge avec dureté le budget de l’État 2026. Elle n’est pas la seule. Avec ses homologues présidents de Région, elle a rédigé un courrier au Premier ministre Sébastien Lecornu, le 4 février dernier. « Première raison de notre fort mécontentement : la décision d’accepter un amendement qui réduit de 180 millions d’euros les dotations de six régions métropolitaines sur douze, introduisant une rupture manifeste du principe d’équité territoriale [...] Les principales concernées figurent parmi celles dont le revenu par habitant est le plus faible », écrivent les élus.
« La baisse de la Dotation de compensation de la réforme de la taxe professionnelle (DCRTP) est plus importante et a un plus fort impact dans certaines régions comme les Hauts-de France ou l’Occitanie. Ce sont des régions industrielles avec des fragilités sociales. Des régions avec de nombreux sièges sociaux, à l’image de l’Ile-de-France ou d’Auvergne Rhône-Alpes, ne sont au contraire pas concernées. Nous sommes par ailleurs une région qui subi le plus les conséquences du réchauffement climatique. Ce n’est pas du tout une bonne idée de nous punir alors que nous devons investir », explique Carole Delga. « Même le rapporteur du budget au Sénat, Jean-François Husson, trouve la mesure mal calibrée, donc mauvaise », rappelle la présidente de Région.
La baisse de cette compensation serait de l’ordre de 36,7 millions, auxquels se rajouteraient 108 millions d’euros de baisse de dotations et de compensations fiscales et autres contributions spécifiques. Au total, l’Occitanie devrait recevoir 187,8 millions d’euros en moins en 2026, après une baisse estimée à 105,7 millions en 2025. Depuis 2023, la Région a dû agir, selon la collectivité, avec 503,5 millions d’euros en moins au total.
« Étaler certains projets dans le temps »
Pour faire face à ce contexte, l’Occitanie a décidé de baisser de 0,8 % ses dépenses de fonctionnement et de poursuivre sa réorganisation interne. Le passage de dix-sept à sept agences régionales entre 2016 et 2020 aurait permis, par exemple, à la Région d’économiser 22,5 millions d’euros. La réduction à trois agences (agence culturelle, agence de développement économique et d’attractivité, agence de l’aménagement et du climat), effective cette année, permettrait d’espérer une économie de 17 millions d’euros d’ici 2028. Autre moyen d’économiser, l’optimisation énergétique des bâtiments régionaux et des lycées qui commence à porter ses fruits et permet à l’Occitanie de dépenser 9 millions d’euros de moins chaque année en facture d’énergie. « Nous n’allons pas abandonner des projets mais certains vont être étalés dans le temps. C’est le cas pour l’acquisition de certaines nouvelles de rames de TER par exemple ou du soutien à des projets de certaines petites communes », reconnaît l’élue socialiste.
Au final, le budget régional sera cette année de 3,54 milliards d’euros contre 3,55 milliards en 2025. Les principaux postes de dépenses sont le financement des transports et des infrastructures (1,212 milliard), de l’éducation (334,8 millions), de la souveraine économique (334,6 millions) et de l’agriculture et de l’agroalimentaire (139,5 millions). Les politiques sociales, notamment à destination des lycéens et des jeunes, seraient « toutes maintenues ». La Région affirme par ailleurs que dans le cadre de son engagement Budget Vert, 93 % de ses dépenses sont jugées très favorables, favorables ou neutres sur le climat, contre 86 % en 2025.
Le budget de l’État 2026 est certes voté, mais la présidente de Régions de France va continuer, avec les autres présidents de Région, à dénoncer « l’injustice de ce mauvais budget » et à militer pour un financement plus équitable des Régions à l’avenir. « 20 % des efforts budgétaires sont demandés aux collectivités dans la loi de finances 2026, alors qu’elles ne représentent que 6,5 % de la dette publique nationale et assurent plus de 70 % des investissements d’avenir. Cela montre bien qu’il y a quelque chose qui ne va pas », considère Carole Delga.
Matthias Hardoy
Sur la photo : Carole Delga, la présidente de la Région, face à l’assemblée régionale, le jeudi 12 février 2026 lors du vote du budget. Crédit : Région Occitanie – Maxime Alessandrini.
