L’interview Off de... Claire Von Corda

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Elle voue une passion féroce au stylo Bic bleu, écrit de la poésie comme des livres « à but masturbatoire », ne craint pas de parler de « la merditude des choses » et aime les cimetières. Autrice, musicienne et plasticienne, Claire Von Corda crée comme elle parle, sans filtre ni tabou. Cette artiste toulousaine à la sincérité désarmante vient de publier son troisième roman aux éditions La Musardine, Animal. Un road movie haletant qui explore avec force le désir féminin. Côté scène, Claire Von Corda prolonge son travail littéraire en « texte parlé », accompagnée de sa guitare. Son premier album solo doit sortir cette année chez We are Unique ! Records.

Qu’emmèneriez-vous sur une île déserte ?
Je prendrais un cahier, ma guitare classique et un stylo Bic bleu pour dessiner.

Votre principal trait de caractère ?
L’instabilité. Avec moi, c’est un peu les montagnes russes émotionnelles. Je change d’avis toutes les deux secondes. C’est difficile de me suivre et je me suis moi-même difficilement.

Quel défaut vous inspire le moins d’indulgence ?
L’avarice. Les gens qui ne lâchent rien, je trouve ça un peu moche !

Quel métier n’auriez-vous jamais pu exercer ?
Tout ce qui est en rapport avec le public. J’ai été prof pendant un an ; j’enseignais le français dans une école d’art privée à des élèves qui venaient de passer leur bac. Cela a été l’une des pires expériences de ma vie.

De quel luxe ne pourriez-vous pas vous passer ? Je vis de peu. J’ai déjà enlevé les clopes, les sorties… Peut-être les livres ?

Situez-vous votre dernier roman dans la littérature érotique ou porno ? Je parle de littérature pornographique. Cela correspond pour moi à une écriture directe. On est dans le vif du sujet, il n’y a rien de caché, rien de suggéré. Dans mes deux premiers livres Insatiable et Obsessions, publiés chez Média Mille (collection fondée à l’origine par Hachette rachetée en 1994 par la Musardine, NDLR) comme dans Animal, il y a la volonté de susciter le désir. Avoir un cadre m’aide à écrire… Dans ce dernier texte, j’ai gagné en concision et en efficacité.

Un tabou ?
J’ai des problèmes de maladie mentale. Je n’aime pas toujours en parler.

Le rêve qui vous reste à accomplir ?
Continuer d’écrire, explorer de nouvelles idées. J’ai commencé une thèse sur le punk et le théâtre de la dramaturge britannique Sarah Kane. Le punk est rattaché à la musique, à la peinture, à la mode ou à la manière de vivre. Ne pourrait-on pas intégrer la littérature dans ce mouvement ? Dans la même idée, je travaille sur un manuscrit dans lequel j’essaie d’écrire sans scène de sexe. Est-il possible de dire que la pornographie n’est pas forcément sexuelle ? Cela pourrait être aussi une manière de concevoir l’art sans fioriture, de façon frontale et crue, dans une esthétique un peu punk.

La chanson qui vous met en joie ?
En ce moment, j’écoute à fond Cheval cheval de Sexy Sushi. C’est de l’électro-clash, un peu crétin, avec des claviers et des boîtes à rythme, ça fonctionne bien.

À quelle époque auriez-vous aimé vivre ?
Je suis bien dans mon époque. Elle a énormément de défauts mais elle nous permet une certaine liberté malgré tout.

Votre drogue préférée ?
J’ai pu avoir des périodes d’addiction mais je déteste ça, alors je tente d’éviter. Il ne reste que la folie, le borderline. Je n’arrive pas à trouver d’autres mots… Les gens atypiques, la marge, la folie. Ça, c’est une drogue pour moi. Pourquoi ? Parce que ça me donne l’impression d’être moins seule. Jusqu’à l’échec. Pour à nouveau, en chercher une nouvelle (de folie).

Et si vous étiez un homme ?
J’essaie justement de ne pas penser comme ça, mais je serais sans doute pareil(le).

Quel est votre livre de chevet ?
Je viens de finir Trans Amazone de McKenzie Wark, un récit sur la transition de genre d’un homosexuel qui se déroule en Australie. On y découvre son cheminement personnel et toute une réflexion sur la sexualité. C’est très beau, avec des moments assez crus aussi. J’ai poursuivi avec la biographie de Marc Lanegan qui a été le chanteur de Screaming Trees et de Queens of the Stone Age. Dans les périodes où j’ai du mal à lire de la littérature, j’aime bien me plonger dans les récits de musiciens qui racontent leurs débuts.

Et Dieu dans tout ça ?
Dieu est partout et Dieu est nulle part. J’ai un côté un peu mystique, un peu « pensée magique » mais je ne sais pas si on appelle ça Dieu.
Propos recueillis par Johanna Decorse.

Sur la photo : l’autrice, musicienne et plasticienne, Claire Von Corda. Crédit : Rémy Gabalda - ToulÉco

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Source : https://www.touleco.fr/L-interview-Off-de-Claire-Von-Corda,52801