Qu’emmèneriez-vous sur une île déserte ?
Je prendrais un cahier, ma guitare classique et un stylo Bic bleu pour dessiner.
Votre principal trait de caractère ?
L’instabilité. Avec moi, c’est un peu les montagnes russes émotionnelles. Je change d’avis toutes les deux secondes. C’est difficile de me suivre et je me suis moi-même difficilement.
Quel défaut vous inspire le moins d’indulgence ?
L’avarice. Les gens qui ne lâchent rien, je trouve ça un peu moche !
Quel métier n’auriez-vous jamais pu exercer ?
Tout ce qui est en rapport avec le public. J’ai été prof pendant un an ; j’enseignais le français dans une école d’art privée à des élèves qui venaient de passer leur bac. Cela a été l’une des pires expériences de ma vie.
De quel luxe ne pourriez-vous pas vous passer ? Je vis de peu. J’ai déjà enlevé les clopes, les sorties… Peut-être les livres ?
Situez-vous votre dernier roman dans la littérature érotique ou porno ? Je parle de littérature pornographique. Cela correspond pour moi à une écriture directe. On est dans le vif du sujet, il n’y a rien de caché, rien de suggéré. Dans mes deux premiers livres Insatiable et Obsessions, publiés chez Média Mille (collection fondée à l’origine par Hachette rachetée en 1994 par la Musardine, NDLR) comme dans Animal, il y a la volonté de susciter le désir. Avoir un cadre m’aide à écrire… Dans ce dernier texte, j’ai gagné en concision et en efficacité.
Un tabou ?
J’ai des problèmes de maladie mentale. Je n’aime pas toujours en parler.
Le rêve qui vous reste à accomplir ?
Continuer d’écrire, explorer de nouvelles idées. J’ai commencé une thèse sur le punk et le théâtre de la dramaturge britannique Sarah Kane. Le punk est rattaché à la musique, à la peinture, à la mode ou à la manière de vivre. Ne pourrait-on pas intégrer la littérature dans ce mouvement ? Dans la même idée, je travaille sur un manuscrit dans lequel j’essaie d’écrire sans scène de sexe. Est-il possible de dire que la pornographie n’est pas forcément sexuelle ? Cela pourrait être aussi une manière de concevoir l’art sans fioriture, de façon frontale et crue, dans une esthétique un peu punk.
La chanson qui vous met en joie ?
En ce moment, j’écoute à fond Cheval cheval de Sexy Sushi. C’est de l’électro-clash, un peu crétin, avec des claviers et des boîtes à rythme, ça fonctionne bien.
À quelle époque auriez-vous aimé vivre ?
Je suis bien dans mon époque. Elle a énormément de défauts mais elle nous permet une certaine liberté malgré tout.
Votre drogue préférée ?
J’ai pu avoir des périodes d’addiction mais je déteste ça, alors je tente d’éviter. Il ne reste que la folie, le borderline. Je n’arrive pas à trouver d’autres mots… Les gens atypiques, la marge, la folie. Ça, c’est une drogue pour moi. Pourquoi ? Parce que ça me donne l’impression d’être moins seule. Jusqu’à l’échec. Pour à nouveau, en chercher une nouvelle (de folie).
Et si vous étiez un homme ?
J’essaie justement de ne pas penser comme ça, mais je serais sans doute pareil(le).
Quel est votre livre de chevet ?
Je viens de finir Trans Amazone de McKenzie Wark, un récit sur la transition de genre d’un homosexuel qui se déroule en Australie. On y découvre son cheminement personnel et toute une réflexion sur la sexualité. C’est très beau, avec des moments assez crus aussi. J’ai poursuivi avec la biographie de Marc Lanegan qui a été le chanteur de Screaming Trees et de Queens of the Stone Age. Dans les périodes où j’ai du mal à lire de la littérature, j’aime bien me plonger dans les récits de musiciens qui racontent leurs débuts.
Et Dieu dans tout ça ?
Dieu est partout et Dieu est nulle part. J’ai un côté un peu mystique, un peu « pensée magique » mais je ne sais pas si on appelle ça Dieu.
Propos recueillis par Johanna Decorse.
Sur la photo : l’autrice, musicienne et plasticienne, Claire Von Corda. Crédit : Rémy Gabalda - ToulÉco
