Occitanie. « Le monde d’après, l’économie sociale et solidaire y travaille depuis longtemps »

article diffusé le 26 mai 2020

À la faveur de la crise, les propositions faites par le monde de l’économie sociale et solidaire sont plus audibles qu’avant, notamment auprès des pouvoirs publics. Sandrine Carême, directrice de la Chambre régionale de l’économique sociale et solidaire (Cress), a adressé un plaidoyer à Carole Delga et au préfet d’Occitanie la semaine dernière. Entretien.

Sandrine Carême, la crise est-elle une opportunité d’être sur le devant de la scène pour l’économie sociale et solidaire ?
Tout d’abord, il faut savoir que les acteurs de l’ESS (12% de l’emploi en Occitanie, soit 214.000 emplois salariés, et plus 23.000 entreprises) ont pour certains beaucoup souffert de la crise sanitaire et économique en étant "au front". En effet les entreprises de l’ESS sont notamment présentes dans le médico-social (accompagnement des personnes avec un handicap, des personnes en difficulté, Ephad). Ces structures ont dû se réorganiser, et l’accompagnement a été rendu plus difficile. Aujourd’hui notre crainte est que les aides, notamment régionales, se dirigent vers les « plus gros » (les grands pôles de compétitivité), c’est-à-dire Airbus, ce que l’on comprend vu le nombre d’emplois concernés. Mais pour répondre à votre question, oui, certainement que la crise est malgré tout une opportunité pour nous d’être plus audibles auprès des pouvoirs publics.

Pourquoi êtes-vous davantage audibles qu’avant ?
Parce que nous, les sujets de développement durable, de relocalisation, de revalorisation des métiers essentiels, etc., cela fait longtemps qu’on travaille dessus. Le monde d’après n’est pas à inventer de toute pièce, il suffit dans un premier temps de reprendre nos idées ! Nous faisons partie de la cellule de continuité économique mise en place par le Préfet et la Région, aux côtés du Medef et de la CCI, ce qui nous place comme un interlocuteur économique reconnu. On voit aussi que les citoyens comme les entreprises s’interrogent désormais davantage sur leur mode de consommation.

Vous avez rédigé un plaidoyer destiné à Carole Delga, présidente de la Région, et Étienne Guyot, préfet d’Occitanie. Quel est l’esprit de ce plaidoyer ?
Alors que certains voudront entamer un marathon pour rattraper le retard perdu et retrouver coûte que coûte le modèle que nous avons connu - et qui nous a sans doute conduits où nous sommes - nous faisons des propositions pour tirer les leçons de la crise. Car les mécanismes qui ont conduit à la crise mondiale et systémique que nous vivons ne relèvent pas que de la fatalité mais aussi de décisions politiques, économiques et sociales. Nous prônons un autre modèle de développement basé sur l’absence ou la limitation de la lucrativité, et la primauté donnée au collectif, entre autres.

Quelles sont ces propositions ?
La première : lancer un Pacte régional pour la santé et la cohésion sociale qui comprend notamment des investissements dans le système de soins et la revalorisation des métiers du soin ( du care). Deuxième proposition : contribuer à la relocalisation. Il ne s’agit pas d’un retour au protectionnisme mais de pouvoir assurer les besoin fondamentaux (se protéger, se nourrir, se déplacer, se loger) grâce aux entreprises locales. Troisième proposition : agir au service de l’emploi et de l’insertion sur les territoires. Il s’agit de favoriser les liens entre les TPE/PME du territoire et les entreprises de l’ESS, investir dans les start-up du numérique sous forme coopérative, par exemple. Quatrième proposition : promouvoir un « green new deal » régional. Nous pensons que l’Occitanie a besoin de son pôle de compétitivité́ qu’est l’aéronautique. Cependant, c’est une filière qui continue à avoir un impact sur l’environnement. Les acteurs régionaux pourraient ainsi compenser ce bilan par des actions fortes au service de l’environnement. Enfin, la Cress souhaite être associée aux décisions économiques et sociales. Ces propositions sont accompagnées d’outils et de mesures concrètes.

Propos recueillis par Sophie Arutunian

Sur la photo : Sandrine Careme. Crédits :Valentine Chapuis - ToulÉco.

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Source : https://www.touleco.fr/Occitanie-Le-monde-d-apres-est-deja-la-l-economie-sociale-et,28849