Stéphane Marcel, Aris : « regagner une souveraineté industrielle à l’échelle de l’Occitanie »

Il était déjà président du fonds de soutien aux entreprises innovantes Créalia et cadre dirigeant du groupe international agricole InVivo. Stéphane Marcel vient de prendre la tête du Conseil de surveillance de l’Agence régionale des investissements stratégiques (Aris), créée en 2020. Il nous explique le fonctionnement de ce fonds qui veut réindustrialiser l’Occitanie avec des projets tournés tout particulièrement vers la transition énergétique.

Stéphane Marcel, pourquoi avoir accepté de présider l’Aris ?
J’ai accepté cette mission, car elle correspond au principe de l’action synergique public-privé auquel je crois. C’est dans la lignée de ce que je fais avec le fonds régional Créalia depuis un certain nombre d’année, tout en conservant mon activité dans une grande entreprise privée. Je connais donc déjà la dimension ingénierie financière d’une organisation comme l’Aris, tout en gardant ma sensibilité d’industriel. J’avais aussi le sentiment que cette nouvelle agence correspondait à une attente forte du tissu économique local.

Quelle va être la particularité de votre organisation ? En quoi sera-t-elle plus efficace que d’autres organisations existantes ?
On ne peut juger de l’efficacité d’un dispositif qu’a posteriori, mais on peut essayer de mesurer sa pertinence à sa force d’attractivité. L’Aris, c’est nouveau et pourtant, il y a déjà une quarantaine de projets industriels candidats. Une dizaine est passée devant notre comité d’engagement. Ce qui singularise notre démarche, c’est qu’elle n’est pas uniquement capitalistique. Nous rentrons au capital des entreprises, mais avec un objectif qui est d’abord de réindustrialiser notre territoire. Notre thèse d’investissement [1] est patiente et bienveillante. On ne mettra pas sous pression les entreprises pour des retours sur investissement rapides et élevés. Nous allons soutenir des sociétés de secteurs très divers (santé, agroalimentaire, agriculture, mobilité intelligente, transition écologique et énergétique) qui viennent de tout le territoire d’Occitanie.

La politique RSE des entreprises soutenues est-elle importante pour vous ?
Oui. L’Aris est une société à mission. Le monde de l’investissement avait une approche très orientée vers la performance et rentabilité. Aujourd’hui, on va chercher des indicateurs extra-financiers pour s’assurer que les investissements ont des impacts sociétaux et environnementaux positifs.

En voulant réindustrialiser, le risque n’est-il pas de se confronter aux limites du fonctionnement actuel du capitalisme mondialisé ?
La réindustrialisation va se heurter à des difficultés, bien évidemment. Mais je pense que nous sommes tout de même dans un moment idéal pour cela. Post-crise covid, nous avons pris conscience que nous étions franchement sous l’emprise d’autres pays en ce qui concerne la production de biens et de produits à dimension parfois stratégique. Nous avons compris qu’il nous fallait regagner une souveraineté industrielle, à l’échelle de notre territoire. Le terreau fertile de cette réindustrialisation pourrait être la transition écologique.

Il faut abandonner l’idée de vouloir être compétitif économiquement face à certains pays ?
Oui. Nous ne serons jamais compétitifs face à une chaîne de production chinoise, par exemple. Mais nous pouvons proposer une excellence opérationnelle grâce à notre gros savoir-faire industriel. Et puis notre production peut être à impact positif. Ce qui va être de plus en plus valorisable. Les industriels vont être très scrutés sur ce sujet, y compris par les marchés financiers. Sur le plan financier, il va falloir une démarche responsable. Je pense qu’un cercle vertueux peut se mettre en place.

Pouvez-vous nous présenter les premiers projets soutenus par votre agence ?
Nous allons par exemple soutenir de façon significative, en partenariat avec l’Agence régionale énergie climat (Arec), la société Genvia qui produit de l’hydrogène vert. Nous sommes en co-investissement avec des acteurs privés. Autre projet, Eco-Tech Ceram, situé à Rivesaltes, qui crée des solutions de batteries thermiques à technologie céramique. Nous voulons que la production devienne industrielle. Les perspectives en termes de créations d’emplois sont très positives.

Pour l’Aris, quelles sont les priorités des semaines et mois qui viennent ?
Nous allons organiser très bientôt un séminaire de rentrée avec l’ensemble des parties prenantes pour bien mettre tout le monde d’accord sur la feuille de route. Il va falloir aussi convaincre de nouveaux investisseurs privés de rejoindre l’aventure.
Propos recueillis par Matthias Hardoy

Sur la photo : Stéphane Marcel, qui vient de prendre la tête du Conseil de surveillance de l’Agence régionale des investissements stratégiques (Aris). Crédit : Région Occitanie.

P.S. :

Au moment de la nomination de Stéphane Marcel à la tête de l’Aris, Christian Assaf a été nommé président de l’Agence régionale énergie climat (Arec). Il représente également l’Arec au conseil de surveillance de l’Aris.

Notes

[1La thèse d’investissement ce sont les critères (géographiques, financiers, sociétaux, environnementaux, etc.) qui déterminent si on investit ou pas dans une entreprise. La thèse d’investissement de l’Aris exclut par exemple les sociétés qui font de l’intermédiation financière.

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Source : https://www.touleco.fr/Stephane-Marcel-Aris-regagner-une-souverainete-industrielle-a-l,32235